Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie
Messe du dimanche 15 août 1999

Homélie du Père Xavier BIZARD

 

Saint Paul nous dit : " Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité" (1 Corinthiens 15, 20).

Le mystère de l’Assomption nous enseigne que Marie est ressuscitée d’entre les morts, la première parmi les créatures.

Dès le V° siècle les chrétiens de Jérusalem (église du tombeau de Marie à Gethsémani) fêtent la montée de Marie au ciel avec son corps et avec son âme.

Au VI° siècle, l’Eglise d’Orient étend cette vénération par la fête de la Dormition : Marie s’est endormie et a été enlevée au ciel par les anges. L’Eglise d’occident se situe dans la tradition de st Jean Damascène et comprend l’élévation de Marie comme une assomption. Sur les pas de son Fils, la Vierge est morte puis a été ressuscitée avant que son corps ne connaisse la corruption dans le tombeau.

En 1950, Pie XII met un sceau à cette ancienne tradition et formule cette vérité de la foi dans le dogme de l’Assomption. En vertu des seuls mérites de son Fils, de son amour pour elle et de la vocation de maternité divine parfaitement accomplie en elle, la Vierge Marie monte au ciel avec son corps et avec son âme.

Pourquoi l’Assomption ?

Pour tenter de comprendre les raisons de Dieu d’opérer un tel mystère voici une petite histoire : un prêtre fait de l’auto-stop. Une voiture s’arrête pour le prendre, avec au volant un homme qui semble malheureux. " Monsieur l’abbé, dit l’homme, je suis révolté contre Dieu et contre la vie. Je viens de perdre ma femme que j’aimais follement ; elle était belle, très belle. Je ne peux admettre que ce corps que j’ai tellement aimé et admiré soit actuellement en train de se corrompre dans un tombeau. Mais vous ne pouvez pas comprendre ce que j’éprouve ". La voiture s’arrête et au moment de descendre le prêtre répond : " J’aimerais être capable de vous répondre, mais sachez monsieur que vous venez de me faire comprendre un point essentiel de ma foi chrétienne ".

Le Fils de Dieu aimait tellement sa mère, qu’il n’a pas supporté de laisser son corps se corrompre dans un tombeau. La conception immaculée de la Vierge, sa maternité divine culmine dans son Assomption.

L’Assomption : Marie Reine des cieux et Mère de miséricorde

Ce mystère ultime de la vie de Marie et de l’Eglise unit la lumière du soleil à la douleur de l’enfantement. Ce contraste est très bien exprimé dans la femme de l’Apocalypse : 

" Un signe grandiose apparut dans le ciel : Une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et elle criait torturée par les douleurs de l’enfantement. " (Apocalypse 12, 1-2).

A l’Ile-Bouchard, Notre Dame de la Prière manifeste ce contraste. Au moins trois éléments de sa représentation illustrent ces deux pôles : la lumière de la grotte, la position à genoux de l’ange d’une part et Jésus crucifié présenté dans la main de Marie d’autre part.

    1- Marie Reine : En entrant dans la gloire de son Fils, la Vierge a été glorifiée par le Père : Elle est établie Reine des cieux, au dessus des anges. Dans ses manifestations aux hommes, Marie est rayonnante de lumière, " recouverte d’un manteau de lumière " (cf. Apocalypse 12, 1) et la couleur naturelle n’en est qu’un pauvre reflet. Le fond doré de la grotte est bien pâle pour représenter la splendeur de la gloire de Dieu ! Ceux qui ont vu Marie ne sont jamais satisfaits des représentations qui en sont proposées.

Marie est établie au dessus des anges ; l’ange Gabriel est à genoux devant elle. Dans l’Ancien Testament, les hommes sont tous prosternés devant les anges lors des apparitions. Marie dans son Assomption inaugure un nouveau statut de l’homme parmi les créatures : " Tu l’as voulu un peu moindre qu’un Dieu, le couronnant de gloire et d’honneur, tu mets toutes choses à ses pieds " prophétise le Psaume 8.

Cette gloire de Marie est celle à laquelle nous sommes tous appelés. C’est la plus grande promotion qui puisse être proposée à un homme ! En effet, la plus brillante carrière professionnelle ne franchira jamais l’étape de la mort naturelle… Alors, aspirons à cette gloire manifestée en l’Assomption de Marie-Reine des cieux.

    2- Marie Mère de miséricorde : Par sa maternité divine, la Vierge est un vecteur privilégié de la miséricorde, de la pitié de Dieu pour nous. Marie accompagne son Fils jusqu'au pied de la croix, " embrassez la croix de mon chapelet " dit Notre Dame de la Prière en présentant Jésus dans sa main.

Tant que chacune des créatures qui lui sont confiées ne seront pas en odeur de sainteté, elle est dans les douleurs de l’enfantement, Marie dont les entrailles sont comblées de la miséricorde du Père, Notre Dame de Pitié, Notre Dame de miséricorde. De même que le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde, Marie souffre à cause du péché de ses enfants. Voilà pourquoi elle demande si souvent de prier pour les pécheurs que nous sommes. Quand les hommes traversent une épreuve, elle descend vers eux pour les consoler et les guider. Elle demande la prière des enfants qui touche le cœur du Père. Par dessus tout, elle sait comment parler à son Fils mieux que quiconque. Ne lui a-t-elle pas appris à parler, à prier?

L’année prochaine, une année de grâce et de miséricorde est proposée par l’Eglise. A l’occasion du deux millième anniversaire de l’Annonciation et de la Nativité, un parcours de conversion sera proposé dans chaque diocèse. Il n’est pas indifférent que notre archevêque, Mgr Vingt-Trois, ait choisi un lieu marial, St Gilles de l’Ile-Bouchard (Notre Dame de la Prière) parmi les quatre églises du Jubilé (la cathédrale, la basilique st Martin, st Pierre de Preuilly-sur-Claise) qui vont nous aider à entrer dans cette démarche. Marie, Porte de la miséricorde de Dieu, nous secourt jusque dans le péché. Ne dit-on pas qu’elle est la consolation des pécheurs repentants et l’espérance des malheureux ?

Aujourd’hui, en l’Assomption de la Vierge Marie, les " pauvres pécheurs " que nous sommes, sont invités à se glisser sous le manteau de lumière de la Mère de Miséricorde et à se laisser éduquer par elle pour aimer et prier Jésus, notre prochain et retrouver l’espérance du ciel. AMEN.