Les vitraux de l’église Notre-Dame de Richelieu

L’église de Richelieu a été construite entre 1631 et 1638. La région a été très marquée par les guerres de Religion et le Cardinal de Richelieu a voulu pour sa ville nouvelle une église imposante, chargée de montrer la grandeur de l’Eglise catholique. Bien qu’il accorde la liberté de culte aux protestants, son objectif est de regagner du terrain sur la religion réformée. Cette église a subi les vicissitudes du temps. En 1751, un des clochers est tombé à cause de la foudre et l’autre a été enlevé par souci de symétrie. L’église a ainsi perdu beaucoup de sa prestance, elle n’était plus visible des alentours et la population réclamait depuis de nombreuses années sa restauration. Mais le manque de ressources empêcha la ville d’entreprendre un tel chantier. A la fin du XIXe siècle, on décide enfin de lui donner des clochers neufs. C’est l’architecte Gustave Guérin qui est chargé des travaux. Les vitraux, endommagés à la Révolution, retrouvent eux aussi une nouvelle splendeur. Ceux des premières travées de la nef et de la façade

ont été réalisés vers 1880 par Lucien-Léopold Lobin, célèbre maître verrier de Tours. Marie, à laquelle est dédiée l’église, accueille au sud le visiteur. Elle est représentée en compagnie de sa mère Sainte Anne. Dans la deuxième travée est représenté au nord saint Jean l’Evangéliste et au sud Saint Louis priant devant la couronne d’épines du Christ. Ancêtre des Bourbons, ce roi saint a été une figure modèle pour Louis XIII.

Saint Louis priant devant la couronne d’épines du Christ, deuxième travée sud de la nef

 

Les douze vitraux qui ornent les chapelles latérales du chœur, le transept et la dernière travée de la nef ont été réalisés dans un style très différent. Beaucoup plus colorés, ils sont l’œuvre du maître verrier Louis Victor Gesta, fondateur de la manufacture de vitraux Gesta de Toulouse. Les vitraux Gesta sont rares en Indre-et-Loire, d’où l’intérêt de ceux de Richelieu. Au sud, des scènes du Nouveau Testament répondent à des scènes de l’Ancien Testament, placées au nord.

Dans la chapelle latérale nord figure le péché originel. Dans la partie supérieure, Adam et Eve sont chassés du paradis. Au sud, le vitrail montre dans sa partie supérieure le Christ et Marie, considérés par les pères de l’Eglise comme le nouvel Adam et la nouvelle Eve, qui viennent effacer le péché originel. Dans la partie inférieure du vitrail, les quatre Evangélistes soulignent le rôle de l’Eglise : suivant leur exemple, les évêques sont chargés de transmettre le message des Ecritures.

Dans la travée suivante sont représentées, au nord, la destruction de Sodome et Gomorre, villes terrestres de mort, de débauche et de violence, ainsi que la fuite de Loth et de sa famille. Au sud figurent l’Ascension et la Pentecôte.

La dernière travée de la nef montre au nord des préfigures du Christ : dans la partie inférieure est représenté le sacrifice d’Isaac par Abraham. Dans la partie supérieure, Dieu remet les Tables de la Loi, établissant la Première Alliance. Au sud répondent en écho le sacrifice du Christ, qui est venu établir la Nouvelle Alliance, ainsi que sa Résurrection.

Dans la partie supérieure du transept, les vitraux représentent des scènes liées à la Vierge Marie, ainsi que Vincent de Paul et François de Sales, deux saints qui ont marqué la vie spirituelle du 17e siècle. Les peintures murales qui ornent le transept et le choeur, réalisées par Henri Grandin de Tours et par Jacques Pauthe de Béziers, complètent le message des vitraux. Dans les bras du transept, les prophètes de l’Ancien Testament (Jérémie, Ezéchiel, Isaïe) surmontent les pères de l’Eglise (Augustin, Grégoire, Ambroise, Bernard) qui sont chargés de transmettre le message des Ecritures. Vitraux et peintures sont ainsi en accord avec le programme de Contre-Réforme voulu à l’origine par le Cardinal de Richelieu : montrer la grandeur de l’Eglise catholique. Ce programme souligne la reconquête de l’Eglise après les contestations des protestants qui ont profané les images saintes, rejeté le culte des saints et de la Vierge. Vitraux et peintures, ensemble clef du patrimoine et de l’histoire de Richelieu, réalisés il y a plus d’un siècle, ont grand besoin aujourd’hui d’être nettoyés et restaurés.

Extrait, avec son aimable autorisation, de l’ouvrage de Marie-Pierre Terrien, Richelieu, histoire d’une cité idéale (1631-2011), Presses Universitaires de Rennes, 2011.

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