Actualités des Paroisses Ile-Bouchard & Richelieu

Notre-Dame des Victoires et L’Ile-Bouchard

Notre-Dame des Victoires et l’IIe-Bouchard ont en commun la prière pour la France, prière demandée spécialement dans les deux cas par une apparition de la Vierge. De manière moins spécifique, quoique tout aussi importante car c’est une constante des demandes de la Vierge, les deux sanctuaires sont dédiés à la prière pour les pécheurs.

La Vierge apparue à Notre-Dame des Victoires et à L’Ile-Bouchard, a demandé de prier pour la France en péril.

Le schéma commun est le suivant:

– La Vierge apparaît et demande de prier pour la France qui est en grande difficulté.
– Pour que le message transmis par les voyants soit cru, la Vierge donne des signes probants
de son intervention surnaturelle.

– Par une coïncidence temporelle extraordinaire, sinon miraculeuse, les difficultés nationales
se résolvent à la suite des prières demandées.

A Notre-Dame des Victoires

En 1637 la France est menacée de graves périls intérieurs et extérieurs. Entrée depuis peu dans la guerre de trente ans, elle a subi plusieurs défaites. Les paysans se révoltent. Le pays attend vainement un héritier depuis 22 ans. La mésentente entre Louis XIII et Anne d’Autriche s’est accentuée à la suite de trois fausses couches et de la découverte de correspondances de la Reine avec l’Espagne. La santé du Roi est précaire. S’il meurt sans héritier, la couronne passera à son frère, le velléitaire et conspirateur Gaston d’Orléans, prêt à anéantir l’oeuvre accomplie par le Roi et Richelieu. Se profilent ainsi le risque d’une victoire des ennemis qui encerclent la France: les Habsbourg d’Espagne et d’Autriche, et le spectre du relèvement des factions armées qui ont divisé la nation : les protestants et les grands.

C’est alors que la Vierge apparait le 3 novembre 1637 au frère Fiacre de sainte Marguerite, de l’ordre des augustins déchaussés dits aussi ‘Petits-Pères’, qui priait dans sa cellule adossée à Notre-Dame des Victoires, église de son couvent. La Vierge portait un enfant dans ses bras et lui dit : «N’ayez pas peur, je suis la Mère de Dieu. L’enfant que vous voyez n’est pas mon Fils mais le Dauphin que Dieu veut donner à la France. ».

Puis Elle demanda qu’on avertisse la Reine de faire trois neuvaines de prières en son honneur et, pour qu’on ne doute pas de la réalité de ce message, Elle montra au Frère Fiacre une image du choeur de l’église de N-D de Grâces à Cotignac en Provence, avec le tableau de N-D de Grâces placé au dessus de l’autel. Ni le frère, ni ses supérieurs ne s’étaient jamais rendus à Cotignac. On interrogea des prêtres qui y étaient allés en pèlerinage. Ils confirmèrent l’exactitude des descriptions du frère Fiacre. C’était le signe probant qu’on attendait. Le frère Fiacre, en effet, avait déjà eu une révélation intérieure le 27 octobre précédent alors qu’il priait avec ses confrères dans le choeur de l’église N-D des Victoires: la Reine, pour obtenir la naissance de l’héritier tant désiré devait faire célébrer trois neuvaines de prières : à Cotignac, N-D de Paris et N-D des Victoires. Deux ans auparavant, le frère Fiacre avait reçu déjà la même inspiration, mais avec moins de force et d’urgence. Ses supérieurs ne voulaient pas croire à ces révélations intérieures d’un simple moine dans ce qui était considéré comme une affaire d’Etat, tant qu’un signe probant n’en attesterait pas l’authenticité. Ce signe ayant été donné, il devenait possible d’avertir la cour. Un procès verbal fut rédigé et signé par toute la communauté des Augustins, puis transmis au cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier de France.

Tôt informé, la Reine crut à la réalisation de ces promesses. Le Roi en entendit parler de son côté. Mais l’avis du cardinal était déterminant, et celui-ci faisait mener une enquête auprès du gouverneur de Provence et de l’évêque de Fréjus, dont dépendait le sanctuaire de Cotignac, si bien que les neuvaines ne débutèrent officiellement qu’en février 1638. Sans attendre, cependant, et sous le coup d’une forte inspiration intérieure, Le frère Fiacre avait commencé les trois neuvaines le 8 novembre 1637 à ND des Victoires au nom de la Reine. Celles-ci s’achevèrent le 5 décembre suivant. C’est précisément ce jour que la reine conçut’[1] et donna naissance neuf mois plus tard, le 5 septembre 1638, à Louis Dieudonné, futur Louis XIV.

Cette coïncidence extraordinaire apparut miraculeuse. Ces évènements décidèrent Louis XIII à promulguer son fameux voeu de consécration du Royaume à la Vierge. Ce voeu se préparait certes depuis quelque temps et un texte avait fini par être soumis au parlement en novembre 1637, mais le roi tardait à le signer. Il le fit le 10 février 1638, alors qu’on ne doutait plus de la grossesse de la Reine; et le voeu qui avait été conçu comme une demande de protection devint aussi un acte de remerciement.

A l’IIe-Bouchard

Dans les derniers jours de 1947 la France est au bord de la guerre civile, et à un tournant décisif de son histoire.
La situation économique est désastreuse. Les bombardements alliés, les sabotages de la Résistance et les dévastations opérées par l’ennemi en retraite ont gravement atteint les infrastructures de production et de transport. L’hiver 1946-1947 a été terrible et a détruit une partie des récoltes. La pénurie de ravitaillement dans les villes est dramatique, encore pire que sous l’Occupation. Le pouvoir d’achat a reculé de 30% depuis 1944.

La situation sociale est explosive. Les privations et la poursuite de l’effort de reconstruction produisent un mélange de lassitude et d’exaspération. Les grèves s’étendent par vagues successives et prennent un caractère insurrectionnel, d’autant plus dangereux que beaucoup d’armes distribuées par la Résistance n’ont pas été rendues.

La situation politique est pré-révolutionnaire Dans les premières années d’après-guerre, les communistes et la CGT ont d’abord participé pleinement au consensus national autour de la reconstruction. La grève aux usines Renault qui démarre 25 avril va entraîner un brusque changement de stratégie. Initiée par des groupes minoritaires, cette grève est d’abord dénoncée par la CGT, mais celle-ci se voit finalement obligée, pour ne pas être débordée, de suivre et même de prendre la tête du mouvement. Rompant désormais avec la politique salariale du gouvernement, les députés communistes refusent la confiance le 4 mai et sont expulsés du gouvernement le lendemain. Désormais ‘libres’, et répondant à des injonctions de Moscou, les communistes poussent à la grève générale et encouragent les sabotages et les combats de rue. Le déraillement provoqué du train Paris-Lille fait 21 morts le 3 décembre.

Devant le risque de révolution, le gouvernement rappelle 80 000 réservistes. Le 7 décembre, le ministre du travail reçoit le bureau confédéral de la CGT au complet et lui demande d’appeler à la reprise du travail, mais la CGT réplique le 8 décembre par une consigne simple et ferme: «tenir et vaincre ». Va-t-on vers l’affrontement décisif?

C’est alors que la Vierge apparaît ce même jour à quatre fillettes dans un petit village de Touraine et leur demande de « prier pour la France qui, ces jours-ci, est en grand danger.» Elle se montre avec l’ange Gabriel, dans la scène de l’Annonciation, et les apparitions vont durer du 8 au 14 décembre[2].

Le message principal est celui de la prière: d’abord la prière pour la France, demandée quatre fois jusqu’au 12 décembre, puis la prière pour les pécheurs demandée cinq fois du 11 au 14 décembre.
La Vierge va donner deux signes probants de sa présence. L’ainée des voyantes, Jacqueline Aubry, lui avait demandé le 10 décembre: «Madame, voulez-vous bien faire un miracle pour que tout le monde croie?» La Vierge avait répondu: «Je ne suis pas venue pour faire des miracles mais pour vous demander de prier pour la France. Mais demain vous y verrez clair et vous ne porterez plus de lunettes.» Jacqueline souffrait en effet de myopie et d’une conjonctivite purulente très gênante. Le lendemain de cette promesse, Jacqueline constata en se réveillant que ses paupières n’étaient plus collées par des secrétions, qu’elle avait retrouvé une vue normale et qu’elle n’avait plus besoin de lunettes. Le deuxième signe fut donné le 14 décembre, dernier jour des apparitions. Pressée par l’assistance, Jacqueline fit cette prière: «Oh Madame, je vous en supplie, donnez nous une preuve de votre présence?» La Vierge répondit: «Avant de partir, j’enverrai un vif rayon de soleil. » Le temps fut sombre toute la journée mais, après quelques moments, un rayon de soleil pénétra par un vitrail de l’église et inonda d’une vive lumière les quatre fillettes et l’apparition. Or le soleil à cette époque de l’année n’atteint jamais cette partie de l’église et, de plus, le rayon aurait du être arrêté par un pilier qui s’interpose entre le vitrail et l’endroit où se trouvait les enfants.

Mais revenons au 8 décembre, premier jour de l’apparition. La crise sociale est alors à son comble et la situation semble désespérée. Et voilà qu’à la stupéfaction générale, le 9 décembre, le comité national de grève, constitué par les fédérations CGT, appelle à cesser le mouvement. Le travail aura repris partout le 12 décembre, jour où la Vierge paraîtra particulièrement heureuse, auréolée d’un arc en ciel, avec l’inscription ‘MAGNIFICAT’ sur sa poitrine[3].

Que s’était-il passé? On peut certes trouver des explications à cet apaisement si soudain et inattendu. Elles sont d’ordre intérieur et extérieur. Le mouvement commençait à s’essouffler. La CGT était divisée et une minorité importante, conduite par Léon Jouhaux, contestait la main mise des communistes et ‘l’aventure sans issue’ dans la quelle la majorité de ce syndicat s’était engagée. Cette minorité quittera la CGT le 19 décembre pour former le syndicat FO. Le gouvernement, avec à sa tête Robert Schuman et Jules Moch au ministère de l’intérieur, était résolu à faire front. Sur le plan extérieur, 1’URRS avait certes donné en septembre des consignes secrètes aux partis communistes de l’Ouest, les appelant à lutter plus activement contre l’impérialisme américain et ses alliés au pouvoir dans les démocraties d’Europe. Mais, plus fondamentalement, Staline savait les américains prêts à utiliser l’arme atomique, dont ils étaient alors les seuls détenteurs, pour empêcher une prise de contrôle de la France. Il préfèrera finalement se rabattre, dans l’espoir d’une occasion plus favorable, sur ses acquis à l’Est du Rideau de Fer. Et la Vierge dans tout ca? Il y a déjà cette coïncidence extraordinaire de date, comme à N-D des Victoires trois siècles plus tôt. Il y a aussi que Dieu agit à travers les hommes, qu’ils soient croyants ou non croyants[4], et que l’on ne connaît généralement que des ‘causes secondes’ où son action nous est mystérieusement cachée.

La Vierge a voulu marquer une continuité entre Notre-Dame des Victoires et L’Ile-Bouchard

La Vierge a choisi d’apparaître en 1947 à Saint-Gilles de L’Ile-Bouchard, dans une paroisse où elle était présente depuis plus de 110 ans sous le nom de N-D des Victoires. Saint-Gilles fait en effet partie des paroisses qui ont créé une confrérie rattachée à l’Archiconfrérie de prière pour la conversion des pécheurs établie à ND des Victoires à Paris, association à vocation universelle créée par l’abbé Desgenettes en 1836 après qu’il eut entendu à deux reprises l’ordre intérieur : «Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Coeur de Marie.»

La confrérie fut créée à Saint-Gilles le 24 janvier 1841 et rattachée à l’Archiconfrérie trois jours plus tard à la requête de M. Bizion, curé de L’Ile-Bouchard. Une statue de ND des Victoires fut ensuite installée dans l’église et bénie le 22 janvier 1888 et, depuis cette date jusqu’aux apparitions de 1947, la Vierge a été plus spécialement invoquée à Saint-Gilles sous le titre de Notre-Dame des Victoires.

La Vierge a enfin choisi d’apparaître au bord de l’autel de N-D des Victoires, entre un vitrail représentant Notre-Dame de Lourdes et la statue de N-D des Victoires, et si cette statue a été déplacée depuis dans une chapelle latérale, elle a été remplacée par un bas relief de même grandeur, si bien que Notre-Dame de la Prière, nom actuel de la Vierge à l’Ile-Bouchard, est toujours encadrée par N-D de Lourdes et N-D des Victoires[5].

En conclusion, le premier lien entre N-D des Victoires et L’Ile-Bouchard, c’est la prière pour la France lorsqu’elle est en péril, mais ne l’est-elle pas aujourd’hui quand ses racines chrétiennes sont oubliées et que prospèrent l’indifférence et même, dans certains milieux, l’hostilité ?[6]
C’est aussi la prière pour les pécheurs, demande insistante de la Vierge à L’Ile-Bouchard et objet essentiel de l’Archiconfrérie de N-D des Victoires. Depuis le Frère Fiacre, Notre-Dame des Victoires est vénérée comme ‘refuge des pêcheurs’ et ces Victoires sont avant tout des victoires sur le mal[7].

Bertrand Mourre (+), le 30 novembre 2008.



[1] Le roi, qui venait de Saint-Germain s’était rendu à Paris pour aller voir celle qu’il aimait d’amour platonique: Louise de La Fayette, qui avait pris le voile au couvent de la Visitation rue Saint Antoine, et qui l’exhorta à se rapprocher de la reine. En sortant, il fit surpris par un violent orage qui l’empêcha de revenir à Saint-Germain. Le seul logement possible était le Louvre, où la reine résidait ce jour là, et où ils furent ensemble la nuit.

[2] Pour connaitre les détails: www.ilebouchard.com

[3] Les jours précédents cette inscription était en partie cachée par les mains jointes de la Vierge.

[4] Benoît Frachon, par exemple, secrétaire général de la CGT, s’est certainement trouvé devant un cas de conscience lorsqu’il a ordonné la reprise du travail. Il a du trancher assez largement seul, en homme de bonne volonté.

[5] De plus l’immaculée Conception relie les deux sanctuaires, puisque les fondations de N-D des Victoires ont été bénies le 8 décembre 1629 par l’archevêque de Paris et la première pierre posée par Louis XIII le lendemain, tandis que les apparitions de L’Ile-Bouchard ont commencé le 8 décembre 1947.

[6] La France a un double héritage chrétien et laïque. Le problème est que cet héritage laïque a lui-même des racines chrétiennes mais qu’il a pris, à travers les Lumières et la Révolution, une forte coloration antichrétienne, ce qui est une particularité de notre pays. La prière pour la France est légitime aujourd’hui comme hier, aussi bien que la prière pour une personne ou une famille, sans qu’il soit question de nationalisme ou de chauvinisme, et sans exclure la prière pour d’autres pays.

[7] Comme le montrent, notamment, les 37 000 ex-votos de remerciements qui recouvrent l’intérieur de la basilique.