Contexte historique, le Maréchal Leclerc

D’après le livre “Leclerc”, de Jean-Christophe Notin, Perrin 2005.leclerc_notin

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La France s’enfonce dans le marasme : inflation galopante, endettement croissant, production industrielle en chute de 10%. Le ravitaillement est problématique : les gelées détériorent les récoltes de blé, les fruits manquent, Ramadier décrète une hausse de 20% du prix de la viande.

Le département d’Etat américain s’effraye : “La France est en danger immédiat d’être conquise de l’intérieur par des minorités armées et bien organisées.” En mars, le 2e bureau des Forces américaines en Europe estimait qu’il y avait “des signes d’une minorité communiste agressive et bien organisée en France, très probablement pilotée depuis Moscou. Dans ce cadre, une action communiste extême est possible, y compris un coup d’Etat.”

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” Appréhendant un coup de force communiste, le président du Conseil (Ramadier) autorise le nouveau chef d’état-major de la défense nationale, le général Revers, à prendre les mesures d’urgence comme la construction d’un réseau clandestin radio-téléphonique reliant les régions militaires ou l’achat de mille camions pour remédier au blocage des transports.

Le gouvernement pense également confier à Leclerc le fauteuil stratégique de chef d’état-major de l’armée de terre en lieu est place de de Lattre dont les excentricités ont fini par l’exaspérer. Déjà approchés, Carpentier et Guillaume, moins étoilés que lui, ont fait connaître leur refus. Leclerc les imite sans l’ombre d’une hésitation : le poste est bien trop exposé tant que l’armée n’aura pas accompli sa mue d’après-guerre.

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Déjà à son retour d’Indochine, les RG avaient fait savoir que dans certains milieux d’officiers, la situation gouvernementale pouvant “entraîner d’après eux, à plus ou moins brève échéance, la dictature d’un parti […] le poste du général Leclerc, à proximité de la métropole, à la tête des troupes, en plein indépendance, [paraissait] absolument souhaitable. La personnalité du général Leclerc est susceptible de rallier, en cas d’incidents, la plupart des troupes, et, en cas de besoin, la plupart de nos grands chefs militaires, malgré certaines apparences, sont prêts à se grouper sous un commandement unique.” Leclerc pourrait-il faire figure de sauveur ?

La situation intérieure de la France devient préoccupante. Le mauvais hiver a nécessité une surconsommation de charbon et le gel détruit les récoltes. La France vend les trois quarts de son stock d’or, l’inflation galope, la production s’effondre. Faute de farine, les boulangeries doivent fermer la moitié de la semaine tandis que le rationnement perdure.

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Le 2 octobre, Maurice Thorez [chef du PCF] a solennellement scandé au vélodrome d’hiver qu’était venue l’heure “d’imposer un gouvernement démocratique où la classe ouvrière et son parti exercent enfin un rôle dirigeant”. Un meeting tenu salle Wagram mettant face à face dix mille sympathisants communistes et presque autant de forces de l’ordre. Bilan : des centaines de blessés.

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[Le général Revers] a déjà transféré des troupes d’Allemagne et de l’est de la France vers la banlieue parisienne. Le 20 novembre, 30 000 hommes de la classe 1947, libérés en mai par mesure d’économie, sont même rappelés sous prétexte de terminer un service militaire anormalement abrégé. A terme, 220 000 hommes les imiteront.

 

Jean-Christophe Notin, Leclerc, Perrin,‎ 2005, broché, 620 p. ; rééd. Perrin, coll. « Tempus », 2010, poche, 808 p.


 

Le 22 novembre, Auriol appelle Robert Schuman, adepte de la modération.

Le 28 novembre 1947, l’avion du général Leclerc, un B25 américain reconverti, en visite d’inspection en Algérie, s’écrase au point kilométrique 315 du chemin de fer Mer-Niger, près de Colomb-Béchar.

Rapidement des rumeurs naissent, il s’agirait d’un attentat et non d’un accident. C’est la théorie du complot communiste, à la veille d’un envahissement de l’Europe par l’URSS.

L’auteur étudie attentivement toutes les hypothèses, dont celle-ci; mais conclue au problème technique.

Récit de l’accident sur le site internet de la Fondation Leclerc, rapport du général Sacy : http://www.fondation-leclerc.com/11/lhomme/1940-1947/accident.htm

“Rien dans le dossier sur l’accident ne peut étayer la thèse d’un attentat” assure le général (cr) Hugues Sylvestre de Sacy, ancien chef du service historique de l’armée de l’air.


 

Mais les causes du crash du B-25 Mitchell ne sont toujours pas connues avec certitude, analyse Jean-Dominique Mercher http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2007/11/mort-du-gnral-l.html

“Le pilote n’a pas suivi son plan de vol, qui prévoyait un vol à l’altitude de 2500 mètres et une percée à l’arrivée”. A cause de mauvaises conditions météo, le pilote a préferé percer plus tôt la couche nuageuse et suivre à basse altitude la voie ferrée qui conduisait à Colomb-Béchar. L’avion a alors percuté le remblais du chemin de fer. Selon le général Sylvestre de Sacy, le B 25 – un bombardier modifié en appareil de transport – avait des problèmes de “centrage”, notamment à basse vitesse. La simple présence de passagers à l’arrière de l’appareil pouvait déséquilibrer l’avion. C’est la thèse retenue par ce spécialiste.

Reste qu’une fois la colonne de secours parvenue sur les lieux de l’accident, on retrouva des corps déchiquetés et brûlés. Il semblait y avoir treize corps… alors que le manifeste d’embarquement n’en comportait que douze. Y-avait-il un treizième passager? Qui était-il ? Le mystère reste entier. Jean-Christophe Notin, biographe de Leclerc, “croit au treizième homme sans se prononcer sur son identité“. Soixante ans plus tard, le mystère demeure.


 

Le 8 décembre, jour de deuil national, se déroulent à Notre-Dame les obsèques en présence des plus hautes autorités du pays. Le cortège gagne les Invalides où le cercueil est déposé dans le caveau des gouverneurs.