Homélie des vêpres de l’Assomption 2009
Dans le parc de Marigny (L’Ile-Bouchard)
Par Alexandre Guérin, diacre du diocèse de Tours

 

Frères et sœurs,
 

Juste une petite dernière homélie pour la route, pas longue, pour nous demander ensemble, pour contempler ensemble ce grand mystère de l’Assomption.

 
Qui est celle-là ?

            Et en pensant à ces quelques mots, il me revenait ce que Saint Louis Marie Grignon  écrivait au premier chapitre de son Traité de la Vraie Dévotion et qu’il mettait dans la bouche des Anges. Il leur fait dire : « Qui est Celle là ?» « Qui est Celle-là ? », exprimant l’étonnement des anges devant la conception de celle que Dieu leur avait cachée. « Qui est Celle-là ? Quelle est celle qui monte aux cieux comme l’aurore à sa naissance. » C’est Celle qui est revêtue d’un double privilège par un même décret éternel de Dieu. C’est Celle qui a reçu en sa conception d’être l’Immaculée et c’est celle qui ne connaitra pas la dégradation du tombeau. Nous nous pouvons, frères et sœurs, contempler le mystère de l’Assomption sans contempler le mystère le l’Immaculée Conception de Marie, car ces deux mystères viennent placer Marie en anticipation du temps.

 
Contempler le mystère le l’Immaculée Conception de Marie

Mystère initial de l’Immaculée Conception, qui la fait se placer avant la catastrophe du péché originel, mystère de son Assomption, qui la fait se placer avant le temps du jugement dernier.

Marie est une femme qui anticipe, qui anticipe toute chose. Elle nous apprend à appréhender le temps. Entre ces deux mystères, mystère initial et mystère final, coule toute la durée de l’histoire universelle humaine.

Marie nous apprend à appréhender le temps, parce que, si pour nous vivre dans le temps c’est connaître le vieillissement, irions nous jusqu’à penser comme sainte Beuve que vieillir, c’est se durcir sur certains points, c’est pourrir sur d’autres, mais ce n’est jamais mûrir.

Pour Marie vieillir, c’est s’identifier. Plus Marie avance dans l’âge, plus elle avance dans le temps, elle qui est nimbée du soleil et de la lune qui sont les deux astres qui marquent les jours et les nuits, les signes du temps. Si Marie avance dans le temps c’est pour découvrir toujours plus davantage la grâce qu’elle a eue d’avoir été choisie comme Mère de Dieu.

 
I - A l’école de Marie, vivre la contemplation :

            Longtemps, je me suis demandé pourquoi à L’Ile Bouchard, en 1947, Marie priait le « Je vous salue Marie », la salutation angélique avec les enfants. Et en fait je me suis aperçu qu’elle ne se priait pas elle-même, elle redisait en son cœur les paroles qui lui furent adressées par l’Ange de la part de Dieu. Pour vivre dans le temps, c’est la première école de Marie, pour vivre dans le temps, il faut vivre une dimension de contemplation, d’écoute, de lectio, de médiation de la Parole de Dieu. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! Heureux ceux qui croient, dira Jésus à la femme qui l’interpelle. Heureux ceux qui croient à la Parole de Dieu et qui la gardent ! Marie nous apprends ici à entrer dans cette école de contemplation, d’écoute de manducation de la Parole de Dieu.

 
II- A l’école de Marie, vivre « debout » :

La deuxième école, la deuxième leçon de Marie et du temps, c’est que Marie est une femme debout. Elle est sempiternellement la « Stabat Mater ». Elle est une femme debout et nous aussi, nous avons dans ce monde, nous chrétiens baptisés, à nous tenir debout comme Marie face aux vents contraires de la société. Se tenir debout, qu’est ce que cela veut dire ?

1- Ca veut dire par exemple, de choisir de donner sa vie à Jésus, dans la vocation sacerdotale, religieuse, de mettre ses pas dans ceux de Christ et choisir de le servir lui seul  et uniquement, contre les tentations de pouvoir, d’avoir et de jouissance du monde.

2 - Se tenir debout c’est choisir de fonder un foyer, de parier sur un avenir, de parier sur la fidélité, et la grandeur de l’amour qui est plus grand que les petitesses de nos cœurs. C’est parier sur la fertilité de nos vies alors que nous vivons dans un monde où les valeurs familiales, tous les jours, sont mises  plus à mal.

3 - Se tenir debout dans se monde c’est travailler à plus de paix et d’unité. La paix a besoin d’artisans. La paix ça se construit, la paix ça se fabrique. Dans la septième Béatitude, Jésus dit «  Heureux les artisans de paix ». Nous avons à travailler, à construire toujours en Eglise à plus de paix et d’unité.

            Ces trois grandes têtes de chapitres, nous les vivons particulièrement dans le message de l’Ile Bouchard, où Marie montre sa complaisance pour la prière pour les vocations, où Marie promet du bonheur aux familles, où Marie nous demande la prière pour les pécheurs. Elle ne les cloue pas au pilori. Elle demande pour eux des prières et des sacrifices.
 

Non seulement Marie nous apprend à appréhender le temps, mais en plus elle l’involue. .

Marie, mère de notre nouvelle naissance, à la  vie nouvelle :

En elle le temps est quasiment inversé. Il faut nous souvenir que Jésus, dit un jour à ses disciples, rapporté au chapitre 18 de l’évangile de St Luc verset 15 « Si vous voulez un jour rentrer dans le Royaume de Dieu, il vous faut consentir à ressembler aux petits enfants. »

En Marie le temps est involu, car Marie est notre mère spirituelle au pied de la croix, elle est la Nouvelle Eve, la mère de tous les croyants et nous avons à redécouvrir en nous cette nouvelle naissance.

C’est un vieux mythe dans la tête de l’homme. Comment redevenir enfant une fois vieux. C’est un mythe qui parcourt notre siècle. Comment éviter la dégradation de la vieillesse, la pesanteur et l’affaiblissement des esprits et des corps ? La réponse chrétienne à cette question  traverse les siècles. Déjà Platon, dans le Politique, disait :  « la fleur peut-elle redevenir une semence ? » Déjà Nicodème un soir venant voir jésus disait : « un homme déjà vieux peut-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère ? » Il ne s’agit pas de naître à nouveau, il s’agit de naître à une vie nouvelle. Et Marie est maîtresse pour nous apprendre à renaître à une vie nouvelle, car elle n’a de cesse que de nous enfanter au cœur de Dieu. Si tous jours, lorsque nous disons la salutation évangélique, nous disons « Prie pour nous Marie, maintenant et à l’heure de notre mort. », ce n’est pas tant que l’heure de la mort soit, pour nous, la seule question véritable de notre existence, la seule question angoissante, mais plutôt que l’heure de notre mort, c’est l’heure de notre naissance à Dieu. Et pour mettre nos âmes au monde  à Dieu, nous avons besoin d’une mère.

 
Marie, notre maman du Ciel, nous donne une famille :

Ce que Jésus nous donne au pied de la croix comme première image de l’Eglise, c’est  une famille. Il nous donne sa vie, il nous donne sa mère, il nous un frère en Saint Jean. Marie est celle qui va nous enfanter au cœur de Dieu. Pour cela il nous faut consentir à ressembler à ces petits enfants auxquels elle se plait à parler, auxquels elle se plait à se laisser voir.

 
Marie est le lieu très confortable pour adorer Jésus.

Les genoux de Marie sont le premier autel, peut être qui nous présente, au pied de la croix, le corps du crucifié. Il nous faut courir nous mettre sur ses genoux, courir nous blottir dans le cœur de Marie pour nous apprendre à prier, pour nous apprendre à communier, pour nous apprendre à reconnaître Jésus.

Je laisse à votre méditation ces quelques vers tirés de la fin du livre des Cantique des Cantiques :

« Quelle est celle qui s’élève du désert, appuyée sur son bien-aimé. Sous le pommier, je t’ai réveillé, là même où tu fus conçu, la même où ta mère t’a enfanté. Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, pose-moi comme un sceau sur ton bras, car l’amour est fort comme la mort et les fleuves ne l’emporteront pas. »

Amen.