Actualités du Sanctuaire Marial de l'Ile-Bouchard

Introduction à l’histoire du monde, de la France et de l’Eglise

Pour aimer et servir la France, il est capital de connaître son histoire. Les racines de la France sont chrétiennes. Prenez le temps de parcourir ce vaste panorama, qui va de la création à l’élection du Pape François, par Sylvie Bernay, historienne, auteur de « L’Eglise en France face à la Shoah ».


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Etudier l’histoire de l’Eglise constitue une des bases de la foi catholique. Partons donc du credo que nous récitons chaque dimanche. Nous affirmons que Jésus Christ, Fils de Dieu, s’est fait homme. Dieu, par son incarnation, est entré dans l’histoire humaine. Il a subi le supplice destiné aux esclaves de l’Empire romain. Cette mort est datée dans le credo par l’expression “crucifié sous Ponce Pilate”. Le personnage de Ponce Pilate et sa charge de préfet sont connus des historiens. Pilate a été préfet de Palestine pendant 11 ans de 26 à 37 de notre ère, sous le principat de Tibère.

L’histoire de l’Eglise commence par la naissance de Jésus dans la première “famille chrétienne”. La tradition fixe le lieu dans une “crèche à Bethléem”. La Sainte famille est considérée comme la première “église”. Cet évènement  a été fixé par le moine Denys à l’année 0. En réalité ce serait plutôt entre l’année -6 ou -4. Mais nous ne nous attarderons pas sur cette erreur de datation. Jésus dit à ses apôtres au moment de l’Ascension : “Allez donc de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde” (Matthieu 28, 18).” Ces versets donnent ainsi le sens de l’histoire pour un chrétien. C’est le temps de la foi, de la mission, du Salut mais aussi le temps des nations.

Notons que le temps de l’Eglise est un temps bien court à l’échelle du temps bien plus long de la création de l’univers puis de la terre et celui de l’anthropisation progressive de notre planète. Mais ce temps après Jésus Christ, ces derniers temps que nous vivons, est celui du peuplement intensif du monde. Qu’il suffise de savoir que sous l’Antiquité (vers l’an 0) les démographes estiment que 250 millions d’êtres humains vivaient sur terre. Nous sommes actuellement environ 7 milliards d’hommes sur terre. Cette simple mise en abime de la profondeur du temps et du peuplement nous amène donc à prendre en compte l’élargissement du monde et l’accélération des événements historiques depuis l’Incarnation. Les chrétiens y jouent un rôle actif, comme le levain dans la pâte.

Le credo affirme enfin” qu’il (le Christ) reviendra dans la Gloire pour juger les vivants et les morts”. Cet avènement marque la fin du temps et de l’histoire humaine. Nous attendons le happy end !

Dans ce topo nous reprendrons les quatre périodes de l’histoire que les historiens ont fixé en fonction des grandes ruptures du temps européen :

–       en première partie nous étudierons l’histoire de l’Eglise sous l’Antiquité, soit du temps de Jésus jusqu’à l’époque de Charlemagne (vers l’an 800 car cette date est commode). Ceci nous permettra d’intégrer le déploiement de l’Islam qui intervient tardivement (622 marque le début de l’ère musulmane avec l’Hégire, le repli du Prophète Mohammed à Médine)

–       puis en seconde partie nous étudierons cette histoire pendant la période de l’Occident médiéval avec la formation des royaumes chrétiens après le partage de Verdun (843, date à laquelle les descendants de Charlemagne se partagent l’Occident européen). Cette période s’achève par la prise de l’Empire romain d’Orient en 1453 par les Turcs Ottomans tandis que Christophe Colomb découvre ce qu’on appellera l’Amérique (1492).

–       Nous étudierons ensuite la période moderne qui s’ouvre avec la protestation de Luther en Allemagne (95 thèses de Wittenberg en 1517). Elle s’achève par la Révolution française et la domination de Napoléon 1er sur l’Europe (fin en 1815 au Congrès de Vienne)

–       La dernière époque est la nôtre, l’époque contemporaine (1750-2013) Elle est marquée par l’émancipation violente des Etats-Nations depuis les révolutions libertaires américaines, européennes, soviétiques et musulmanes. C’est le temps du déploiement des nations qui s’accompagne d’une intense réforme de l’Eglise et de persécutions.

  1. Les bases de la chrétienté antique (0-800)

  1. La naissance de l’Eglise (du 1er au 4ème siècle)

a)     la prise de conscience de l’Eglise catholique

La mission des apôtres du 1er siècle est connue par le livre des Actes ainsi que par les lettres apostoliques, envoyées aux différentes églises. Elles sont fondées par les missions de Paul, de Pierre et des autres disciples. Les 5 voyages missionnaires de Paul sont les mieux connus. Il parcourt l’Asie mineure, la Grèce et termine sa vie à Rome, où il est martyrisé en 64 ap. JC. Pierre a évangélisé le monde juif de Palestine à la Syrie avant la destruction du temple en 70 ap. J.C. Pierre est martyrisé à Rome entre 64 et 70 sous le règne de Néron. Rome devient alors le siège apostolique, au cœur même de la capitale de l’Empire romain. Thomas aurait évangélisé l’Asie et l’Inde mais il ne nous reste aucun récit. Le premier royaume chrétien est celui d’Edesse avec la conversion du roi Abgar IX, roi  de 179 à 214. Cette évangélisation se rattache à la tradition de l’apôtre Thomas qui a fondé la communauté chrétienne d’Edesse. Les autres communautés chrétiennes d’Afrique et de Gaule sont attestées par les actes de leur martyr qui datent de la fin du second siècle. Ainsi, des marchands asiatiques ont fait connaître l’évangile à Lyon. Cette communauté de Lyon et de Vienne se rattache à la tradition de saint Polycarpe, de saint Ignace et de saint Jean l’évangéliste, qui a écrit ses lettres et son apocalypse en Asie Mineure à la fin du 1er siècle. Des communautés chrétiennes sont aussi attestées en Espagne et en Egypte au tournant  du 1er siècle. La formulation du credo que proclament les catéchumènes dans la nuit de Pâque porte dès le 1er siècle l’affirmation de l’Eglise catholique, ce terme signifie universelle.

b)    La mise en place des structures de la communauté chrétienne

Les lettres de Pierre et de Paul attestent que les communautés chrétiennes se réunissent dans la maison d’un chef de famille. Ce sont les premières maisonnées. L’archéologie a révélé que certaines églises à Rome ou en Asie ont été édifiées sur la maison de ces premiers chrétiens qui se réunissaient pour la fraction du pain. Avant chaque départ en mission, Paul institue des anciens (ou presbytres, de là le mot prêtre en français) qui dirigent la communauté. Il ordonne aussi des évêques (épiscopes en grec ou surveillants). Ses deux lettres à Timothée, qu’il a ordonné évêque par l’imposition des mains, définissent la charge pastorale pour laquelle il a été consacré. Très tôt, les apôtres ont ordonné des diacres (serviteurs) chargés de visiter les pauvres et les malades. Enfin, les femmes consacrées ou encore les veuves, qui ne choisissent pas de se remarier, se mettent au service de la communauté chrétienne pour visiter les malades, catéchiser les femmes et distribuer les aumônes. Ces hommes et femmes consacrés témoignent de l’appel à témoigner du royaume qui vient. Ils mènent la vie consacrée de Jésus, fils unique du Père et de Marie. Cette Église qui se structure au cours du second siècle autour de grandes figures épiscopales (Ignace d’Antioche, Polycarpe de Smyrne,  Irénée de Lyon) est ouverte à tous, riches et pauvres, esclaves et hommes libres, juifs et païens. Peu à peu les judéo-chrétiens sont exclus de la synagogue. La destruction du temple de Jérusalem par les armées de Titus en 70 ap. J.C. aggrave le schisme qui sépare Juifs et chrétiens au cours du second siècle.

c)     La sanctification des chrétiens

La vie chrétienne commence par le baptême, où le catéchumène proclame sa foi en la Trinité sainte dans l’église catholique. Puis la vie chrétienne est rythmée par la prière, comme en témoignent certaines fresques des catacombes : on prie debout les mains ouvertes vers le ciel. Le chrétien prie trois fois par jour en chantant des hymnes au Christ. C’est la louange divine. Le Notre Père est le cœur même de sa prière. Le lendemain du shabbat juif, soit le huitième jour, les chrétiens se rassemblent dans leur maison pour la fraction du pain. La messe s’articule déjà autour des deux temps des lectures puis de la fraction du pain. Le terme eucharistie ou action de grâce fait référence aux longues prières d’action de grâce qui structurent déjà la célébration en s’appuyant sur la liturgie juive du repas de shabbat. Le calendrier liturgique se fixe peu à peu. La fête de la vigile de la Pâque est la principale fête de l’année. Pendant la vigile pascale a lieu le baptême des catéchumènes qui doivent suivre une longue initiation. Les pratiques chrétiennes sont tenues secrètes en raison des persécutions. Le rituel de la réconciliation s’établit peu à peu car le baptême surtout reçu à l’âge adulte purifie le chrétien de tous péchés. Mais l’appel à la pénitence et à la réconciliation structure la vie chrétienne. Le chrétien se purifie par le jeûne, l’aumône et la prière. Les fautes graves entrainent la mise à l’écart du pénitent de la communauté chrétienne. Après un temps de pénitence, l’évêque l’absout de sa faute et le réintègre dans la communauté chrétienne au cours de la semaine pascale. Le sacrement de la réconciliation, tel que nous le connaissons, s’élabore autour de la tradition monastique qui permet au moine de confesser ses péchés à un ancien, au cours du 7ème siècle.

  1. Les outils d’évangélisation (1er au 9ème siècle)

L’évangile se répand progressivement dans l’Empire romain. Il touche d’abord les villes, grâce au témoignage des marchands. Les communautés chrétiennes attirent par leur charité, leur fidélité conjugale, la façon dont elles s’occupent de leurs enfants. En effet, sous l’Antiquité, le père de famille avait droit de vie et de mort sur sa maisonnée. Les familles chrétiennes se distinguent par la charité des époux et le refus de pratiquer l’avortement ou encore d’exposer les nouveaux nés (abandonner les enfants en bas âge dans la décharge publique). Les écrits chrétiens attestent de la pureté de vie que le christianisme exige. Un chrétien doit rayonner par la sainteté. Il est appelé à rendre aussi le témoignage du martyre. Si les premiers temps de l’église sont marqués par des persécutions ponctuelles comme les martyrs de Rome, d’Afrique du Nord ou de Lyon, le 3ème et le 4ème siècle sont marqués par des crises politiques graves qui entrainent des persécutions généralisées sous les empereurs Dèce (250-251), Valérien (257-258) et sous Dioclétien (303-311). Ces périodes s’achèvent par un édit de tolérance envers les chrétiens. Le christianisme devient la religion officielle de l’empire en 380 mais les invasions barbares amènent les chrétiens à la rencontre de peuples polythéistes. À l’apparition du monachisme en Egypte puis en Syrie et en Asie Mineure au 3ème siècle, les monastères deviennent des écoles de vie chrétienne et des lieux d’envoi en mission lorsque commencent les invasion barbares à partir du 3ème siècle. Moines et évêques se font évangélisateurs et pasteurs de ces peuples. Saint Martin (316-397) en Gaule, Saint Patrick (v. 385-461) en Irlande, Saint Augustin de Cantorbery en Angleterre (mort en 604), Saint Willibrord (657-739) en Frise et en Allemagne, Saint Boniface (680-754) évangélise l’Allemagne et fonde le monastère de Fulda, avant de mourir martyr. Puis les moines Cyril et Méthode (863-885) évangélisent le monde slave. Enfin, Benoît d’Aniane (750-821) uniformise la vie monastique si florissante pendant cette période en imposant dans tout l’empire carolingien la règle si équilibrée de Saint Benoît de Nursie (480-543).

  1. La confrontation avec les hérésies (2ème au 9ème siècle)

L’évangélisation entraine la confrontation intellectuelle avec des formes de pensées qui amoindrissent la révélation de Jésus-Christ. Au second siècle, ces formes de pensée, appelées gnoses, ont tendance à réserver le salut à un petit nombre d’élus (montanisme) ou encore à renier les racines juives du christianisme (marcionisme). Au cours du quatrième siècle le débat intellectuel touche à la personne du Christ et à sa double nature humaine et divine. Soit sa divinité est affaiblie (arianisme), soit dissociée en deux personnes humaine et divine (nestorianisme). Après les persécutions de Dioclétien, le régime impérial plus ouvert au christianisme convoque plusieurs conciles œcuméniques mais les orientaux hellénisants y sont majoritaires (Nicée en 325, Constantinople en 381, Ephèse en 431, Chalcédoine en 451, puis deux autres conciles de Constantinople au cours du 5ème et 7ème siècle, enfin le concile de Nicée 2 en 787 qui aborde la douloureuse question des icônes dans l’empire byzantin). Il faut marquer plusieurs conséquences à ces conflits théologiques :

–       ils ont permis d’accélérer la réflexion théologique de ceux que nous appelons les pères de l’Eglise (Irénée de Lyon contre les gnoses, Athanase d’Alexandrie contre l’arianisme, Augustin contre le pélagianisme).

–       Ces conflits ont eu des conséquences malheureuses : ingérence des empereurs dans les querelles théologiques, affaiblissement de l’autonomie de l’Église, violences entre chrétiens.

–       Certains auteurs chrétiens comme saint Jean Damascène (676-749) voient dans l’Islam une forme d’hérésie chrétienne. En tout cas, le Coran porte la marque du nestorianisme (refus de la nature divine de Jésus, dissociation en deux personnes) et des iconoclastes (interdiction des images). Il est certain que ces divisions entre chrétiens ont favorisé la conquête musulmane (8ème et 9ème siècle). Cette conquête affaiblit l’empire byzantin, continuateur en orient de l’empire romain qui s’effondre en occident en 476.

–       L’extension de l’évangélisation en Europe occidentale amène une rupture plus forte avec le Judaïsme au cours du 7ème et 8ème siècle. Dans la liturgie carolingienne, on ne prie plus à genoux pour la conversion des Juifs mais debout. Ces derniers sont appelés “Juifs perfides” (infidèles à leur foi).

  1. La chrétienté médiévale (800-1492)

  1. Une chrétienté en réforme

La période carolingienne ouvre donc le Moyen Age, période durant laquelle l’Occident se structure en royaumes chrétiens en France et en Angleterre. Cette période s’achève par la Reconquista des rois espagnols qui expulse les émirs musulmans et les Juifs en 1492 tandis que l’Angleterre essaie de coloniser la France pendant la guerre de Cent ans (1337-1453). En Orient l’empire byzantin est confronté à l’avancée des Turcs et des slaves. Son autorité politique sur le siège de Rome est de plus en plus contestée. La papauté s’affranchit brutalement de la tutelle byzantine, entrainant le schisme de 1054. Le pillage par les croisés de la ville de Constantinople en 1204 a aggravé la rupture entre la chrétienté occidentale et la chrétienté orientale. Entre la fin du 9ème siècle et le 12ème siècle, la papauté est animée par ce qu’on a appelé la réforme grégorienne (du nom du pape Grégoire VII) qui consiste à rendre indépendant le pouvoir spirituel du pouvoir temporel. On fixe alors les règles de l’élection du pape, afin que l’influence des princes temporels soit limitée. Les papes réforment la vie des clercs (célibat sacerdotal, appel à la pauvreté en interdisant la simonie ou la vente des sacrements, vie communautaire avec la fondation des chanoines). Cette réforme est soutenue par les nouveaux ordres religieux. Après la fondation de l’ordre de Cluny en 909 qui essaime dans tout l’Occident, celui de Cîteaux en 1098 rencontre un franc succès au point de compter 740 abbayes à la fin du Moyen Age. La spiritualité de Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) insiste sur la piété mariale et l’amour du Christ. Il influence profondément la chevalerie française. Un siècle plus tard, de nouveaux ordres mendiants de Saint Dominique (1170-1221) et de Saint François (1182-1226) veulent réformer l’Eglise dans le sens de la simplicité évangélique, l’amour de la pauvreté et de la vérité. Saint François fut un modèle très admiré de sainteté. Saint Louis, roi de France de 1226 à 1270, fut tertiaire franciscain. C’est aussi l’époque des huit croisades qui ne permettent pas de reconquérir l’orient. Dès la 1ère croisade, les croisés s’en prennent aux communautés juives ashkénazes de la vallée du Rhin. Les évêques allemands les protègent et saint Bernard les défend. Mais les royaumes chrétiens, surtout la France, se font protecteurs des chrétiens d’orient.

  1. La christianisation des temps et de l’espace

L’occident médiéval est marqué par une période de grands défrichements et d’urbanisation intense après les troubles des invasions barbares. C’est la création des paroisses urbaines et rurales où les prêtres baptisent les petits enfants. Désormais les baptêmes d’adultes se font plus rares. La sonnerie de l’angélus appelle les chrétiens à la prière trois fois par jour. Le calendrier liturgique se précise avec la fête de la Toussaint, mise en place par les moines de Cluny. Les bénédictins jouent un rôle majeur dans l’organisation liturgique des temps de l’année chrétienne. La piété mariale s’épanouit grâce à la prière du rosaire, répandue par Saint Dominique. C’est le temps des cathédrales, érigées sous l’impulsion des fidèles chrétiens, qui se réunissent en conseil de fabrique. Mais l’évêque est aussi maître d’œuvre. Après l’art roman, proche de l’art byzantin, l’art gothique ou art français couvre le royaume de France de cathédrales de pierre et de verre entre 1210 et 1230. La piété médiévale, très mariale, accorde aussi une grande importance au culte eucharistique. La fête Dieu établie en 1264 doit beaucoup aux visions mystiques de Sainte Julienne du Mont Cornillon, une abbesse belge (vers 1198-1252) mais le rôle et l’influence de pieux laïcs sont indéniables dans le renforcement du culte eucharistique.

Pendant cette période du 11ème au 13ème siècle se forme la théologie du mariage chrétien comme moyen de sanctification du laïc. Les mariages consanguins sont interdits et l’Eglise préconise le mariage monogamique et exogamique (en dehors de sa lignée et de sa parenté, afin de sortir des logiques matriarcales et tribales). Le mariage valorise l’engagement personnel, il permet l’autonomie de la femme qui sort de la tutelle du père ou de l’oncle. Il en ressort une puissante expansion démographique qui fait de la France le royaume le plus peuplé du Moyen-Age, sa population double entre l’an 1000 et 1300, passant de 5 millions à 9,2 millions. Paris est la plus vaste cité du monde après Constantinople.

Le concile de Latran IV (1215) structure ainsi les 7 sacrements destinés au salut chrétien. Il est recommandé de se confesser une fois par an. Les ordres mendiants se spécialisent dans ce rôle de direction spirituel et d’accompagnement. Enfin le sacrement de l’extrême onction est souvent donné à l’article de la mort. La famille fait alors dire des messes pour le repos de l’âme du défunt. Ce concile définit la doctrine du double protectorat envers les Juifs. Puisqu’ils ne sont pas chrétiens, les Juifs en terre chrétienne ne peuvent pas exercer de fonction au sein de l’Etat. Mais en tant que citoyens européens de la plus haute antiquité, les Juifs sont propriétaires de leurs biens et il est interdit de leur faire du mal. Cette doctrine sera appliquée dans les Etats pontificaux jusqu’en 1848.

  1. La naissance de la théologie

Grande époque des clercs qui ont le privilège de savoir lire et écrire, le Moyen Age a créé d’abord l’école cathédrale autour du siège épiscopal. Mais aussi l’hôtel Dieu destiné au soin des malades. Au tournant du 13ème siècle apparaissent les universités européennes liées à l’expansion urbaine de ce temps. Ce sont des corporations regroupant maîtres et élèves d’une même cité. Elles deviennent ainsi indépendantes des pouvoirs épiscopaux et royaux mais restent sous le contrôle du pape. Ces universités fixent alors les grades (du baccalauréat jusqu’au doctorat) et les quatre disciplines d’étude (art, médecine, droit, théologie).

Dans cette dernière discipline, la scolastique médiévale s’épanouit en prenant appui sur la méthode de raisonnement d’Aristote, la dialectique. Plusieurs grands théologiens, comme Saint Albert le Grand (1193-1280) ou Saint Thomas d’Aquin (1224-1274) utilisent une méthode de raisonnement réaliste qui valorise l’expérience sensible conduisant à la conceptualisation. Cette approche valorise la bonté de la création et de la providence de Dieu. À cette méthode s’opposent les théories d’Abélard ou encore la philosophie nominaliste du théologien franciscain écossais Guillaume d’Ockham (1285-1347). La pensée nominaliste dissocie le concept de son objet. Elle introduit alors le subjectivisme. Ce tournant subjectiviste se produit au 14ème siècle lorsque l’Occident médiéval est frappé par de grandes crises qui distillent le doute dans la Providence divine. La grande peste noire décime 30 à 50% de la population européenne (1348-1352). La France est accablée par la Guerre de Cent Ans. Enfin, le grand schisme d’Occident précipite la papauté dans une longue crise (1378-1417) qui déchire la chrétienté entre deux obédiences, celle du pape de Rome et celle du pape d’Avignon. Cette période introduit dans la mentalité religieuse une profonde angoisse de la mort et du salut. C’est dans ce contexte tourmenté que Luther s’interroge.

  1. Les chrétientés de l’époque moderne (1517-1815)

  1. La protestation de Luther (1483-1546)

Docteur en théologie de l’université royale de Wittenberg en 1512, Martin Luther, chanoine régulier de Saint Augustin, y enseigne l’Ecriture Sainte. Le commerce des Indulgences est un prétexte pour dévoiler ces incertitudes et ses craintes concernant le salut de l’homme. En fait sa vision théologique angoissée le pousse à enfermer l’homme dans son salut personnel. Il radicalise la rupture entre la créature et le créateur par le péché. Ce point de départ l’amène, certes, à valoriser la conscience morale personnelle. Mais il refuse toute forme de médiation en dehors du seul médiateur le Christ. Du même coup, il refuse la tradition de l’Eglise, il ne reconnaît pas le rôle médiateur de la Vierge Marie, il refuse la notion de sacerdoce ministériel et par là même l’autorité du pape. Les derniers écrits de Luther s’acharnent contre les Juifs. Cette hérésie gagne un certain nombre de pays européens. Les pays germaniques et scandinaves rejoignent le protestantisme. Le roi Henry VIII, qui était d’abord un défenseur du catholicisme, rompt avec le pape en créant une Eglise anglicane, nationale, qui conserve certes une hiérarchie sacerdotale mais qui s’imprègne de la théologie protestante. En fait, la création de l’Eglise anglicane est un moyen d’affirmer la centralisation totale du pouvoir royal anglais comme le montre l’acte de suprématie de 1534. La faiblesse du pouvoir royal en France  entraine une profonde crise marquée par 10 guerres de religion (1562-1598). Mais il faudrait faire la part des choses entre soulèvement de la noblesse, gagnée au protestantisme, et véritable guerre de religion… Lorsqu’Henri IV, alors chef des protestants, accède au pouvoir royal en 1598, il a l’intelligence de constater que le peuple français est resté catholique. On lui prête alors cette parole : “Paris vaut bien une messe” pour justifier sa conversion au catholicisme.

  1. La réforme catholique du concile de Trente

Contrairement à ce qu’affirment les protestants, l’idée de réformer l’Eglise est pleinement intégrée à la catholicité depuis… toujours. Lors du concile de Bâle en 1417, les pères avaient déjà exprimé le désir d’une réforme de la base au sommet. Elle commence avant la protestation de Luther en Espagne et en Italie à la faveur de puissants mouvements spirituels  et intellectuels (université de Salamanque en Espagne et le courant théologique du dominicain Francisco de Vitoria 1483-1546) qui aspirent à retrouver l’authenticité du message de Jésus. Sainte Thérèse d’Avila (1515-1585) et saint Jean de la Croix réforment l’ordre du Carmel. Sans citer toute la floraison des ordres nouveaux (Jésuites avec saint Ignace de Loyola par exemple), notons que ces réformateurs conduisent à une spiritualité ouverte au discernement intérieur et à la présence de Jésus dans l’âme. Voilà une vision positive de l’être humain par opposition avec la spiritualité de Luther ou encore celle de Calvin. Ce mouvement touche aussi la papauté, ébranlée par l’attitude indigne de certains papes du début de la Renaissance. Durant le concile de Trente (1545-1563), les pères définissent la valeur rédemptrice du sacrifice de la messe et la valeur de la tradition ecclésiale, marquée notamment par la succession apostolique. Le concile insiste sur la place de l’évêque. Saint Charles Borromée (1538-1598), archevêque de Milan, donne l’exemple en résidant dans son archevêché, insistant sur la formation des prêtres et la stricte observance des ordres religieux. Cette réforme catholique s’applique en France au XVIIème siècle sous l’impulsion du cardinal de Bérulle (1575-1629) qui fait venir en France des carmélites espagnoles. Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal fondent l’ordre de la Visitation où Sainte Marguerite Marie recevra la révélation du Cœur de Jésus en 1675. Cette réforme s’applique aussi en Pologne et en Allemagne. Grâce à la présence pastorale de l’évêque et l’appui des nouvelles congrégations, l’Eglise se dote d’un nouveau moyen d’évangélisation, elle fonde des chrétientés.

  1. La naissance des chrétientés d’Amérique

Depuis la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, le commerce en Méditerranée entre Chrétiens et Turcs est difficile, à cause de la traite des esclaves à laquelle le monde arabo-musulman se livre depuis le VIIème siècle d’abord en Afrique noire puis en Europe de l’Est (Serbie). Les Musulmans se servent des esclaves comme mercenaires (Slaves puis Janissaires) ou pour les harems. En 1492, le dernier émirat tombe à Grenade. Quelques semaines plus tard, Christophe Colomb découvre les Grandes Antilles au nom des rois d’Espagne. La réforme du Concile de Trente s’applique alors dans la vice-royauté du Mexique (apparitions de Notre Dame de Guadalupe en 1531). Au Pérou, les guerres entre les Conquistadores qui succèdent à Pizzarro s’éternisent. La résistance à la christianisation a été organisée par les Incas et les écarts se creusent entre les Indiens et le clergé. Ces scandales au Pérou ont été rapporté à la cour du roi d’Espagne par le dominicain Bartolomeo de Las Casas (1484-1566). Les Dominicains se lancent dans l’évangélisation des chefs incas et se font les défenseurs de la langue quechua. Saint Martin de Porrès (métis noir et indien) et Sainte Rose de Lima suscitent un véritable foyer de sainteté à Lima à la fin du XVIème siècle.

Après la fondation de Québec en 1608, Monseigneur de Montmorency-Laval, évêque de Québec de 1658 à 1674, fait de la Nouvelle France un modèle de chrétienté avec l’appui des Jésuites et des Ursulines (bienheureuse Marie de l’Incarnation 1599-1672).

  1. Une eglise de plus en plus catholique à l’ère des nations (1750-2013)

  1. Le courant des Lumières et ses applications totalitaires (1750-2013)

Au XVIIIème siècle le monde compte alors 750 millions d’âmes. L’Europe occidentale, galvanisée par la découverte de nouveaux mondes, est traversée par un courant scientifique et intellectuel que l’on a appelé les Lumières. Ces élites intellectuelles (Montalembert, Rousseau, Voltaire, Diderot etc.) qu’on appelle aussi des “philosophes” sont plutôt  des “libertins érudits” (il faut définir ce libertinisme  comme une forme de scepticisme intellectuel au nom du primat de la raison personnelle. Ce rationalisme critique la révélation chrétienne. Cela peut s’accompagner … de libertinage). Ce courant des Lumières qu’on ne peut ici décrire en sa totalité gagne l’Angleterre et ses colonies, la Hollande et la France, certainement une des nations les plus instruites d’Europe grâce à la réforme catholique. Depuis le traité de Paris de 1763, la France a perdu le Canada. L’autorité royale en est ébranlée. L’élite éclairée nord américaine s’émancipe brutalement de la tutelle anglaise en 1783. Cette période marque donc la naissance du paradigme anglo-saxon dont l’hégémonie mondiale dure jusqu’à la fin de la Guerre Froide (1991).

Or justement, le catholicisme français se perd dans la querelle janséniste, mouvement à la fois politique (gallicanisme) et religieux (rigorisme moral et sorte de pélagianisme, c’est à dire que la primauté de la volonté humaine sur la grâce, en gros). Aussi, en dépit d’un clergé bien formé, les sociétés savantes gagnées par le jansénisme sont enthousiasmées par le courant des Lumières. Elles ont suivi de près l’évolution des Etats-Unis naissants. La Révolution française puis les guerres napoléoniennes répandent cette idéologie des Lumières dans toute l’Europe. Le grand philosophe allemand Hegel a cru voir un moment en Napoléon l’incarnation de l’esprit. L’idéologie révolutionnaire française produit de nouveaux mythes historiques et philosophiques, que ce soit le marxisme allemand, le socialisme et le laïcisme français, l’anarchisme russe. Ces idéologies consacrent l’idée d’un progrès matérialiste et historique qui imprègne encore le monde intellectuel occidental.

Au 19ème siècle, l’Europe se couvre d’Etats-Nations, où le cadre politique s’émancipe du pouvoir religieux. Après la chute de Rome aux mains des Républicains italiens en 1870, les Etats-Nations européens se lancent dans une deuxième phase de colonisation souvent bien plus violente encore qu’au XVIème siècle. Cette concurrence entre les Européens entraine la 1ère Guerre mondiale. Il faut noter qu’en 1914, l’humanité est composée de 1,8 milliard d’hommes. C’est le résultat des progrès de l’hygiène et de la prospérité économique déclenchée par le productivisme appliqué à l’agriculture et l’industrie. Le monde s’urbanise à très grande vitesse.

Les Etats modernes éradiquent violemment les traditions religieuses : la révolution de 1917 en Russie, la révolution mexicaine et la guerre civile espagnole (3000 prêtres et religieux espagnols exterminés) persécutent les chrétiens, le nazisme violemment antisémite et antichrétien provoque la Seconde Guerre mondiale, où 6 millions de Juifs ont été assassinés. Les régimes socialistes européens, chinois, vietnamiens, cambodgiens ont persécuté le christianisme et ont souhaité son éradication totale. Mais une autre donnée entre en compte après la Seconde Guerre mondiale : la décolonisation rapide (1945-1975) et violente amène la formation d’environ 200 états qui s’émancipent progressivement de la tutelle occidentale, qu’elle soit européenne ou américaine. Nous sommes vraiment aujourd’hui dans l’ère des nations.

  1. L’Église face aux crises du monde contemporain (1750-2013)

La persécution contre le christianisme qui a commencé en Europe avec la Révolution française a entrainé un dynamisme constant de renouvellement et de réforme de l’Eglise. Ce renouvellement se situe à plusieurs niveaux. Commençons par “le sommet”…Maman est là !

D’abord l’Eglise est renouvelée par de nombreuses apparitions mariales (La France a été gâtée par Marie. 1830 : apparition de la Rue du Bac, 1846 : apparition de La Salette, Lourdes en 1858 qui confirme le dogme de l’Immaculée Conception proclamé en 1854, apparition de Pontmain en 1871 puis de Pellevoisin en 1876). Il faudrait poursuivre cette liste avec les apparitions de Fatima au Portugal (1917), de l’Ile-Bouchard en 1947, de Kibeho au Rwanda (1981). Mais il y en a bien d’autres. Tous ces messages appellent l’humanité à la conversion. Les chrétiens sont réconfortés et appelés à la confiance dans la tendresse maternelle de Marie. Le dogme de l’Assomption, proclamé par Pie XII en 1950, n’est que le constat éclatant de la présence maternelle de Marie ressuscitée auprès de ses fils.

Pendant la période révolutionnaire l’autorité pontificale a été bafouée puisque les papes Pie VI (mort en exil en France à Valence en 1799) et Pie VII (exilé par Napoléon 1er entre 1809 et 1814) ont été directement humiliés. Cette humiliation a suscité un attachement profond des catholiques à l’autorité pontificale (dogme de l’infaillibilité pontificale en 1870 lors du concile Vatican I). Le 19ème puis le 20ème siècle voit l’élection successive de pontifes d’exception dont le règne est assez long. Rappelons le bienheureux Pie IX (1848-1878), Léon XIII (1878-1903) promeut le catholicisme social, saint Pie X (1903-1914) favorise la spiritualité du peuple chrétien et valorise les laïcs, Benoît XV (1914-1922) veut réconcilier l’Europe en guerre, Pie XI (1922-1939) veut refonder le peuple de Dieu dans la société moderne, Pie XII (1939-1958) définit l’Eglise comme le corps mystique du Christ, le bienheureux Jean XXIII (1958-1963) ouvre le concile Vatican II, Paul VI (1963-1978) ferme le concile et continue la réforme de l’Eglise. Avec le bienheureux Jean-Paul II (1978-2005), l’Esprit Saint a suscité un pape au cœur paternel dans une époque envahie par “la culture de mort”, depuis le courant libéral et libertaire des années 60.

La production du magistère romain en deux siècles dépasse largement celles des périodes antérieures et fait de la papauté le seul repère stable de ce monde agité. Jamais d’ailleurs dans les siècles précédents la papauté n’avait connu un tel prestige. Le développement des transports rapides favorise les pèlerinages de masse à Rome. Les nouveaux outils de communication (radio, télévision et Internet) permettent à la parole du pape d’être entendue partout. Il ne faut donc pas s’étonner que ce magistère soit violemment attaqué notamment sur la question récurrente de l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale  ou encore celle de la morale sexuelle sous toutes ses formes, depuis Humanae Vitae de 1968. Cette contestation touche aussi, de façon régulière, à la question du sacerdoce, où l’on pouvait penser que depuis Luther on avait tout dit. Comme quoi la sottise a des difficultés à se renouveler…Mais lorsque Jean Paul II meurt 2005, l’humanité pleure son père…

Ensuite, l’Eglise catholique a profondément réfléchi pendant ces deux siècles à son identité et à son rapport au monde. Ces deux siècles ont produit des lumières intellectuelles et théologiques. Benoît XVI en est en quelque sorte le brillant héritier des grands théologiens allemands et un vecteur de transmission puissant par sa parole simple, véridique et précise. Le pape François tient le cardinal de Lubac pour le plus grand théologien de tous les temps, mais la liste des intellectuels catholiques européens de 1920 à 1960 est longue et variée. Pie XII est certainement un des papes qui a le plus écrit et transmis. Son très long pontificat, jalonné de crises graves, a permis d’aboutir au Concile Vatican II (1962-1965). Ce concile est nouveau par le ton et la forme. Il ne s’est pas réuni pour condamner une hérésie, comme les conciles précédents. Il est réellement œcuménique puisqu’il réunit près de 2000 évêques des quatre coins du monde. Il définit les rapports de l’Eglise avec le monde en adéquation avec la parole de Jésus : “je ne suis pas venu pour condamner le monde, je viens pour que le monde soit sauvé.” L’Eglise, corps mystique du Christ répandu dans l’espace et le temps, est le sacrement du Salut qui vient guérir l’humanité. Vatican II définit son rapport avec les autres confessions religieuses. L’Eglise se reconnaît comme fille du judaïsme. Jean Paul II conduit les chrétiens dans le nouveau millénaire par une démarche de repentance en l’an 2000. Une commission d’historiens nommés par le Saint-Siège fait alors l’expertise des “points chauds” de l’histoire de l’Eglise. L’inquisition, dont je n’ai pas parlé, en fait partie.

C’est le propre du catholicisme de fonder de nouvelles associations de vie et de favoriser la vie communautaire. Au 19ème siècle, de nouveaux ordres religieux apostoliques souvent féminins se multiplient. Ce courant missionnaire accompagne la colonisation en Afrique, en Asie et en Océanie. Au 20ème siècle, ce courant de fondation de vie consacrée continue. À la suite de Vatican II, le nouveau code de droit canonique permet la création d’association de fidèles laïcs, comme la Communauté Emmanuel (1972). Mais il y en a bien d’autres.

  1. Les crises actuelles (2000-2013)

En guise de conclusion de ce rapide panorama de l’histoire de l’Eglise que pouvons nous dire de la crise profonde que nous traversons actuellement ?

Le déferlement de ce que Jean Paul II appelait déjà “la culture de mort” est particulièrement fort actuellement. Ce déferlement est mondial. Les idéologies néfastes produites par la sociologie, la linguistique, les sciences historiques et économiques qui détruisent l’instruction, le travail et la famille sont nées du courant libéral occidental des années 60. Elles ont été produites, entre autres, dans le milieu intellectuel français, comme le montrent les conséquences néfastes de mai 1968. L’autre foyer intellectuel de ces idéologies est en Amérique du Nord.

Pourtant, l’année que nous venons de vivre nous a déjà montré des raisons d’espérer  sur trois points :

– Les catholiques français ont une incroyable capacité à résister à ces courants idéologiques. La force du témoignage dépend de notre capacité à rester calme et à nous unir. C’est ce que Marie a enseigné à Estelle Faguette à Pellevoisin : “tu n’as pas assez de calme. Tu as bien le caractère du Français, il veut tout savoir avant d’apprendre et tout comprendre avant de savoir.” (9 septembre 1876).

–       Plus largement dans le contexte géopolitique actuel, nous sommes entrés depuis 13 ans dans une nouvelle ère de persécution religieuse que nous voyons à l’œuvre de l’Égypte au Pakistan depuis que la guerre en Irak et les “printemps arabes” ont ébranlé ces pays. L’histoire nous montre à chaque fois que ces persécutions sont la preuve de la vitalité du christianisme et qu’elles  peuvent entrainer une nouvelle fécondité. Ces persécutions renforcent notre communion avec nos frères d’orient. L’Esprit-Saint, notre Défenseur, nous inspirera comment faire. “N’ayons pas peur, redressons la tête car notre délivrance approche.” En outre, le christianisme est la seule religion, à mon sens, qui offre une forme de dépassement des souffrances humaines et des persécutions. La contemplation du Christ en croix doit nous permettre de trouver le ton juste.

–       L’Esprit Saint a suscité cette année précisément une incroyable surprise avec l’élection du pape François. Le magistère du pape, constante de la vitalité catholique depuis deux siècles, continue de s’exercer dans la tradition apostolique. Avançons au large et gardons l’espérance. Benoit XVI nous avait fait découvrir la continuité de la tradition de l’Eglise grâce à son immense culture. Il a montré qu’il y a un continuum de la tradition et que le concile n’est pas une rupture mais une ouverture. François dynamise le peuple de Dieu et nous ouvre à la Foi opérante par la charité (relire l’épitre de saint Jacques). Nous sommes entraînés avec lui à être sacrement du salut pour ce monde qui souffre tant.

Une phrase pour terminer : je crois profondément à l’intervention de Dieu dans l’histoire. Sinon le credo que je récite chaque dimanche n’a aucun sens. La parole de ce dimanche est “Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?” C’est une parole actuelle, qui rejoint la prière du Notre Père : que ton règne vienne. Il est de notre devoir de chrétien de “faire mémoire” de l’histoire de l’Eglise, de la transmettre et d’entrer dans une confiance filiale en notre Père. Pour terminer enfin, la permanence de la foi et de la charité de l’Eglise montre bien qu’elle a quelque chose de divin par son union intime avec le Christ, Epoux de l’Eglise.

Sylvie Bernay, 20 octobre 2013.