Le signe de la Croix

Le signe de la Croix

Le signe de la Croix est très présent tout au long de cette semaine de décembre 1947 à L’Ile-Bouchard : le lent Signe de la Croix, la demande de Marie d'”Embrassez la Croix de mon chapelet.” L’Immaculée est le fruit de la Croix de son Fils. Notons qu’à Lourdes aussi la Sainte Vierge a fait le Signe de Croix, c’était le 11 février 1858, lors de la 1ère apparition.

Cet article va nous permettre d’aller plus loin dans la compréhension du Signe de la Croix.

Le signe de la croix : un geste tout simple, voire parfois machinal. Nous en sommes marqués dès le baptême, c’est un signe qui peut avoir diverses formes et de multiples harmoniques.

Tout au long de la vie du chrétien

C’est le premier geste dans le rituel du baptême. Nous sommes marqués d’une croix sur le front à l’accueil sur le parvis de l’église pour les petits enfants ; lors de l’entrée en catéchuménat pour les enfants en âge de scolarité ; c’est comme un sceau invisible, signe d’appartenance au Christ, rappel de son amour. Dès le début du troisième siècle ce geste, au cours des sacrements de l’initia- tion, apparaît comme traditionnel à Rome et en Afrique. Nous le retrouvons aussi dans le « Rituel de l’initiation chrétienne des adultes » lors de l’entrée en catéchuménat : « N. et N. pour les disciples du Christ, la croix est un signe : elle nous rappelle le grand amour que Jésus nous a révélé par sa mort ; Etre marqué de la croix signifie que l’on s‘engage à être fidèle au Christ. Recevez sur votre front la croix du Christ ; il vous marque lui-même du signe de son amour. Apprenez à mieux le connaître, appliquez- vous à le suivre. Portez en votre corps le signe du salut. ».

C’est ce même signe qui est tracé sur nous, avec le Saint-Chrême (l’huile parfumée) lors du baptême pour les enfants, pour tous à la confirmation : « Sois marqué de l’Esprit- Saint, le don de Dieu. ». Le mot Christ veut dire « celui qui a reçu l’onction », le chrétien est un autre Christ. Il n’est pas sans impor- tance de noter que c’est toujours sur le front que nous recevons encore une croix avec des cendres à l’entrée du Carême. Quelles que soient les cendres de nos vies, Dieu est capable de faire jaillir à nouveau le feu de son amour et nous faire répandre « la bonne odeur du Christ ». Selon le Psaume 102,14 « Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous sommes poussière. »

En vertu de la dignité chrétienne donnée au baptême, nous retrouvons la croix (et l’en- censement) lors des obsèques : « Le Sei- gneur Jésus nous a aimés jusqu’à mourir pour nous, cette croix nous le rappelle ; qu’elle soit donc à nos yeux le signe de son amour pour N. et pour chacun de nous » (Rituel des funérailles n° 59).

Signe de croix et confession trinitaire

Ce signe peut avoir diverses formes. Au baptême il est tracé avec le pouce sur le front. C’est ce même geste que nous faisons, à la suite du prêtre ou du diacre, avant d’écouter l’Evangile. « Le prêtre annonce : « Evangile de Jésus Christ selon N », en fai- sant le signe de la croix avec le pouce sur le livre, puis sur lui-même au front, à la bouche et à la poitrine. Tous se signent de la même manière. Le peuple acclame : Gloire à toi, Seigneur. (Cf  Présentation générale du missel romain n° 134). Que l’Evangile que nous allons écouter soit dans nos pensées, sur nos lèvres et dans notre cœur !
Il est difficile de suivre un geste dans l’histoire ; il semble que c’est vers le VIIIe siècle que serait apparu le signe de la croix sur l’ensemble du corps en réunissant les trois premiers doigts de la main droite, les deux autres repliés. Au XIIIe siècle, l’occident adopta l’usage actuel main ouverte.

Surtout, prenons conscience que lorsque nous faisons le signe de la croix, nous l’ac- compagnons d’une confession de foi trini- taire: «Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Ecoutons le P. Y. Congar : “…la liturgie n’est pas seulement un énoncé de type théorique et notionnel, mais une ac- tion sainte. L’action est synthétique, elle in- corpore une conviction, elle l’exprime, et, par le fait même, elle la développe en celui- là même qui l’exprime et la communique à d’autres….. La liturgie garde, transmet et nous livre beaucoup plus de choses que n’en ont compris ceux qui l’ont pratiquée, gardée et transmise : plus que nous n’en compre- nons nous-mêmes. Tout m’est donné de l’eucharistie dans sa célébration, et j’en tiens tout moi-même, alors que j’en comprends et serais capable d’en exprimer si peu… Toute ma foi est dans le plus banal de mes signes de croix, et quand je prononce Notre Père, j’ai inclus déjà tout ce dont la connaissance ne me sera livrée que dans la révélation de gloire.”. CONGAR. La tradition et les traditions. Fayard 1963. T.2. p.184s.

La croix nous dit le don du Christ

La croix nous dit le paradoxe de la foi : Nous avons fait de la croix un bijou ; elle est d’abord un gibet, un instrument de mort. Etonnemment c’est là pour nous le lieu de la révélation de Dieu. A Rome, au Palatin, on a trouvé une caricature, datée du second siècle, représentant un âne crucifié avec l’inscription « Alexamenos adore son Dieu ». Dérision face aux chrétiens, mais qui dit le paradoxe de notre foi : « Nous, nous procla- mons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. » 1 Cor 1,23

Toute théologie et connaissance de Dieu sont enracinées dans la croix du Christ. « L’inclination naturelle de l’homme est de chercher Dieu dans les oeuvres bonnes, dans la gloire de la création, dans la sagesse hu- maine, et non pas dans la souffrance, dans le délaissement, dans la faiblesse. Le paradoxe de la croix, c’est que la gloire de Dieu se cache dans l’échec, que la vie surgit de la mort » Unité des chrétiens n°104 oct 96 p.7. La liturgie du Vendredi saint qui célèbre non pas la mort, mais Jésus donnant sa vie, nous parle déjà de Pâques et de la résurrection. Lisant les évangiles, nous voyons que la vie de Jésus a été une vie donnée, sa mort en est comme la signature, il est allé jusqu’au bout du don. Il serait trop absurde que la grandeur de ce don se perde dans le néant ; la résurrection est comme l’authentification par le Père de cette façon de vivre, de cette vie donnée. Mort et résurrection sont insépa- rables. La croix nous dit le don du Christ, elle est l’arbre de vie : dans les vitraux de Chartres, la croix est verte. « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire… à toi, Père très saint… Car tu as attaché au bois de la croix le salut du genre humain, pour que la vie surgisse à nouveau d’un arbre qui donnait la mort, et que l’ennemi, victorieux par le bois, fût lui-même vaincu sur le bois, par le Christ, notre Seigneur… » Préface de la croix glorieuse. 14 septembre.

Les représentations de la croix dans l’art ont beaucoup varié. Les premiers siècles n’ont représenté la croix que de façon discrète. Il faut attendre le IVe siècle pour que le symbole du Christ s’impose comme un signe de victoire. Bien souvent c’est un ressuscité qui est sur la croix. Les premières images occi- dentales du Christ souffrant naissent en Tos- cane dans des couvents franciscains et domi- nicains au XIIIè siècle. Cf : Le monde de la Bible « Aux origines de la croix » n°97 Avril 1996.

Le signe de la croix nous renvoie au cœur de notre foi, il dit aussi la rencontre du vertical et de l’horizontal. « La croix explicite le mystère du centre. Elle est diffusion, émanation, mais aussi rassemblement, récapitulation. C’est le plus totalisant de tous les symboles. Nul autre n’est apte comme celui-là à condenser dans le plus elliptique des signes, la plus compréhensive des synthèses. C’est peut- être le plus universel des symboles ; toutes les civilisations lui ont fait une part de choix… C’est un symbole spatial et temporel… » Le monde des symboles. Le zodiaque. 3ème édition 1981. p.365ss.

Le signe de la croix, un geste tout simple qui nous dit la foi au Dieu trinité, l’uni- té du mystère pascal, la victoire du Christ, l’appartenance à un peuple. Dans la ligne de l’incarnation, nous le traçons sur notre corps car tout notre être participe à l’œuvre de sa- lut et en bénéficie. « … nous te supplions Seigneur Jésus-Christ : conduis à la gloire de la résurrection ceux que tu as fait revivre par le bois de ta croix » (14 sept, prière après la communion).

P. Pierre REMISE, DDP Mende

Article publié dans la Revue des Directeurs de Pèlerinage ANDDP-Infos-Forum de juillet 2013, avec son aimable autorisation.