Vêpres Solennelles de l’Immaculée Conception

Samedi 8 décembre 2001, 15h

54e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière

église paroissiale Saint-Gilles de L’ILE-BOUCHARD

Présidence et Homélie de Mgr Henri BRINCARD

Evêque du Puy-en-Velay

Retranscription de l’homélie prononcée sans papier. Style oral. Publiée telle quelle après accord de Mgr Brincard.

 Frères et sœurs,

En cette soirée embellie par une douce lumière, nos cœurs connaissent une grande paix et une grande joie. Nous formons la grande famille des enfants du Père. Avec toute l’Eglise nous prions, c’est le sens profond des vêpres. Et dans ces prières nous savons que la Vierge Marie, la Mère de l’Eglise, est très présente. Elle ne cesse de nous appeler à la prière. De surcroît là où Marie est reçue, aimée, là où on se confie à elle, les grâces abondent. C’est bien l’histoire du pèlerinage à Notre-Dame de la Prière. Mais c’est aussi tout simplement l’histoire de l’Eglise. Avez-vous remarqué qu’au cours des derniers siècles, tout ce qui a porté des fruits particuliers, par exemple au niveau de la mission de l’Eglise, a toujours été lié à un grand amour de la Vierge. Tous les grands missionnaires ont eu un cœur marial, toutes les œuvres qui ont fleuri avec une fécondité étonnante sont liées à Marie. Oui, elle est très présente dans la prière de l’Eglise, elle est très présente ce soir, dans nos cœurs.

Au terme de la célébration de l’Eucharistie, notre Archevêque, Monseigneur André Vingt-Trois, a reconnu officiellement en vertu de sa charge, le culte rendu au Christ par Marie, sous le vocable de Notre-Dame de la Prière. Là où Marie est présente, immédiatement le Christ est présent, appelé par sa mère à laquelle il répond toujours. Cette reconnaissance solennelle du culte à Notre-Dame de la Prière est une reconnaissance qui est source d’action de grâce pour nous ce soir. Comme à « la rue du Bac », exactement comme à « la rue du Bac », l’Eglise reconnaît qu’il y a ici une source de grâces et de grâces très abondantes. Cette reconnaissance, c’est l’essentiel. Nous pouvons invoquer avec l’Eglise et au nom de l’Eglise la Vierge Marie sous son vocable de Notre-Dame de la Prière. Je le répète, il y a un parallèle étonnant entre « la rue du Bac » et L’Ile-Bouchard. Demeurons dans la joie et dans l’action de grâce. Méditons ce que nous a dit notre Archevêque. Et restons filialement obéissant à l’égard de l’Eglise. Là où est Marie, là est l’Eglise et là où est Marie, l’Eglise est aimée comme Corps du Christ, épouse de l’Agneau, Reine du ciel et de la terre.

Il y a quelque temps, ce matin, en fin de matinée, alors que je priais avec Monseigneur Vingt-Trois au pied de la statue de Notre-Dame de la Prière, mon regard s’est attardé d’abord sur la statue de Notre-Dame des Victoires qui est juste au-dessus. Notre-Dame des Victoires, nous connaissons ce haut-lieu marial à Paris, tellement lié à l’histoire de la France, comme le culte rendu à Notre-Dame de la Prière. Nous savons que Jeanne d’Arc est passée par ici, nous savons que Jeanne Delanoue est passée par ici, et tant d’autres encore qui ont joué un rôle important dans l’histoire spirituelle de notre pays et nous savons qu’à Notre-Dame des Victoires, beaucoup de saints sont passés eux-aussi. Et que Notre-Dame des Victoires je le répète est très liée à l’histoire de la France. Ce n’est donc pas par hasard qu’il y a, symbolisé par la statue de Notre-Dame des Victoires, un lien très profond entre ces deux lieux : L’Ile-Bouchard et le sanctuaire marial de Notre-Dame des Victoires à Paris. Il faut méditer sur ce lien, essayer d’en découvrir la signification profonde.

Et mon regard s’est posé ensuite sur un magnifique bouquet qui pour moi symbolise c’est-à-dire représente l’Eglise, à la fois une et diverse. Ce bouquet qui finalement représente chacun et chacune d’entre nous. Et la Vierge Marie veut que ce soir nous formions un beau bouquet qui fasse resplendir le mystère de l’Eglise dont elle veut être la mère et la servante car Marie exerce sa maternité à travers un service. Chers frères et chères sœurs, ce bouquet évoque en effet très bien le mystère de l’Eglise, le mystère de nos âmes. Réfléchissons quelques instants : une fleur et un bouquet composé de fleurs, une fleur a besoin de lumière, elle a besoin d’eau, elle a besoin de terre pour donner tout son parfum. Appliquée à nos âmes : la lumière c’est la Parole de Dieu dont notre âme a besoin pour s’épanouir, cette Parole qui éclaire l’Eglise et la rend plus vigoureuse en guidant ses pas. Notre âme, l’Eglise a besoin d’eau, c’est la grâce donnée à travers les sacrements, sacrement de l’Eucharistie, sacrement de la réconciliation et tous les autres sacrements par lesquels l’eau de la grâce irrigue nos âmes. La terre dont la fleur a besoin pour durer représente les communautés paroissiales, religieuses, ou autres auxquelles nous appartenons et dans lesquelles par des racines de plus en plus profondes nous pouvons vivre notre vie chrétienne et aussi devenir avec l’aide de Marie serviteurs de la mission de l’Eglise. Cette grande mission qui a commencé à la Pentecôte et qui se poursuit à travers les âges. Au milieu des difficultés et des peines, mais grâce à Marie, l’Eglise assure cette mission indéfectiblement unie à son fondateur Jésus-Christ, le même hier, aujourd’hui et à jamais. Oui la terre représente nos communautés si présentes ce soir ici à travers notre action de grâce. Nous venons de beaucoup de lieux divers, nous venons un peu de partout et c’est merveilleux, et avec nous c’est toutes nos communautés qui sont présentes dans une unité merveilleuse, l’unité de l’amour. Grâce à la lumière, grâce à l’eau, grâce à la terre, la fleur donne son parfum toujours unique, le parfum de la rose c’est pas le parfum du lys et pourtant les deux parfums embaument. Cela signifie que plus notre âme se nourrit de la parole de Dieu, plus elle s’immerge dans la vie divine donnée par les sacrements, plus elle est enracinée pour servir la mission de l’Eglise, plus elle embaume de ce baume unique qui s’appelle la charité. Plus nous aimons plus nous sentons bons et la Vierge veut que nous embaumions, c’est-à-dire que la charité en nous attire vers sa source le Christ, il ne s’agit pas tant de parler que d’attirer. Et tout ici nous rappelle l’importance de cela. Et ainsi nous formerons ce beau bouquet qui manifeste le mystère de l’Eglise.

Je voudrais conclure : comment progresser en charité, cette charité qui est une participation à l’amour qui est la vie même de Dieu. Comment progresser en charité, la charité qui est le fruit qui ne trompe pas. Et quand nous serons de retour chez nous, il ne s’agit pas de parler, mais il s’agit d’embaumer. Il s’agit que les personnes qui nous rencontrent soient tout étonnées des nouvelles forces d’amour qui sont en nous et qu’elles nous posent la question et ne la posons pas à leur place : mais qu’est-ce qui s’est passé ? vous avez changé, plus doux, plus douce, pardonnant, plus proche des uns et des autres, moins concentré sur vous-même, mais qu’est-ce qui s’est passé ? C’est normal, je reviens d’une église où il y a un culte reconnu par l’archevêque de Tours, un culte rendu à Notre-Dame de la Prière. Comment croître en charité, chers frères et chères sœurs, ici il faut revenir à un mystère très présent ici, le mystère de la Visitation, c’est en regardant Marie, en l’imitant, et avec son aide que nous allons progresser dans cette charité qui vient de Dieu qui est la vie même de Dieu, participée en nous par la grâce. Que fait la Vierge après l’annonciation alors qu’elle a Jésus en elle, alors qu’elle le contemple dans la foi et dans l’espérance, que fait-elle ? elle se rend en hâte vers sa cousine. Deux détails qui sont importants pour notre vie quotidienne : pourquoi se rend t’elle vers sa cousine, mais parce que l’ange lui a indiqué très délicatement que cette cousine avait besoin d’elle. Et bien de même dans nos vies, Dieu nous appelle très délicatement à servir nos proches et voilà le second détail qui est important : il ne s’agit pas de courir l’univers, il s’agit de servir notre prochain, celui ou celle que Dieu a mis sur notre route et dont nous devenons proche par la charité. Pas d’agitation mais service, avec zèle Marie se rend en hâte. Elle ne craint ni la longueur du chemin ni ses difficultés. Et lorsqu’elle arrive auprès de sa cousine, que va t’elle faire ? elle va saluer sa cousine. Alors il faut savoir qu’en Orient le salut c’est un geste très important et très visible. Ce n’est pas un petit geste de la main. On se courbe en quelque sorte devant la personne qu’on salue avec un geste ample et empreint de majesté. C’est ce que fait la Vierge, elle qui est la Mère de Dieu, qui porte Jésus le rédempteur de tous les hommes en elle, qu’est-ce qu’elle fait : elle s’incline devant Elisabeth. Pour que la charité qui est Jésus-Christ puisse s’emparer de tout notre cœur et être communiquée à travers nous, il faut s’incliner devant ceux et celles qu’on rencontre surtout dans le monde d’aujourd’hui, s’incliner avec un seul désir, tenez, la charité c’est-à-dire Jésus.

Et lorsqu’Elisabeth sous le souffle de l’Esprit Saint, remarquez bien que c’est l’Esprit-Saint qui éclaire Elisabeth, ce n’est pas Marie qui lui parle du mystère qui est en elle, lorsqu’Elisabeth sous le souffle du Saint-Esprit découvre le mystère, que fait la Vierge ? elle fait remonter en action de grâce à Dieu auteur de tout bien ce que sa cousine vient de découvrir. Il en va de même lorsque nous devons porter témoignage c’est-à-dire trans-communiquer Jésus aux âmes, lorsque les âmes dans une action de grâce nous remercient, faisons monter toute cette action de grâce vers le Seigneur. Le témoin c’est celui qui disparaît dans la lumière qu’il communique. C’est difficile, on a bien besoin de la Vierge, on a souvent tendance sans s’en rendre compte de se servir de Dieu au lieu de le servir : attention à tous ces témoignages dont on devient le centre au lieu d’être le vrai témoin. Et puis que fait la Vierge enfin, elle sert sa cousine, elle reste auprès d’elle d’abord et elle la sert. C’est à travers un service qu’elle va exprimer cet amour qui est dans son cœur, cet amour auquel elle est sans cesse unie par une prière très profonde, cet amour qu’est Jésus. Ah oui ! la charité authentique s’exprime à travers le service, il y a des services sans amour, il n’y a pas d’amour sans service. Et ce service et bien, la Vierge l’a rempli très humblement en répondant aux besoins d’une future mère. Il en va de même pour nous. Alors on va demander à la Vierge ce soir que la charité, le mystère du Christ en nous puisse augmenter, nous envahir, nous allons demander à la Vierge Marie de transmettre ce mystère comme elle l’a fait, dans le zèle, dans l’humilité, dans l’action de grâce et à travers le service.

Je voudrais ajouter seulement et cela me paraît important : le chrétien, ce n’est pas quelqu’un qui rend des services seulement ce serait être alors un bras sans cœur ; le chrétien ce n’est pas non plus quelqu’un qui a la main sur le cœur, faisant de beaux discours mais ne se les appliquant pas ; le chrétien je l’ai dit souvent c’est quelqu’un qui a le cœur sur la main. Mystère de Marie présent dans une vie qui s’est remise à elle pour être totalement à Jésus. AMEN.

 A la fin des vêpres :

Au moment de nous quitter je voudrais élever une fois encore une grande action de grâce pour la célébration de ce matin, pour la prière de ce soir, pour toutes les rencontres d’aujourd’hui, je voudrais aussi remercier le Seigneur pour l’accueil que j’ai reçu de la part de vos prêtres et tout particulièrement du Curé de cette paroisse. Je voudrais seulement ajouter ceci : tout d’abord je confie mon diocèse si profondément marial à Notre-Dame de la Prière, je lui confie mes prêtres, toutes les communautés paroissiales, religieuses, tous ceux et celles qui habitent sur cette terre qui m’est confiée. Et je vous confie aussi à Notre-Dame de la Prière avec toutes vos intentions, tout spécialement vos prêtres si aimés de la Vierge Marie. Et puis j’ai envie de vous dire, la Sainte Vierge, Notre-Dame de la Prière nous laisse deux petites consignes. La première : ne regarde pas la croix, regarde le cœur qui est dessus, mets le tien dans le sien. Deuxième petit conseil : donne-moi la clef de ton cœur, ainsi je le garderai toujours ouvert pour recevoir mon Fils et je te protègerai. AMEN.