SANCTUAIRE DE L’ILE-BOUCHARD,
église paroissiale Saint-Gilles
Vêpres de l’Immaculée Conception, Samedi 8 décembre 2007
60e pèlerinage à Notre-Dame
de la Prière
Homélie du Père Bernard PEYROUS
de la Maison de Chézelles
Frères et sœurs, nous fêtons
aujourd’hui dans la joie la Conception Immaculée de la Vierge Marie, notre
Maman du Ciel, qui a dit ici en 1947 : « Oui, je suis votre Maman du
Ciel » et qui s’est conduite avec une gentillesse maternelle, une présence
maternelle, une attention, que je crois on ne retrouve pas au même degré ou
très rarement dans les sanctuaires de pèlerinages où la Vierge s’est
manifestée. Nous sommes ici dans un lieu aimé de la Vierge où 60 ans après, la
Vierge Marie continue à nous aimer comme elle nous a aimés en 1947 et à nous aider,
comme elle nous a aidés en 1947. Alors quand il y a un lieu comme celui-ci, il
y a un message bien sûr, et à l’Ile-Bouchard, le message est riche en fait.
Je vous en rappelle
simplement les grandes lignes, mais vous les connaissez. Le premier d’abord,
c’est la prière : Notre-Dame de la Prière, c’est ainsi que Mgr Fiot,
Vicaire général du diocèse de Tours, qui avait été chargé de s’occuper de ce
lieu, de voir s’il était vraiment sérieux, s’il fallait continuer, il a été
très positif, il a proposé que l’on nomme le lieu Notre-Dame de la Prière,
parce que la première des choses que la Vierge a faite, ça a été de demander la
prière. Et ensuite, il y a eu ici une école de prière. Donc nous sommes chez
Notre-Dame de la Prière. Et donc ici, la première des choses que nous faisons,
la chose la plus importante et de loin, c’est de prier. Et c’est pour ça que
vous êtes venus : vous êtes venus pour prier. Et ensemble aujourd’hui,
avec les petits enfants, comme en 1947, avec les personnes âgées, avec toutes
les classes de la société, tous les âges intermédiaires, avec les prêtres et
les consacrés, nous prions.
Après ça, vous savez bien
que la Vierge Marie a demandé qu’on prie pour la France qui était à l’époque en
grand danger. Alors je reviendrai là-dessus après. Vous savez aussi que la
Vierge Marie a dit : « Je donnerai du bonheur dans les
familles ». Et donc à L’Ile-Bouchard, on prie beaucoup pour les familles,
à une époque où l’on sait bien que ce n’est pas toujours facile. Et les
familles, je dirais à tous les âges, sous toutes les formes, on prie pour les
enfants, on prie pour ceux qui veulent se marier, on prie pour ceux qui sont
mariés, pour les grands-parents, on prie aussi pour ceux qui sont seuls. Nous
prions pour les familles. Et il y aussi la prière pour les pécheurs, vous
savez. La Vierge Marie a dit : « Priez-vous pour les
pécheurs ? » Alors on prie pour les pécheurs. On demande que ceux qui
n’ont pas la foi et la grâce, qui est la plus belle de toute, qui est d’avoir
la foi. Il ne peut rien arriver de plus beau à un être humain que d’avoir la
foi. La vie est faite de belles choses, mais avoir la foi, c’est au-dessus de
tout. Il n’y a rien de plus grand. Et puis nous prions aussi pour les
vocations. Vous savez qu’on avait demandé à la Vierge Marie de donner des
prêtres et des vocations. Et la Vierge Marie a attendu un tout petit peu avant
de dire oui. Alors on pourrait peut-être lui dire que maintenant qu’elle a
attendu un peu, on pourrait peut-être passer à la suite. Donc Vierge Marie,
très respectueusement et avec tout l’amour que nous vous portons, qui n’est pas
petit, nous vous disons que peut-être maintenant, on pourrait aller un peu plus
loin.
Et puis, il y a donc la
prière pour la France. Ce qui fait qu’hier, nous avons organisé une journée de
réflexion sur le thème : ‘la France face à Dieu’. Je vais donc vous en
donner un tout petit résumé, mais on fera paraître des actes dans quelques mois
le temps de les faire, et vous pourrez lire tranquillement dans votre lit, le
soir pour vous endormir, les communications du colloque d’hier. Sachant que
quand nous parlons de la France, nous n’excluons aucun autre pays. Et ce qui
vaut pour la France vaut, sous des formes différentes, bien sûr, pour tous les
pays. Le monde, c’est une grande famille de peuples. Et tous, nous appartenons
à une nation. Mais je suis sûr qu’ici, à L’Ile-Bouchard, dans cette église – je
l’ai vu aussi parmi les prêtres ce matin - d’autres nations que la France sont
représentées et je voudrais les accueillir avec tout mon amour de frère et leur
dire que vraiment c’est beau de voir que beaucoup de pays, qui ne sont pas la
France, viennent ici, découvrent aussi quelque chose pour leurs propres pays.
Alors, revenons à la journée d’hier. Le thème était donc la France face à Dieu.
D’abord, il faut savoir qu’il y a dix ans, comme le disait ce matin le Père
Afonso, nous n’aurions pas pu organiser une rencontre comme cela parce qu’on
aurait craint le nationalisme. Mais maintenant, ce n’est plus du tout le cas.
Nous savons bien maintenant qu’il y a beaucoup de choses qui sont apaisées et
du coup, nous savons que la parole se libère et la pensée aussi. Donc nous
pouvons réfléchir, sans chercher à savoir qui est le plus beau et si on est les
meilleurs… Il y a longtemps que l’on sait que nous ne sommes pas les plus
beaux, ni les meilleurs ! Et qu’il n’y a pas de plus beau, ni de meilleur.
On est simplement des frères dans les différents peuples de la terre et nous
devons nous comprendre et nous apprécier. Alors on a réuni un certain de nombre
de gens et on a réfléchi. Et nous avions donc lancé une invitation aux
personnes qui voulaient venir et nous avons eu la joie de voir un nombre
considérable de gens, si bien que la salle des fêtes municipale de
L’Ile-Bouchard, qui est grande - la Municipalité nous a accueillis très
gentiment - cette salle des fêtes était non seulement pleine, mais en plus nous
avions des gens debout… En tout cas, il y avait beaucoup, beaucoup de monde, ce
qui prouve qu’en fait, cela intéressait les gens.
Alors, à quoi avons-nous
réfléchi ? Eh bien, nous nous sommes d’abord posé la question qui est la
suivante : « Est-ce que les nations ont une vocation ? »
D’abord, qu’est-ce qu’une vocation ? Une vocation, c’est un appel de Dieu
et donc une nation, qu’est-ce que c’est ? C’est une culture, c’est-à-dire
que quand on parle de la France, par exemple, il n’y a pas simplement le
gouvernement français, mais c’est l’ensemble du peuple français, c’est le sol
de notre pays, c’est la culture que nous avons, c’est la manière dont nous nous
comportons les uns envers les autres, qui forment une certaine variété de
personnages qu’on appelle les Français. Une variété d’oiseaux assez spéciale,
mais elle existe ! Et dans les autres pays, eh bien, c’est pareil. Si vous
voyagez à l’étranger, vous verrez qu’il y a des nations très typées, très
spécifiques, très particulières. Donc la question est : « Est-ce que
cela correspond à quelque chose dans le plan de Dieu, ou bien alors, est-ce que
nos nations apparaissent, disparaissent et n’ont pas d’intérêt ? » La
réponse qui nous a été donnée par un remarquable théologien, c’est qu’en fait
les nations sont dans le plan de Dieu, qu’elles ont donc une vocation, parce
que la grâce de Dieu s’incarne dans une culture, elle s’incarne chez les gens
et c’est comme cela que l’Evangile se répand et se transmet. Le théologien, qui
habite Fribourg, bien que ce soit un Toulousain - professeur à Fribourg, a pris
l’exemple de la Suisse. C’était neutre, au moins ! C’était un bon
exemple ! Et donc, il disait qu’on pouvait réfléchir, par exemple, à la
Suisse, à partir du Saint qui a aidé la Suisse à se constituer, qui est Saint
Nicolas de Flüe, qui a, en quelque sorte, été le patron de la confédération
helvétique, et qui a permis, aux Cantons Suisses, de ne pas éclater, mais
d’être ensemble. Et au fond, c’est vrai que cela nous ouvre des horizons pour
nous, Français. C’est-à-dire que l’on se dit que nous pouvons réfléchir aux
Saints de France, et nous pouvons nous dire : « Qu’est-ce qu’ils ont
eu de particulier ? » Par exemple, un Saint Martin, nous sommes dans
la région de Saint Martin, n’est-ce pas ? Une Jeanne d’Arc, nous sommes
dans la région de Jeanne d’Arc. Une Thérèse de l’Enfant Jésus… des Saints plus
récents. Eh bien, il faut se dire, voilà : ces gens-là ont apporté un
message, qui est un message d’évangélisation, de courage, d’intelligence, et
donc nous devons réfléchir à cela, et nous devons réfléchir à ce qu’est la
nation française et à sa vocation.
Alors chacun de nous peut
réfléchir à cela, avec la culture qu’il a, là où il est ! Ce n’est pas une
réflexion de spécialiste ! Chacun d’entre nous peut porter dans son cœur
notre pays, et si vous n’êtes pas Français, les pays auxquels vous appartenez,
en réfléchissant en particulier aux Saints qui ont vécu chez vous, et à la
manière aussi dont se fait la culture de votre pays, de nos pays, la manière
dont nous nous comportons les uns envers les autres.
Ensuite, après cela, nous
avons eu une série d’autres interventions qui étaient très intéressantes. Par
exemple, on a comparé le Sanctuaire de Pontmain au Sanctuaire de
L’Ile-Bouchard. On a réfléchi pour savoir comment les intellectuels avaient
évolués en France par rapport à la question de la nation. On a réfléchi pour
savoir si notre pays avait un avenir spirituel possible. On a répondu oui. On a
réfléchi aussi par rapport à la politique, on a réfléchi par rapport à la vie.
On a réfléchi par rapport à la spécificité aussi de la langue et de la
mentalité françaises.
Donc, nous avons ensemble beaucoup travaillé - et entre parenthèses, je salue la patience du public parce qu’on a parlé sans arrêt, de 9 h du matin, sauf au repas et encore on a continué à table, à 6 h du soir. C’était quand même pas mal, vous voyez ! Donc les gens qui sont venus ont écouté cela avec une patience et une attention qui étaient vraiment remarquables, il y en a très peu qui ont dormi ! C’était vraiment un beau moment de communion ! Puis nous avons eu aussi entre nous des dialogues, des échanges avec la salle, avec les conférenciers qui étaient très beaux et très intéressants. Ce qui fait qu’en réalité, l’impression qui s’en dégage, c’est que L’Ile-Bouchard a quelque chose à dire ! Ce n’est pas un lieu muet. L’Ile-Bouchard a quelque chose à dire à la France, notre pays, qui est un message de foi et d’espérance. Comme d’autres Sanctuaires dans d’autres pays, comme Fatima, ont quelque chose à dire au Portugal et au monde entier. Eh bien, nous ici, nous avons quelque chose à dire. Et qu’est-ce que nous avons à dire ? Nous avons certainement un message de confiance à donner. En 1947, quand ont eu lieu les évènements de L’Ile-Bouchard, la situation de la France était dramatique. On était au bord de la guerre civile et nous étions sur le point de nous entretuer entre Français, comme si on ne l’avait pas déjà fait avant. On était prêts à recommencer ! Eh bien voilà que par la prière des petits enfants et des braves gens, par la foule qui est venue, la situation s’est dénouée en quelque sorte de façon très providentielle, et les Français ont accepté de vivre ensemble, de travailler ensemble, de faire un effort pour se comprendre, de faire un effort pour s’aimer. Eh bien, c’est exactement cela que la Vierge Marie nous dit encore aujourd’hui : « Il faut prier pour la France qui en a grand besoin. Demandez à la foule de venir. Dites aux petits enfants de prier ». Ce que la Vierge Marie a demandé en 1947 est complètement valable aujourd’hui et elle nous le redit, et elle vous le redit à vous qui êtes ici, qui êtes exactement comme la foule de 1947. C’est-à-dire prions. Les petits enfants qui êtes là : il faut prier pour la France qui en a besoin. Toute la foule qui est là : il faut prier pour notre pays qui en a besoin, mais en même temps, il faut prier dans la confiance. Il faut prier dans la confiance : il faut se débarrasser de cette sorte de tristesse et de mauvaise humeur qui nous colle aux pieds, qui est vraiment insupportable. Ce n’est pas comme ça qu’on fera avancer notre pays. Nous ferons avancer notre pays dans la confiance et dans l’unité. Le message de L’Ile-Bouchard, c’est aussi un message de réconciliation et d’unité. Alors, j’espère que vous êtes convaincus de cela ! Parce que si vous n’êtes pas convaincus de cela, c’est grave ! C’est TOUT le message de la Vierge ici. Alors nous allons continuer ensemble à avancer, à prier, à espérer, à bénir le Seigneur, et à demander au Seigneur de sauver et de bénir notre pays et toutes les nations. Amen.