Histoire des congrégations religieuses dans le Pays de Richelieu

Eglise Notre Dame de Richelieu - Vieille photo _LL

Dans le cadre de l’année internationale de la Vie Consacrée 2016-2016, Marie-Pierre Terrien historienne, le Dimanche 28 février 2016 a fait une conférence sur l’histoire de la Vie Religieuse dans le Richelais. On découvre la variété et l’abondance de cette vie consacrée.

(Résumé de la conférence)

A partir 11e siècle, la vie religieuse a été très intense dans le Pays de Richelieu, qui a bénéficié de l’influence de deux grandes capitales, Tours et Poitiers, des congrégations religieuses se sont installées à Faye-la-Vineuse, puis à Luzé et à Champigny-sur-Veude. Ces pôles religieux avaient des liens importants avec la puissante abbaye bénédictine Notre-Dame de Noyers. Cette vie religieuse foisonnante a toutefois connu de nombreux soubresauts, en raison des vicissitudes du temps, avec des périodes fastes suivies de ruptures, les guerres de religion et la Révolution.

La Contre-Réforme catholique, qui est devenue un âge d’or de référence pour l’Eglise, a été marquée dans notre région par l’action de Vincent de Paul, figure essentielle du renouveau spirituel du 17e siècle qui a fondé une mission à Richelieu, et par celle du cardinal de Richelieu, qui a réorganisé la vie religieuse dans l’ensemble du duché. C’est la période la plus faste pour les congrégations, elles se sont multipliées dans le Pays de Richelieu jusqu’au choc révolutionnaire, qui entraîna leur expulsion et leur dispersion.

Les 19e et 20e siècles ont vu se succéder des périodes prospères et conflictuelles pour les congrégations religieuses, en particulier à la fin du 19e siècle, en raison du phénomène de sécularisation de la société. Les congrégations séculières ont été particulièrement touchées par le phénomène de laïcisation du personnel enseignant. Le 20e siècle a réhabilité les congrégations qui, depuis le concile Vatican II (1962-1965), sont valorisées pour leur action sociale.

I. Le Moyen Age et la Renaissance, jusqu’aux guerres de Religion

1. Premier centre religieux important : Faye la Vineuse et la collégiale Saint-Georges.

Collégiale fondée en 1057 et installation d’un collège de chanoines confirmée en 1064 par le comte d’Anjou Geoffroy III le Barbu, un des successeurs de Foulques : 13 à 15 chanoines qui appartenaient à l’ordre des Augustins. Règle rédigée par saint Augustin au 4e siècle et qui prône la pauvreté personnelle et la mise en commun des biens.

“ Avant tout,
Vivez unanimes à la maison,
Ayant une seule âme et un seul cœur tournés vers Dieu.
N’est-ce pas la raison même de votre rassemblement ?
Et puis, qu’on n’entende pas parler parmi vous de biens personnels, Mais qu’au contraire tout vous soit commun. ”
(Règle de Saint Augustin)

Au Moyen Age, les chanoines vivaient dans une abbaye qui dépendait du château de Faye. Chanoines dont la maison mère était la Trinité de Mauléon (79 – Deux Sèvres), fondée à la fin du 11e s.
Vie religieuse très dynamique : deux paroisses jouxtaient celles de Saint-Georges de Faye, celle de Saint Jouin et celle de Marnay. Relations importantes avec l’abbaye de Noyers.

2. Autre pôle religieux majeur au Moyen Age dans la région : l’abbaye royale Saint-Michel de Bois Aubry

L’origine de l’histoire de l’Abbaye remonte aux environs des années 1110-1120, lorsque l’ermite Robert, accompagné de ses disciples Alverède et Guillaume, viennent s’installer au lieu-dit de Boscus Alberici (“ Bois d’Alberic ” devenu “ Bois-Aubry”) pour y fonder un oratoire dédié à Saint- Michel.

En 1118, l’abbé Robert donna son oratoire à l’Abbaye de la Sainte Trinité de Tiron. Il fut élevé au

rang de prieuré de cette abbaye en 1135, puis en 1138 d’abbaye dépendante de l’Abbaye de Tiron. Elle prit le nom de monasterium.
La communauté du Monasterium Saint Michel appliqua strictement, et sans doute jusqu’à la fin du 17e siècle, la Règle bénédictine et ses principes fondamentaux : pauvreté, humilité, vie en communauté, obéissance… La Règle fut rédigée par Benoit de Nursie vers 540, afin de régler en détail la vie monastique (modalités liturgiques, de travail, de détente, etc.).

“ L’obéissance sans délai et le premier pas dans notre vie d’humilité. Elle convient à ceux qui n’ont rien de plus cher que le Christ ” (Regula benedicta)

– L’abbaye Saint Michel tissa également des liens importants avec l’abbaye Notre-Dame de Noyers.

3. Champigny-sur-Veude

Pas de mention d’ordres consacrés avant la fin du Moyen Age.

La grande époque de Champigny se situe à la fin du Moyen-Age, avec l’arrivée de la famille de Bourbon en 1472, par le mariage d’Isabelle de Beauvau et de Jean de Bourbon, descendant de Saint Louis.
Fondation d’une collégiale à la fin du 15e s. par Louis Ier de Bourbon, fils de Jean de Bourbon. . Collégiale érigée au rang de sainte-chapelle. Etablissement d’un chapitre d’une douzaine de chanoines pour s’en occuper. Les chanoines logeaient à Champigny, dans la rue des cloîtres.

4. Prieuré bénédictin Saint-Nicolas de Champvant,

dépendant du diocèse de Poitiers.

II. Les temps modernes

Les réformes à partir du 16e siècle (Concile de Trente) sont nécessaires pour l’Eglise catholique remise en question par les protestants, les prêtres notamment manquent de formation spirituelle et morale. Dans ce but, les congrégations religieuses se multiplient.

1. Champigny : symbole du renouveau spirituel

– Le couvent des Filles Notre Dame de Bonne Espérance
Une vingtaine de religieuses de petite noblesse, fondé par Louis II de Bourbon en 1568.
– Le couvent des Minimes fondé en 1604 par Henri de Bourbon. Ensemble religieux important qui comprenait la Chapelle des Minimes. 13 religieux à la création.
– La chapelle Notre-Dame de Lorette a été fondée également par Henri de Bourbon. Dépendait du Couvent des Minimes et desservie par une dizaine de sœurs.
– l’aumônerie Saint-Aignan . Une dizaine de religieux.

2. Richelieu

– Au 17e siècle, Richelieu et Vincent de Paul favorisèrent la réorganisation de la vie religieuse dans le Pays de Richelieu.
– En 1638, Vincent de Paul créa une mission (lazaristes et Filles de la Charité).
– A la mort de Richelieu, les Filles de Notre Dame venues de Bordeaux s’installèrent place des Religieuses = ce sont des religieuses (contrairement aux Filles de la charité, qui sont des séculières). Leur couvent comprenait un dispensaire, une chapelle, un hôpital desservi par les Filles de la Charité. Elles assuraient l’école pour les petites filles.

3. Marigny Marmande

– Vestiges de l’église prieurale (Ponçay), 12e s. De l’église ne restent que quelques vestiges qui témoignent encore de son importance. Une chapelle souterraine dont l’entrée est aujourd’hui obstruée se trouvait sous l’édifice. Un prieuré-cure appartenait à des jésuites depuis 1650.

La Révolution fut vécue comme une épreuve par l’ensemble des religieux du royaume, car elle a vu la suppression des congrégations et des ordres religieux. Période très noire pour l’Eglise.

Les lazaristes de Richelieu furent expulsés en 1792, le presbytère fut transformé en gendarmerie. Les lazaristes ne revinrent à Richelieu qu’en 1865, puis repartirent définitivement en 1885 en raison de l’état vétuste de l’ancienne cure. En 1794, départ des Filles de la Charité et des Sœurs de Notre Dame. Le couvent fut vendu comme bien national, l’hôpital et l’école furent fermés, la chapelle fut détruite.

III. 19e –20e siècles

1.Toutefois, après la Révolution,

les communautés religieuses séculières, surtout féminines, ont retrouvé leur place dans la société, grâce à Napoléon.
A Richelieu, les Filles de Notre Dame furent remplacées par des sœurs de la communauté de la Présentation, établie à Tours. Les religieuses étaient logées dans une maison située extra muros, à côté de l’actuelle école Marie Curie. Connues sous le nom de sœurs blanches, en raison de leur cornettes. Elles s’occupèrent à leur tour des miséreux et assurèrent aussi un rôle d’enseignantes.

Fin 19e s. : des Franciscaines fondèrent un orphelinat au 21 Grande Rue, ainsi qu’une maison de retraite.

– Politique anti-congrégationiste à la fin du 19e siècle, séparation de l’église et de l’Etat en 1905.
– Réhabilitation des religieux au lendemain de la guerre 14-18. L’anticléricalisme s’est fortement apaisé dans la pays, car beaucoup de religieux ont combattu comme les autres Français et participé à l’effort de sacrifice national. À l’issue de la guerre, beaucoup de congrégations sont revenues en France.

2. Richelieu

En 1888, une école chrétienne de filles reliant le n° 9 de la rue Sainte-Anne et le n° 10 de la Grande Rue a été entreprise grâce à des souscripteurs richelais et à la générosité de Michel Heine, propriétaire du parc de Richelieu. Une école chrétienne des garçons, située rue Henri Proust, fonctionnait grâce aux Frères de Saint Jean-Baptiste. Suite à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les enseignants des écoles privées ne pourront exercer qu’en civil.

Les religieuses de Saint-Martin de Bourgueil prirent la responsabilité de l’école chrétienne des filles à partir de 1903. Elles remplacèrent les sœurs de la Présentation qui furent expulsées en 1903 (elles n’avaient plus le droit d’enseigner en habit religieux et ont refusé de prendre l’habit civil) et s’installèrent dans les nouveaux locaux de l’Ecole du Sacré-Cœur = 7 religieuses ont enseigné en habit civil de 1903-1973.

3. La Tour Saint-Gelin et Chézelles

– Pères Montfortains : arrivés vers 1936, au château de Chézelles, devient un noviciat – départ vers 1990 – Curés à la Tour saint Gelin dans les années 1950.
– Sœurs de la Sagesse : même époque que les pères montfortains – s’occupèrent de l’école Notre Dame des Anges à la Tour saint Gelin.

4. Courcoué

Sœurs de l’Ecole à la fin du 19e siècle.

Le concile Vatican II (1962-1965) a joué un rôle important pour les congrégations religieuses. Elles ont été invitées à entreprendre une rénovation de leurs constitutions (=aggiornamento), selon l’esprit du “ retour aux sources ”. Ordres religieux désormais valorisés pour leur action sociale.