Objectif prier le chapelet en famille ?

Objectif prier le chapelet en famille ?

Objectif: prier le chapelet en famille

Je sais, avec les papes,  je place la barre très haute, mais voyons pourquoi et voyons qu’on peut y arriver graduellement.

1. Car les papes nous y encouragent. 

Jean XXIII dans une Lettre apostolique intitulée La religieuse assemblée, en 1961 : « Le Rosaire prend place pour les ecclésiastiques, après la Sainte Messe et le Bréviaire, et pour les laïcs après la participation aux sacrements. C’est une pieuse forme d’union à Dieu qui est toujours d’une grande élévation spirituelle. »

Paul VI Marialis Cultus § 53-54 signale que la Présentation Générale de la Liturgie des Heures range la cellule familiale au nombre des assemblées auxquelles sied la célébration en commun de l’office divin. « Mais après la célébration de la Liturgie des Heures – sommet que peut atteindre la prière familiale – il n’y a pas de doutes que le Chapelet de la vierge Marie doit être considéré comme une des plus excellentes et des plus efficaces prières en commun que la famille chrétienne est invitée à réciter. »

Le pape Jean-Paul II témoigne dans sa lettre sur le Rosaire, en 2002 : « Depuis mes plus jeunes années, cette prière a eu une place importante dans ma vie spirituelle… Le Rosaire m’a accompagné dans les temps de joie et dans les temps d’épreuve. Je lui ai confié de nombreuses préoccupations. En lui, j’ai toujours trouvé le réconfort…. Le Rosaire est ma prière préférée. C’est une prière merveilleuse. Merveilleuse de simplicité et de profondeur.”

“Il fut un temps où cette prière était particulièrement chère aux familles chrétiennes et en favorisaient certainement la communion. Il ne faut pas perdre ce précieux héritage. Il faut se remettre à prier en famille et à prier pour les familles, en utilisant encore cette forme de prière. » §41

On peut se réjouir que depuis le concile l’adoration eucharistique, également après une éclipse, connaît actuellement un renouveau, en particuliers sous la forme de l’adoration permanente en paroisse, et nous le vivons ici pendant 5 jours entre Richelieu et L’Ile-Bouchard. Il est beau de voir ensemble en adoration un couple, ou de voir prendre un engagement hebdomadaire l’un des enfants de la famille. Il n’en reste pas moins vrai que pour certaines âmes, l’adoration silencieuse est trop difficile, et alors le chapelet est la voie par excellence de la contemplation et de l’union à Dieu. Jean-Paul II propose d’ailleurs de le réciter devant le Seigneur exposé.

2. Car Jésus est au centre du Rosaire. Détaillons le contenu du Rosaire

Jean XXIII nous dit que la substance du Rosaire bien médité est constitué par un triple élément, pour chaque dizaine:

– Une contemplation mystique : de tous les mystères, c’est-à-dire des vérités de foi qui nous parlent de la mission rédemptrice de Jésus. C’est la lecture d’un court passage de la Parole de Dieu.

– Une réflexion intime, qui partant de la plénitude des mystères du Christ, répand une vive lumière dans l’âme de celui qui prie. Chacun reçoit de ces mystères un enseignement vivant qui lui permet d’affronter son existence et qui trouve des applications inépuisables pour ses propres besoins spirituels comme pour ceux de sa vie quotidienne. C’est une méditation proposée sur le mystère.

Personnellement, ce qui m’a beaucoup aidé dans ma jeunesse, c’est une série de livrets “Le Rosaire médité par des saints”, par le monastère de cisterciennes de Chambarand.

– Enfin une intention pieuse, c’est à dire l’indication des personnes, institutions, ou besoins d’ordre personnels et social qui pour un catholique, rentrent dans l’exercice de la charité envers ses frères.

Que ce soient les traditionnels fruits du mystère que l’on sollicite ou les intentions pour qui l’on offre cette dizaine.

Jean XXIII remarque qu’avec les médias modernes, toute âme qui prie sent qu’elle n’est plus isolée et occupée exclusivement de ses propres intérêts spirituels et temporels.

A sa lettre, le pape joint ce qu’il appelle de pieuses pensées pour chaque dizaine ; et elles sont graves car on est en 1961, en pleine crise de la guerre froide, la guerre nucléaire menace.

Paul VI précisera : “La répétition de l’Ave Maria constitue la trame sur laquelle se développe la contemplation des mystères : le Jésus de chaque Ave Maria est celui même que la succession des mystères nous propose tour à tour fils de dieu et de la Vierge, né dans une grotte, présenté au temple….”

Il rappelle l’habitude des “clausules”, faire suivre le nom de Jésus, dans chaque Ave Maria, de la mention du mystère énoncé.

Jean-Paul II complètera : RVM §2. “Sur l’arrière-fond des Ave Maria défilement les principaux épisodes de la vie de Jésus”. RVM §3 “Réciter le Rosaire n’est rien d’autre que de contempler avec Marie le visage du Christ.” RVM §10 “Son regard riche d’un étonnement d’adoration, parfois un regard interrogatif, dans tous les cas un regard pénétrant, en d’autres cas un regard douloureux, au matin de Pâques un regard radieux et enfin un regard ardent lié à l’effusion de l’Esprit.”

Le cardinal Van THUAN ajoutera : “Le rosaire est le film qui te rappellera toutes les étapes du chemin de l’espérance qu’elle a parcouru : sa tendresse à Bethléem, son tourment durant la fuite en Égypte, le silence et le labeur de l’atelier de Nazareth, sa ferveur au temple, son émotion devant la prédication de son fils, de saint Jean ; en bref, l’histoire de deux vies qui n’en sont qu’une, car le Seigneur a vécu en elle, et elle en lui. Ne néglige pas le rosaire que ta mère, Marie, t’a confié en te recommandant de vivre comme elle, avec elle, par elle et en elle.” (Sur le chemin de l’espérance, Le Sarment, Fayard 1991 Chapitre 35 – Notre Mère Marie, notules 922)

Le rosaire “est aujourd’hui la ressource suprême de l’Eglise”, affirme Dom Guéranger dans L’Année Liturgique, à la page du 7 octobre la fête du Saint Rosaire. Le rosaire écarte de l’humanité l’ignorance, nourriture d’hérésie, et lui réapprend les “sentiers consacrés par le sang de l’Homme-Dieu et les larmes de sa Mère” (Léon XIII, encycl. Magnae Dei Matris 1892).

Pour dire simplement : quel catéchisme de réciter le rosaire avec les enfants ! Pie XII l’avait appelé : le résumé de tout l’évangile. Bien sûr il ne s’agit pas de parler de Dieu mais de parler à Dieu, et le catéchisme et la prière sont deux choses différentes, mais par exemple au catéchisme, on voit tout de suite la différence entre les enfants qui prient et qui vont à la Messe et les autres. La liturgie qu’elle soit familiale ou eucharistique est la meilleure des catéchèses. La répétition aide à mémoriser sans effort.

Au-delà du catéchisme qui finit bien par rentrer dans l’intelligence des enfants par la récitation du chapelet, JPII RVM §15 parle d’une “fréquentation amicale du Christ : Elle nous fait entrer de manière naturelle dans la vie du Christ et pour ainsi dire “respirer” ses sentiments.”

Encore au delà : JPII RVM §13 “La contemplation de Marie est avant tout le fait de se souvenir. Il faut cependant entendre ces paroles dans le sens biblique de la mémoire (zakar), qui rend présentes les œuvres accomplies par Dieu dans l’histoire du Salut… Ces événements ne sont pas élément un “hier”, ils sont aussi l'”aujourd’hui” du salut… Faire mémoire (de ces événements) signifie s’ouvrir à la grâce que le Christ nous a obtenue par ses mystères de vie, de mort et de résurrection… Si la liturgie est l’action salvifique, le Rosaire en tant que contemplation sur le Christ avec Marie, est une contemplation salutaire.”

3. Car contrairement aux apparences, les conditions modernes favorisent la récitation du chapelet.

1/ Nous sommes fatigués ? Le chapelet, comme l’adoration, ce ne doit pas être un pensum, mais un repos. La Bse Élisabeth de la Trinité écrivait à une amie : « Ah si tu le connaissais un peu, la prière ne t’ennuierait plus ; il me semble que c’est un repos, un délassement : on vient tout simplement à celui qu’on aime, on se tient près de lui comme un petit enfant dans les bras de sa mère et on laisse aller son cœur… » (lettre 123 à François de Sourdon 19 juin 1902)

2/ Nous passons notre vie dans les transport ?

Récitons le chapelet, dizaine par dizaine dans les transports et une dizaine en famille le soir, ou l’angelus

On peut choisir chaque jour un mystère à méditer.

3/ Génération zapping ?

Il y a une grande variété de prières mariales : l’angelus, les 3 Ave etc… alors il faut varier les plaisirs. La famille grandit, change, il faut éviter la routine. Varions les plaisirs. On va en reparler.

4/ Finalement, le chapelet n’est-il pas la prière de la maturité ?

Nous le savons, dans la prière familiale, il est important de respecter les âges et la composition de la fratrie. L’un des dangers serait de garder infantile trop longtemps le mode d’expression de la prière. Le Chapelet ne pourrait-il pas être une nouvelle étape dans la vie spirituelle d’une famille.

En tout cas, Jacqueline Aubry témoigne ici que réciter le chapelet réjouit le cœur de Marie : la récitation du chapelet “parce que c’est une prière toute simple” a le mérite de “lui faire un plaisir qu’on ne peut imaginer” et ” plus on lui récitait de Je vous salue Marie, plus elle était heureuse », dit-elle.

Les autres prières mariales

Paul VI: nous voudrions recommander vivement la récitation du rosaire en famille. (paragraphe 52 de Marialis Cultus) Mais au §55, il invite à ne pas présenter le rosaire avec un exclusivisme inopportun.

Ne soyons donc pas « exclusivistes ». Il s’agira plus de varier les plaisirs plutôt que d’empiler les dévotions car il peu y avoir une overdose. Rappelons brièvement les autres prières mariales.

1. L’Angelus

Le pape Paul VI consacré la 3ème partie de son Exhortation de 1974 sur le culte marial aux deux exercices de piété mariale les plus répandus en occident : l’Angelus et le chapelet. il fait une vive exhortation à conserver l’habitude de le réciter. Cette prière n’a pas besoin d’être rénovée : sa structure simple, son caractère biblique, son origine historique qui la relie a la demande de sauvegarde de la paix, son rythme quasi liturgique qui sanctifie divers moments de la journée, son ouverture au mystère pascal qui nous amène tout en commémorant l’Incarnation du fils de Dieu à demander d’être conduits pas sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa Résurrection, font qu’à des siècles de distance, elle conserve inaltérée sa valeur et intacte sa fraicheur.

Ces moments caractéristiques de la journée – matin, midi et soir – délimitent les périodes d’activité et constituent une invitation à s’arrêter pour prier.

2. La prière des 3 Ave

C’est une prière très antique, popularisée dans notre région par le sanctuaire ND de la Trinité de Blois. Car certains saints la lient à la Trinité ; le Père puis le Fils puis l’Esprit saluant ainsi Marie. D’autres la lient à la virginité de Marie, vierge avant, pendant et après la nativité.

Et on retrouve ces 3 AVÉ aussi bien dans le début du chapelet que dans la prière de l’Angelus.

À L’Ile-Bouchard, nous nous sommes permis de re-proposer cette pratique comme contenu d’une neuvaine pour la famille, entre Noël et nouvel an 2013, au moment du débat sur le mariage des personnes homosexuelles et l’adoption par ces mêmes personnes. Nous voulions une prière accessible aux familles avec des touts petits enfants : réciter 3 Je vous salue, un pour les papas, un pour les mamans, et un pour les enfants.

3. La prière du Magnificat.

A L’Ile-Bouchard, Marie aime beaucoup ce chant de louange. Le beau mot de Magnificat était brodé sur sa robe, comme vous pouvez le voir sur la statue de la Salle Notre-Dame. Le vendredi 12, jour de la reprise définitive du travail dans toute la France, le mot fut visible en entier. Le dimanche, Marie demandera : “Voulez-vous dire à la foule de prier le Magnificat ?” Dès le mot “Magnificat” entonné par le curé, elle “va tourner ses magnifiques yeux bleus vers le ciel et ne nous regardera plus”, dit Jacqueline. Le ravissement de la Vierge va durer tout le temps du chant, “comme une prière qui montait de son cœur vers le ciel ; […] et une joie, une joie indescriptible ; […] elle était tellement belle, tellement joyeuse”. (JR Frisch op.cit. page 31)

Pourtant le magnificat n’est pas facile à apprendre par cœur pour les enfants. c’est plus facile à apprendre en le chantant. Le carnet de chant Il est vivant en propose plusieurs versions accessibles.

Le contenu n’est pas non plus facile. Magnifique, du latin Magnus, Grand est le seigneur, soulignait le cardinal Barbarin dans son enseignement lors du festival marial 2013 à Lyon

Cette prière inscrit profondément en nous le fait que nous devons tout à Dieu, que seul nous n’y arrivons pas, et ainsi nous aide à mettre notre confiance en dieu.

Pourquoi ne pas chanter un magnificat à chaque bonne nouvelle reçue en famille ? Un enfant se met à marcher, la réussite aux examens…

4. Le Salve Regina

Il s’agit comme l’a appelé un humoriste, de l’ “allo maman bobo” du catho.

5. Les pèlerinages familiaux

Quel bonheur ici d’accueillir des pèlerinages familiaux. Combien de familles en sont répartis plus unies, plus fortes, plus joyeuses ? Les sanctuaires mariaux ont un rôle fondamental. J’affirme sans crainte d’être démenti que la foi a été sauvé en France par les sanctuaires, en particulier Lourdes, mais aussi Paray-le-Monial, Rocamadour, Auray etc…

6. Consécrations mariales 

La plus connue est celle de St Louis-Marie Grignions de Montfort. « Nous te choisissons aujourd’hui ô Marie…”

Moins connue, une consécration écrite par le cardinal Suhard pour la famille :

“Ô Vierge Marie,
nous consacrons aujourd’hui
notre foyer et tous ceux qui l’habitent
à ton cœur immaculé.
Que notre maison soit,
comme celle de Nazareth,
une demeure de paix et de bonheur simple,
par l’accomplissement de la volonté de Dieu,
la pratique de la charité
et le plein abandon à la Divine Providence.

Veille sur tous ceux qui l’habite,
aide-les à vivre toujours chrétiennement,
enveloppe les tous de ta maternelle protection
et daigne dans ta bonté,
ô Vierge Marie,
reformer au Ciel notre foyer d’ici-bas
consacré à jamais à ton Cœur Immaculé.
Amen.”

7. Neuvaines pour différentes fêtes mariales

Il s’agit de répéter 9 jours de suite la même prière: temps assez long pour marquer la fidélité et assez court pour ne pas lasser.

Le danger serait d’enfiler une succession de neuvaine et d’aboutir à une banalisation ou à une overdose. Faites un choix, ne les faites pas toutes !

Par exemple :

– Immaculée conception (30 novembre au 8 décembre)

– Marie Mère de Dieu et Reine de la paix (entre Noël et Nouvel An)

– ND de Lourdes (3 au 11 février)

– Annonciation (17 au 25 mars)

– Assomption (6 au 15 août)

8. Autres prières

Litanies mariales

Prières propres selon les lieux. Nous sommes en traîne de faire éditer 10 prières propres à L’Ile-Bouchard, qui seront disponibles avant Noël à St Gilles, avec 12 fiches prières renouvelées, soit une véritable école de prière.

Porter une médaille, un scapulaire : Cela correspond à une prière plus “physique”. On pense à la médaille de la rue du Bac, à la tradition des médailles de baptême, aux scapulaires du Carmel ou de Montligeon.

Conclusion

En 1966, Mgr Ferrand, sur la proposition du vicaire général, le chanoine Fiot, a donné la vocable partagé avec Pontmain, ND de la Prière. Depuis, l’invocation de L’Ile-Bouchard est: ND de la Prière, apprenez-nous à prier.

La prière présente dès le 1er jour, va comme baigner toute cette semaine du 8 au 14 décembre 1947. On passer presque que tout le temps à prier ans cette église saint-Gilles.

La “belle Dame” va elle-même prier : Marie et l’ange récitent la 1ère partie du Je vous salue et de l’invocation Ô Marie conçue sans péchés.

Et Marie va faire prier les enfants; elle va animer une véritable école de prière.

– Le lundi, c’est le curé qui fait prier, comme à chaque fête mariale. Il fait réciter le chapelet aux participants de la bénédiction du Saint Sacrement. Marie demande de prier pour la France.

– Le mardi 13:00, Marie leur demande d’embrasser le croix de son chapelet, et demande que mr le Curé amène les enfants et la foule pour prier. Puis à 17:00 elle demande aux 4 fillettes de chanter le Je vous salue Marie, “ce cantique je j’aime bien”, puis à la foule de s’approcher pour réciter une dizaine de chapelet.

– Le mercredi, 13:00, elle demande à nouveau de chanter le JVSM.

– Le jeudi 17:00, par deux fois elle propose de chanter le JVSM, et demande : priez vous pour les pêcheurs ?

– Idem le vendredi 13:00, en insistant sur la prière pour les pêcheurs et en redemandant de prier pour la France.

– Le samedi : « chantez le JVSM », puis il y aura un chapelet complet prié par la foule.

– Le dimanche: « chantez le JVSM, puis réciter une dizaine de chapelet ». La foule priera les 5 dizaines. « Continuez le chapelet », encourage Marie. « Il faut prier et faire des sacrifices ». « Dites à la foule qu’elle chante le magnificat ». « Récitez une dizaine de chapelet les bras en croix. »

Alors la pédagogie de la prière par Marie à l’Ile-Bouchard comporte  : le signe de croix, un JVSM, une dizaine, le chapelet entier, le magnificat. Belle progression.

Article extrait de la conférence du P. Xavier Malle au colloque Enfance et Sainteté à la Toussaint 2013 à L’Ile-Bouchard.

 

Sources

Jean XXIII, Lettre apostolique La religieuse assemblée, 1961

Paul VI, Exhortation apostolique Le culte marial aujourd’hui 1974 (MC)

Jean-Paul II,

Familiaris Consortio (FC), 1981

Lettre apostolique Le Rosaire de la Vierge Marie, 2002 (RVM)

Lettre aux familles, 1994

Jean-Romain Frisch, L’Ile-Bouchard des messages pour aujourd’hui, Éditions de l’Emmanuel 2009

Michel-Martin Prevel, prières en famille, Éditions des Béatitudes 2008 (MMP)

Léo Mansburg, Fioretti de Mère Teresa, éditions de l’Emmanuel, 2013