Pourquoi prier Marie ?

Un jour de pèlerinage en extérieur
avec une couronne de fleurs tressées
Notons d’abord que nous revenons de loin.

La prière mariale et en particulier le chapelet furent dans les années 70’s accusés de bien des maux :

– Ce n’est pas une prière liturgique, or la Liturgie est « source et sommet » dit le concile. Pour certains le chapelet lui ferait de l’ombre. Jean-Paul II répond dans Le Rosaire de la Vierge Marie (RVM) §4 : « le chapelet est le support de la liturgie, il y introduit ».

– Elle est peu œcuméniqueJPII répond que le culte marial est orienté vers le centre christologique de la foi, de sorte qu’à travers l’honneur rendu à sa mère, le Fils soit connue aimé, glorifié. Le centre de gravité du “je vous salue” est “Jésus”.

– Enfin, même à l’école réciter n’a plus la côte, alors réciter des prières… Jésus ne demande t’il pas de ne pas rabâcher ?

On a juste oublié que la psychologie des enfants n’est pas celle des adultes. À quoi sert de citer des prières apprises par cœur ?

Le “par cœur” n’a pas la même rôle chez les adultes et chez les enfants : chez les adultes, il permet d’exprimer les choses intérieures, chez les enfants il permet d’intérioriser les choses.

Il est bon d’alterner prières spontanées et prières par cœur.

Ainsi : répéter des Je vous salue, mais librement proposer de prier cette dizaine pour telle tante qui est malade.

A noter qu’à L’Ile-Bouchard, Marie demande des prières vocales, apprises par coeur et traditionnelles : signe de croix, Je vous salue, invocation Ô Marie conçue sans péché, Magnificat.

– La prière de demande est intéressée.

Nous le savons bien, demander est reconnaître que Dieu est Dieu. Il ne s’agit pas d’informer Dieu de nos besoins, mais d’élargir notre âmes pour qu’il puisse y déverser sa grâce, et de poser un acte de confiance.

A L’Ile-Bouchard, Marie donne elle-même des intentions de prière aux enfants: la France car elle en a grand besoin, les pêcheurs, et indirectement la famille et les vocations.

Marie a demandé la prière de 4 petites filles de 7 à 12 ans, et non celle des adultes qui s’y joindront plus tard. C’est bien leur prière, et ajoutons aussi sans doute celle du serviteur de dieu Robert Schuman, alors président du Conseil, et dont la cause de béatification est ouverte à Rome, qui a apporté le salut à notre pays si dangereusement menacé.

“N’est-ce pas une leçon pour nous tous, se demande JR Frisch dans son ouvrage sur les messages de l’Ile-Bouchard : dans nos familles, confions-nous assez d’intentions à la prière de nos enfants ? En croyant que leur prière simple et confiante, touche spécialement le cœur de Dieu ?”

– Passer par Marie est un détour.

JPII RVM §16 « Si Jésus, l’unique médiateur, est la Voie, Marie qui est pure transparence du Christ nous montre la voie. Aux noces de cana, l’Evangile montre précisément l’efficacité de l’intercession de Marie qui se fait auprès de Jésus le porte-parole des besoins de l’humanité : Ils n’ont plus de vin. »

Ste Thérèse de l’Enfant Jésus dit à la fin de sa vie à ses sœurs : « Je voudrai bien avoir une belle mort pour vous faire plaisir. Je l’ai demandé à la Ste Vierge. je ne l’ai pas demandé au Bon Dieu, parce que je veux le laisser faire comme il voudra. Demander à la Ste Vierge ce n’est pas la même chose. Elle sait bien ce qu’elle a à faire de mes petits désirs, s’il faut qu’elle les dise ou ne les dise pas… (CJ 4.6.1) » En bref Marie fait le tri !

– La prière du chapelet est peu adaptée au goût des adolescents et des jeunes.

Réponse de JPII RVM §42: « Cela vient peut-être d’une façon peu appliquée de le prier. Du reste, étant sauve sa structure fondamentale, rien n’empêche pour les enfants et les adolescents, que la récitation du Rosaire, que ce soit en famille ou en groupe, s’enrichissent de possibles aménagements symboliques et concrets, qui en favorise la compréhension et la mise en valeur…. Si le Rosaire est bien présenté, je suis sûr que les jeunes eux-mêmes seront capables de surprendre encore une fois les adultes, en faisant leur cette prière et en la récitant avec l’enthousiasme caractéristique de leur âge.” fin de citation.

Car comprenons que la prière mariale nous est comme naturelle.

1/ Depuis la Croix, nous sommes tous des enfants de Marie.

“Êtes-vous notre maman du ciel ?” “Oui je suis votre maman du ciel”, répond Marie ici en 1947, reprenant cette expression enfantine.

A L’Ile-Bouchard, Marie manifeste particulièrement sa tendresse maternelle. Elle accepte de se faire appeler “notre Maman du Ciel”, elle embrasse la main et fait embraser sa main, signes d’affection comme il en existe dans toutes les familles, mais c’est une des particularités de l’Ile-Bouchard.

Le Cardinal François-Xavier NGUYEN VAN THUAN témoigne: “Pour devenir un saint, imite les petits enfants. Ils ne connaissent aucune théorie, mais ils se contentent de regarder  leur mère et de faire comme elle : tu deviendras un saint. Le rosaire est une chaîne de prières qui t’associera à elle.” (Sur le chemin de l’espérance, Le Sarment, Fayard 1991 Chapitre 35 – Notre Mère Marie, notules 918)

2/ On a tous besoin d’une maman.

JPII n’a jamais caché que sa dévotion mariale avait en quelque sorte été le fruit de la mort de sa maman terrestre. Beaucoup ont fait cette expérience.

Ainsi Ste Thérèse écrit « ne trouvant aucun secours sur la terre, la pauvre petite Thérèse s’était tournée vers sa mère du ciel » et ce fut le miracle du sourire de Marie qui à 10 ans la guérit de sa maladie nerveuse (A30R°). Mais scrupuleuse, elle se demande si elle n’a pas rêvée. Ce scrupule disparaîtra 4 ans plus tard lors d’un pèlerinage à ND des Victoires à Paris : « La Ste Vierge m’a fait sentir que c’était vraiment elle qui m’avait souri et qui m’avait guérie. Je compris qu’elle veillait sur moi, que j’étais son enfant, aussi je ne pouvais plus lui donner que le nom de Maman car il me semblait encore plus tendre que celui de Mère. » (A57R°)

3/ Et notre maman du Ciel est souvent le dernier recours.

La prière mariale est souvent la seule que l’on réussisse à prier dans l’épreuve et la souffrance. Il est des périodes de nos vies où l’on arrive plus à dire le Notre Père, avec son engagement de pardon. Ou encore dans la maladie ou la grande vieillesse, ou à l’agonie, combien de fois l’ai-je expérimenté en accompagnant des mourants.

Voici un témoignage que son auteur m’a autorisé à citer :

« À la suite d’une session de couples, mon mari m’a proposé de réciter avec lui tous les jours le chapelet. C’est ainsi que depuis quelques années nous étions fidèles à cette prière qui, me concernant, n’était pas très fervente, puisque je considérais que seule, j’étais capable de mener ma vie ici bas…. Début 2013, l’état de maman (alzeimer) est devenu plus difficile à gérer, papa fatigué… j’ai sombré dans la dépression. Plus aucune communication avec mon mari ; une seule chose en commun, le chapelet. Mon mari a toujours pensé que nous serions exaucés et voici ce qui est arrivé le jour où j’ai décidé de lâcher prise : j’ai retrouvé la santé, soignée par un psychiatre chrétien, une place s’est libérée à la maison de retraite et mes parents ont acceptés  de rejoindre cette structure. » Cette pèlerine est venue rendre grâce à l’Ile-Bouchard, en rentrant avec son mari d’un pélé à Compostelles.

Article extrait de la conférence du P. Xavier Malle au colloque Enfance et Sainteté à la Toussaint 2013 à L’Ile-Bouchard.

Un hors série de la revue prier, sur Marie, femme de prière et modèle de recueillement

Sources

Jean XXIII, Lettre apostolique La religieuse assemblée, 1961

Paul VI, Exhortation apostolique Le culte marial aujourd’hui 1974 (MC)

Jean-Paul II,

Familiaris Consortio (FC), 1981

Lettre apostolique Le Rosaire de la Vierge Marie, 2002 (RVM)

Lettre aux familles, 1994

Jean-Romain Frisch, L’Ile-Bouchard des messages pour aujourd’hui, Éditions de l’Emmanuel 2009

Michel-Martin Prevel, prières en famille, Éditions des Béatitudes 2008 (MMP)

Léo Mansburg, Fioretti de Mère Teresa, éditions de l’Emmanuel, 2013