L’ILE-BOUCHARD

Vêpres Solennelles de l’Immaculée Conception

Samedi 7 décembre 2002, 15h

55e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière

Présidence et homélie de Dom Antoine FORGEOT
Abbé de Notre-Dame de Fontgombault
25e anniversaire d’Abbatiat

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Chers Pèlerins de Notre-Dame de la Prière,

Tout d’abord, laissez-moi remercier Monsieur le Curé qui a eu la bonté de m’inviter aujourd’hui, afin que je puisse déposer aux pieds de Notre-Dame, dans ce sanctuaire auquel notre monastère est très lié depuis ses origines, depuis 1948, de déposer aux pieds de Notre-Dame les 25 ans de service que je viens d’accomplir.

Au soir de cette journée passée auprès de l'Immaculée, comme des enfants rassemblés autour de leur Mère, pour lui redire sans cesse notre admiration, notre confiance et notre amour, il nous reste à la remercier. Nous ne pouvons mieux le faire qu'en nous unissant à sa propre action de grâces qui s'est exprimée dans le chant du Magnificat qu'elle a entonné, pour la première fois, chez sa cousine Élisabeth lors de la Visitation, et qu'elle a écouté avec tant de joie, ici même, le dimanche 14 décembre 1947.

Au moment de l'Annonciation, et ce mystère est tellement présent ici, elle s'est déclarée « la petite servante du Seigneur » ; dans le Magnificat, elle chante que le Seigneur a regardé sa petitesse. Et une antienne grégorienne fait dire à Marie : « Parce que j'étais toute petite, j'ai plu au Très-Haut ». Saint Paul écrira plus tard : « Ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force ; ce qui, dans le monde, est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est, afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu » (1 Cor. 1,27-29).

Nous sommes invités, nous-mêmes, à entrer dans cet esprit de petitesse, de simplicité, d'humilité ; ce sont les dispositions de la véritable enfance spirituelle, celle que Notre-Seigneur a indiquée comme la condition nécessaire pour entrer dans son Royaume : « Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous n'entrerez, pas dans le Royaume des Cieux » (Mt. 18,3).

N'est-ce pas ce message-là que la Sainte Vierge est venu délivrer ici, il y a 55 ans ? Comme elle l'avait fait trente ans auparavant à Fatima, elle s'est adressée à des enfants pour les inviter à une prière humble, confiante et persévérante.

Marie, qui conservait et repassait dans son cœur tout ce qui concernait son Fils et les choses de Dieu (cf. Luc 2,19) est un modèle de prière contemplative ; elle est toute discrète et intérieure, elle est silencieuse et réservée. Elle s'est montrée ici comme une merveilleuse éducatrice ; elle a appris aux petites voyantes et, à travers elles, à nous-mêmes, à réciter le chapelet : « Dites une dizaine de chapelet », leur a-t-elle demandé à plusieurs reprises. Il est bon de nous en souvenir alors que notre Saint-Père le Pape Jean-Paul II vient de donner à l'Église sa lettre apostolique sur le Rosaire, souhaitant que cette dévotion du Rosaire, non seulement ne se perde pas, mais encore trouve un regain d'actualité et se répande toujours plus ; dans ce but, il a eu la merveilleuse inspiration d'y ajouter une 4ème série de mystères, celle des mystères lumineux ou mystères de lumière, portant sur des événements plus marquants de la vie publique de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; de plus, le Pape a désigné – on nous l’a rappelé à plusieurs reprises aujourd’hui – comme « année du Rosaire », la période qui, depuis le mois d'octobre de cette année nous conduira au mois d'octobre 2003, et au 25ème anniversaire de son élévation au Souverain Pontificat. Nous devons remercier le Saint-Père pour ces belles initiatives, les accueillir avec docilité, et en tirer le plus grand profit possible pour le bien des âmes, pour la gloire de Dieu et de sa Mère immaculée.

Comme nous y invite Jean-Paul II, soyons des fervents du Rosaire, récitons-le assidûment, « ne lâchons pas notre chapelet », et soyons aussi des apôtres du Rosaire ; c'est en effet une prière merveilleusement simple et efficace. Que de grâces de tous ordres, que de victoires n'ont-elles pas été obtenues par la prière du Rosaire ?

Il faut beaucoup prier ; et les intentions ne manquent pas. La question posée par la Belle Dame à ses petites confidentes : « Priez-vous pour les pécheurs ? » s'adresse aussi à nous tous. Chaque fois qu'elle a visité notre terre, la Sainte Vierge a manifesté ce souci des pécheurs. Pensez à Fatima, pensez à Lourdes, pensez à Pontmain. Mieux que personne, elle sait combien le péché offense Dieu, elle sait le poids du péché du monde qui a pesé sur son Fils, elle sait quel prix celui-ci a dû payer pour l'expier et pour réconcilier l'humanité avec Dieu.

Nous devons prier pour la France qui n'est pas en moins « grand besoin » de nos jours qu'en 1947. Des lois criminelles qui offensent gravement Dieu, mettent son âme en péril, elles l'endorment en lui donnant un semblant de bonne conscience, et la conduisent à toutes les compromissions avec le libéralisme et l'athéisme pratique, qui sont la marque et l'aboutissement de cette société de consommation et de cette permissivité morale dont le Saint-Père a dit, lors de son premier voyage pastoral en France, en 1980, qu'elles ne rendent pas l'homme heureux et qu'elles ne le peuvent pas.

Prions pour que notre Pays revienne résolument à sa vocation chrétienne et qu'il en assume généreusement et fidèlement les exigences. C’est ce à quoi nous engageait encore le Saint-Père dans son homélie du Bourget, le 1er Juin 1980. Les questions qui nous furent posées alors résonnent encore dans nos cœurs, et elles attendent encore une vraie réponse : France, fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? France, fille aînée de l'Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle pour le bien de l'homme, à l'alliance avec la sagesse éternelle ?

Prions aussi pour l'Église qui est en France ; pour nos évêques afin qu'ils prêchent l'Evangile avec la même assurance et le même courage que les Apôtres, dont ils sont les successeurs ; pour qu'ils servent et guident leurs troupeaux avec le même amour que le Bon Pasteur, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Priez pour vos prêtres, aidez-les et aimez-les ; priez pour leur sanctification ; priez – comme Monseigneur Vingt-Trois nous y a engagés fortement ce matin – pour que se multiplient les vocations sacerdotales et religieuses aptes à vous entraîner sur le chemin de la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés.

Prions aussi pour le Saint-Père ; confions-le à Notre-Dame à qui il est si totalement donné : Totus tuus. Unissons-nous à sa prière et faisons nôtres toutes ses intentions et plus particulièrement celles qu'il a fixées pour cette « année du Rosaire » : la paix dans le monde et la famille.

Ce sont deux intentions qui nous ramènent au message de Notre-Dame de la Prière, ici à L’Ile-Bouchard, qui a promis qu'il y aurait du bonheur dans les familles ; nombreux sont les témoignages qui prouvent avec quelle magnificence elle a été fidèle à sa promesse. A notre tour, avec la grâce de Dieu, soyons fidèles. Familles chrétiennes, familles françaises, soyez fidèles à la foi reçue au Baptême, fidèles aux grâces du sacrement du mariage, fidèles à accueillir et à respecter la vie comme un don de Dieu, fidèles à donner à vos enfants l'éducation chrétienne à laquelle ils ont droit et à laquelle ils sont généralement très ouverts, fidèles à vivre dans la charité, fidèles à prier et à prier en famille, ce qui, au dire du Pape Saint Pie X, est une garantie de vrai bonheur.

Avant de nous séparer et de quitter ce lieu béni où l'on voudrait bien demeurer plus longtemps, redisons une nouvelle fois à Notre-Dame de la Prière notre amour filial, notre entière confiance et notre dévouement. Demandons-lui de nous conserver des cœurs d'enfants, purs et transparents comme une source, des cœurs doux et humbles, des cœurs simples, généreux et joyeux.

Redisons-lui, enfin, notre joie de la savoir si bonne et si belle : Vous êtes belle comme la lune et resplendissante comme le soleil ; vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n'existe pas en vous , attirez-nous et nous courrons après vous qui êtes « la Mère du bel amour, de la connaissance et de la sainte espérance » (Eccli. 24). Amen.