SANCTUAIRE DE L’ILE-BOUCHARD, église paroissiale Saint-Gilles
Vêpres du Dimanche 10 décembre 2006  -  59e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière
Homélie d’Alexandre GUÉRIN
Diacre de L’Ile-Bouchard, chargé dans le diocèse de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle

Frères et sœurs, qu’êtes-vous donc venus voir aujourd’hui à L’Ile-Bouchard ? Je vous lance cette interrogation comme Jésus Lui-même l’a posée en son temps aux disciples de St Jean Baptiste. Il leur disait : « qu’êtes-vous donc allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent, un homme aux vêtements somptueux ? » et Jésus donne Lui-même la réponse. Il leur dit : « vous êtes allés voir un prophète ». Celui dont nous parlent ces Evangiles de l’Avent. St Jean Baptiste, celui qui est la voix. Vous êtes allés voir un prophète ou plutôt vous êtes allés écouter une voix. Eh bien, c’est très judicieux que vous soyez ici ce soir, parce qu’à L’Ile-Bouchard, nous venons voir Celle qui écoute. C’est le premier mot que je voudrais vous laisser ce soir. Ecoute. Ausculta en latin : ausculte. Ecoute. Ce que nous voyons à L’Ile-Bouchard, c’est Marie qui nous laisse contempler une nouvelle fois son Annonciation. Elle se montre à nous, ici, tout écoute, toute tournée vers la voix de l’ange, de cet ange Gabriel envoyé par Dieu. Gabriel : Dieu est fort. Alors la phrase de l’Evangile qui ouvre l’Evangile de l’Annonciation, est une phrase étonnante ; c’est un zoom, c’est une spirale, c’est une tornade. Je vous la rappelle : « L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu ». Quoi de plus grand, de plus haut que Dieu ? Il fut envoyé à Nazareth dans une ville de Galilée - et là le plan se resserre - à une jeune fille, (il y en avait certainement beaucoup d’autres dans cette ville de Nazareth), promise en mariage, (il y en avait moins), à un homme appelé Joseph, (ça devient de plus en plus précis), qui est de la maison de David, et le nom de la jeune fille était Marie. Ça y est, on y est ! Et l’ange, nous dit l’Evangéliste, avec un talent extraordinaire, l’ange entra chez Elle, et je ne sais si vous avez la même impression que moi, mais lorsque Gabriel entre chez Marie, on a l’impression qu’il laisse la porte ouverte. Et on entre derrière lui et on voit ce que nous voyons ici. On voit Celle qui est tout écoute à la voix de l’ange. L’Immaculée Conception de Marie que nous fêtions avant-hier, c’est cela. Elle est la page blanche ! Elle est la page vierge ! Vierge avant, vierge pendant, vierge après, chantons-nous dans Alma Redemptoris. Elle est cette page blanche, elle est cette page immaculée, que Dieu, depuis toute éternité, nous dit l’épître aux Ephésiens dans son cantique, que Dieu depuis toute éternité, s’est réservée pour venir écrire dans la chair et le sang, non pas un mot, mais un visage. Non pas une lettre, mais un corps, c’est ce que nous voyons à L’Ile-Bouchard, ce moment sublime de l’histoire de l’humanité ! Combien d’artistes ont représenté Marie en son Annonciation portant LE Livre sur les genoux comme on porte un enfant. Eh bien, en Elle, ici, nous la voyons qui va faire prendre corps à cette Parole, qui va faire prendre corps à ce Livre. Nous ne sommes pas, frères et sœurs, les héritiers d’un livre, nous sommes les membres d’un Corps, nous sommes les héritiers d’un Visage, Celui qui, en Marie, s’est fait l’un de nous. Et ce n’est pas un hasard je crois, si Marie nous donne ici de nous replonger dans ce mystère de contemplation de l’Annonciation et qu’Elle le fait dans le cadre d’une église paroissiale. C’est à mes yeux tout à fait essentiel, parce que l’église paroissiale c’est le lieu de la prière, ce n’est pas le seul, mais c’est le lieu de la prière, c’est le lieu de la liturgie, c’est le lieu des sacrements. Et il y a une analogie profonde entre la théologie sacramentaire et le mystère de Marie. St Thomas d’Aquin disait que les sacrements étaient des vases qui contenaient des remèdes, des remèdes de grâce. Eh bien, je crois que Marie est ce Vase, ce Vase précieux, ce Vase pur, ce Vase d’albâtre. Ce vase qui contient Celui qui est l’auteur de toute grâce. Ce Vase très pur, c’est Elle. Et nous pouvons ce soir avec St Thomas, - qui a, je vous le rappelle, établi le septénaire avec les théologiens de son époque, St Bonaventure, Adam de St Victor, - il a défini les sept sacrements dont le Concile de Trente reprendra plus tard la définition en disant : « celui qui croit qu’il y a plus ou moins de sept sacrements dans l’Eglise, qu’il soit anathème ».

Eh bien ce soir, je vous propose, frères et sœurs, à la lumière de L’Ile-Bouchard, à la lumière de Marie, de venir dans cette intimité de l’Annonciation, de venir dans cette intimité de la chambre nuptiale de Marie, dans laquelle nous entrons. Il y a du Nazareth ici. Il y a de l’écoute, il y a de la paix, il y a du silence, il y a de la simplicité. C’est simple L’Ile-Bouchard, comme Nazareth ! On est en famille ici, comme à Nazareth ! C’est le lieu de la Sainte Famille. A Nazareth, c’est là que Jésus a appris à lire, sur les genoux de Marie. C’est quand même extraordinaire, le Verbe de Dieu depuis toute éternité a appris à lire à Nazareth ! Eh bien ce soir, venons réapprendre à lire à l’école de Marie. C’est une école, ici. Avec les scolastiques, avec St Thomas, retournons à l’école pour en refaire la lecture de ces sept sacrements.

I - Le Baptême

Marie, ici, vient nous redire la dignité de nos baptêmes par cet extraordinaire signe de Croix que Jacqueline nous a montré à l’instant même. Nous sommes baptisés dans la croix du Seigneur, dans sa mort, nous dit St Paul dans l’Epître aux Romains. C’est dans la Croix que nous sommes baptisés, nous sommes plongés dans les eaux de la mort de Jésus. Et en refaisant ici le signe de la Croix avec autant de profondeur, on voit bien que Marie vient nous rappeler ce qu’est notre baptême, parce qu’en son cœur ça résonne, parce qu’au pied de la Croix, Elle y était, parce qu’au pied de la Croix, très mystérieusement, Elle a reçu je crois, en primauté, les eaux du baptême jaillissant du cœur même de son Fils. C’est un grand mystère. Marie n’avait pas besoin de baptême, elle avait l’immaculée Conception. Jésus n’avait pas besoin de baptême non plus, et pourtant Il a été baptisé. Dans un admirable échange, au pied de la Croix, Marie reçoit l’eau jaillissant du cœur de son Fils qui est la source des sacrements, nous dit la préface du jour de la fête du Sacré-Cœur. Elle, qui a donné l’eau de son corps pour donner la vie humaine à Dieu, reçoit de Dieu cette eau qui va lui conférer la vie éternelle. Marie, ici, vient nous faire revisiter notre sacrement de baptême. C’est le plus grand, c’est le plus dense. Les autres n’y ajoutent rien.

II - L’Eucharistie

Marie ici vient nous faire revisiter le sacrement de l’Eucharistie. Elle s’efface devant Celui qu’Elle nous montre. Elle s’efface devant le Saint Sacrement. Elle est tout entière tournée vers la Présence Eucharistique de Jésus, et ce n’est pas un hasard si Jean Paul II lui a donné le titre superbe de Femme Eucharistique. Ici, prophétiquement, Elle nous le fait percevoir. Qui peut, mieux qu’Elle, nous aider à entrer dans le mystère de l’Eucharistie ? Elle qui, en premier, a reçu en son corps le Corps du Christ. Demandons-lui de nous aider à communier.

III - La Réconciliation

A L’Ile-Bouchard, Marie nous fait revisiter le sacrement de la Réconciliation. Elle vient et demande la prière pour les pécheurs. Dans un pays divisé, brisé, au bord de la guerre civile, Elle vient implorer la Miséricorde. Encore une fois, c’est une image d’écoute. Que trouvons-nous lorsque nous allons demander le sacrement de Réconciliation ? Nous trouvons une oreille, dans laquelle nous nous blottissons. Pour ce qui connaissent l’abbaye de Tamié, sur le tympan de l’abbatiale, il y a un tout petit moine de sculpté dans la pierre, avec une oreille énorme ! Ce n’est pas simplet. C’est une école, là aussi. Marie vient nous revivifier dans ce désir de pardon, pour ceux qui ne sont pas comme nous, pour ceux qui ne pensent pas comme nous, pour ceux avec lesquels nous sommes appelés à vivre tous les jours.

IV - L’Ordre

Marie, à L’Ile-Bouchard, vient accueillir la demande du clergé et des enfants, transmise par les enfants, de donner des prêtres. Nous sommes dans le sacrement de l’Ordre. Des prêtres qui ne soient pas des grands manitous, des sorciers, mais des prêtres qui soient des serviteurs. C’est tout le ministère de l’Ordre. Des prêtres qui soient là pour le peuple, pour le peuple de Dieu. L’Eucharistie n’est pas un en-soi. Elle est faite pour être mangée, pour que comme nous l’entendons à chaque prière eucharistique, mais la routine fait que nous n’y prêtons plus attention, à la deuxième épiclèse, nous sommes là pour faire un seul Corps et un seul Esprit dans le Christ.

V - Le Mariage

Marie, à L’Ile-Bouchard, vient bien évidemment redonner du souffle au sacrement du Mariage avec sa promesse de bonheur dans les familles. Pour nous ça paraît évident, mais en 1947, les définitions théologiques du mariage de l’Eglise n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Le Mariage était un sacrement, le plus petit des sept, disait-on, qui ne conférait pas la grâce, mais qui venait remédier à la concupiscence. Marie vient, ici, en promettant du bonheur aux familles, redonner toute sa valeur, toute sa profondeur, toute sa beauté à la puissance de l’amour conjugal qui doit être à l’image de l’amour du Christ et de l’Eglise.

VI - L’onction des Malades

Marie ici vient revisiter avec nous le sacrement des Malades, même s’il n’y a pas de miracle de guérison, bien que Jacqueline ait été guérie de sa conjonctivite. Elle promet de guérir, pas pour aujourd’hui mais pour le lendemain, celle qui souffre. Ce sacrement des Malades qui n’est pas forcément l’extrême onction, qui est le sacrement qui vient relever d’abord nos corps. On a trop tendance à croire que le sacrement, c’est pour l’esprit seulement. Le sacrement des Malades, il vient d’abord nous relever, nous re-susciter dans nos corps et dans nos esprits. Ce sont les paroles sacramentelles du rituel.

VII - La Confirmation

Et puis, je crois en avoir fait le tour, mais il en manque un septième : Marie, à L’Ile-Bouchard, vient nous redire et ce n’est pas une petite affaire, ce qu’est le sacrement de la Confirmation. Parce que, avouons-le bien, frères et sœurs, dans nos esprits, peut-être croyons-nous qu’il est surnuméraire. Qu’est-ce qu’il vient ajouter au baptême, en définitive ? Dans la Bible, lorsque l’on fait allusion à Jésus, on utilise des concepts anthropomorphiques, on fait allusion à l’humanité. Jésus, on l’appelle le Fils de Dieu, le Fils de l’Homme, le nouveau Moïse, le nouvel Adam, le fils de David. Il y a toujours quelque chose d’humain pour désigner Jésus dans la Bible. L’Esprit, on le désigne par des attributs cosmologiques. Il n’a pas de visage. Il n’a pas de sexe. C’est le Feu, c’est l’eau vive, c’est le vent. Fons vivus, ignis, caritas, chantons-nous dans le Veni Creator.

Le rayon de soleil que nous envoie Marie, lorsque Jacqueline nous dit que plus il approche, plus il accélère, plus il approche de Marie, plus il est lumineux et plus il accélère. Je pense toujours à cette phrase de St Louis-Marie Grignon de Montfort qui disait : « Quand l’amour de Marie est dans une âme, le Saint-Esprit y court, Il y vole ! » Le rayon de soleil à L’Ile-Bouchard, c’est la confirmation de L’Ile-Bouchard. D’une part, parce qu’au premier degré, ce rayon, il n’y a pas que les gens qui étaient ici qui l’ont vu, il est un signe objectif de ce message. Parce qu’il est le feu, parce qu’il est la lumière et qu’il est un attribut du Saint Esprit. Parce qu’il court, parce qu’il vole vers Marie qui est son Epouse bien-aimée, et parce qu’il contourne les obstacles, il contourne les gros piliers de cette église. Alors on peut prier ici, pour redécouvrir cette grâce particulière du sacrement de la Confirmation qui fait partie intégrante de l’initiation chrétienne, et il nous manque quelque chose tant que nous ne l’avons pas reçu ! Il n’est pas optionnel ! Marie vient ici nous le redire.

 

Alors frères et sœurs, je vous ai dit ce soir beaucoup de choses, peut-être diffuses. Je ne veux vous en laisser qu’une seule : Ecoute ! Ecoute, parce que Dieu n’a de cesse de nous dire : « écoute », tout au long de son histoire. « Ecoute Israël ! Shema Israël ! Le Seigneur ton Dieu est l’Unique ! » « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis tout mon amour. Ecoutez-le ! » Et Jésus, en St Jean, dans le discours sur l’œuvre du Fils, nous dira : « celui qui écoute ma Parole, celui-là, il obtiendra la vie éternelle ! » Puissions-nous goûter, manger, comme le dit St Ambroise à propos de l’Eucharistie. « L’Eucharistie », nous dit St Ambroise, « c’est la Parole que l’on mange ». Eh bien, puissions-nous à chacune de nos célébrations, goûter la Parole ! Puissions-nous, avant, dans nos cœurs, avoir cette simplicité d’écoute de Nazareth, de L’Ile-Bouchard, tout simplement, dans l’enfouissement, me disait tout à l’heure le Sacristain. Ici, c’est l’enfouissement. Puissiez-vous repartir ce soir en ayant répondu à ma question initiale : qu’êtes-vous donc venus voir à L’Ile-Bouchard ? Vous êtes venus voir Celle qui, dans le creux et dans la nudité de sa main, vous offre à embrasser la Croix de Jésus, notre Sauveur ! Amen.