Vêpres Solennelles de l’Immaculée Conception
Vêpres Solennelles de l’Immaculée Conception
Mercredi 8 décembre 1999

52e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière
église Saint-Gilles de L’ILE-BOUCHARD

Homélie de l'Abbé Bernard TARTU
Délégué diocésain pour le Jubilé

 

Monseigneur l’Archevêque, ce matin à la fin de la Messe, nous a lu la très belle prière qu’il a composée pour venir ici à l’Ile-Bouchard. Notre-Dame de la Prière. Vous l’avez tous, du moins je l’espère, car certains se sont plaints de ne pas avoir encore cette prière, mais le succès est tellement grand que je crois bien qu’il faudra en faire une nouvelle édition.

On m’a demandé cet après-midi, non pas de reprendre ce que Monseigneur avait dit ce matin, j’en serais bien incapable, mais de commenter, de méditer avec vous cette prière. Ce ne sera donc pas une homélie à proprement parler mais plutôt une méditation de cette prière. Et pour le faire, j’ai pensé me servir de l’exemple d’une Sainte. Sainte Jeanne de France, lorsqu’elle a fondé l’ordre de l’Annonciade, avait demandé à son directeur spirituel de lui trouver dans l’Evangile quelques unes des vertus évangéliques que Marie avait pu observer dans sa vie. Et il lui en a donné une dizaine. J’ai pensé que dix, c’était aussi une dizaine de notre chapelet. Alors ce n’est pas une dizaine de chapelet que nous allons dire cet après-midi, mais je commencerai chacune des vertus évangéliques par " Je vous salue Marie ", je la terminerai par " Sainte Marie, Mère de Dieu ", avec une petite phrase que je vous inviterai à répéter après moi. Ça sera notre manière d’intérioriser cette prière.

La première vertu évangélique.
1- Je te salue Marie, toi qui as cru.
Marie modèle de foi. Marie qui reçoit une annonce extraordinaire, à laquelle elle ne s’attendait pas. Marie qui va simplement dire : " Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ". Elle ne pose pas de questions, juste ce qui est nécessaire. Elle ne demande pas de preuves. Elle croit de toute sa foi.

Et nous ? Lorsqu’on nous dit quelque chose, on s’interroge parfois : " Est-ce que c’est bien vrai ? " Ne nous arrive-t-il pas de dire : " Oh, moi, je ne crois que ce que je vois " On ne fait pas facilement confiance. On voudrait tout comprendre, on voudrait tout expliquer. Et puis il arrive parfois que le Seigneur nous dise : " Ne demande pas pourquoi ".

Comme Marie, qui a donné toute sa foi dans ce oui de l’Annonciation, ce oui qu’elle n’a jamais repris et qui guidera toute sa vie sur terre, qui guide aussi sa vie près de son Fils, dans son Royaume, comme Marie, demandons la grâce de savoir faire confiance, demandons la grâce de croire sans vouloir forcément tout comprendre : nous n’y parviendrons pas.
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à prier pour grandir dans la foi.

2- Je te salue, Marie, toi qui as su louer Dieu, toi qui n’as rien gardé pour toi. Lorsque tu as rendu visite à Elisabeth, c’est une prière d’action de grâce qui est montée de tes lèvres dans ce Magnificat. Ce n’est pas toi qui te glorifiais, mais tu voulais que Dieu soit glorifié, parce que le Seigneur a fait pour toi des merveilles, et tu as dit : " Son nom sera saint éternellement ". Oui, Marie, modèle de louange. Marie qui prie, qui remercie, qui rend grâce.

Et nous ? Savons-nous dire merci ? Savons-nous rendre grâce ? Savons-nous, lorsque nous rencontrons quelqu’un, savons-nous lui dire parfois : " Merci simplement d’exister ". On sait jamais le bien que cette petite phrase peut produire sur quelqu’un, qui peut être un peu en déprime, qui a des soucis, lui dire : " Merci d’exister ". Cela remet la personne debout.

Marie nous donne ce modèle de louange, d’action de grâce.
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à rendre grâce à Dieu.

3- Je te salue Marie, toi qui as été pauvre, pauvre dans toute ta vie terrestre, qui n’avais pas grand chose. L’humble famille de Nazareth... " Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? " Voilà comment on jugeait les gens de Nazareth. Pauvreté de la crèche... Il y a quinze jours, j’ai célébré en Terre Sainte avec des pèlerins de Touraine la Messe de Noël, dans une grotte, à Bethléem, qui vient d’être découverte. C’était la pauvreté absolue. Une petite lampe seulement qui donnait de la lumière. Rien. Et je me disais : " Voilà la pauvreté de la crèche au temps de la naissance de Jésus ". Il n’y avait rien! Pas même de sollicitude des gens qui étaient à Bethléem : " Il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie ". Et pourtant Marie portait le plus grand trésor du monde, ce fils qui allait venir sauver l’humanité tout entière.

Oui, Marie, modèle de pauvreté, mais d’une pauvreté qui rend disponible pour faire la volonté de Dieu.

Et nous, nous qui souvent sommes attachés à nos biens, qui courons après l’argent, après les plaisirs, après le confort, qui parfois disons que nous n’en avons jamais assez... Tout cela ne risque-t-il pas de nous empêcher d’aller à l’essentiel, de faire la volonté du Seigneur ?
Sainte Marie, Mère de Dieu, modèle de pauvreté, apprends-nous le détachement des biens du monde.

4- Je te salue Marie, modèle de délicatesse, d’attention, de sollicitude. A Cana, tu étais invitée aux Noces. Tu t’es montrée une femme attentive, délicate, parce que tu avais remarqué qu’il n’y avait plus de vin, et que cela risquait de ternir quelque peu la joie de la noce. Tu ne t’es pas substituée à ton divin Fils. Simplement une constatation, comme une bonne mère de famille, comme une bonne maîtresse de maison : " Ils n’ont plus de vin ", c’est tout. Et à cause de cela, Jésus accomplira le miracle que nous connaissons bien, grâce à Marie, grâce à son attention, on pourrait dire à sa charité.

Marie, modèle de charité, c’est à dire Marie qui est attentive à tous et à chacun. Elle ne veut que personne ne soit dans la peine, ou dans la gêne.

Et nous ? Est-ce que parfois nous ne sommes pas un peu pris par notre égoïsme : " Moi, j’ai ce qu’il me faut, que les autres se débrouillent ! " Marie nous apprend l’attention, la délicatesse, à ne pas laisser quelqu’un de côté, mais à toujours regarder l’autre comme plus important que soi.
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous le partage, l’attention aux autres.

5- Je te salue Marie, Vierge des douleurs, toute de compassion. Au pied de la Croix, tu es là, avec Jean, le seul des apôtres qui reste. Tu es là et tu souffres dans ton cœur la Passion, en communion avec ton Fils. Tu sais que c’est pour les pauvres pécheurs que nous sommes. Et c’est le silence dans ton cœur. Mais c’est ce glaive de douleur que Syméon t’avait prédit qui te transperce l’âme. Tu es là, simplement, mais tu participes, mais tu communies à la Passion de ton Fils.

Et nous ? Est-ce qu’il ne nous arrive pas d’être indifférents, lorsque la télévision, les journaux, la radio, nous annoncent des drames, des catastrophes ? Nous sommes peut-être tranquillement assis chez nous, nous écoutons cela. Nous nous disons : " Oui, c’est vrai, il y a tout cela ". Nous écoutons d’une oreille distraite et nous passons à autre chose. Est-ce que nous sommes pleins de compassion pour nos frères, pour nos sœurs ? Savons-nous prendre sur nous la peine des autres ?

Marie, toi qui as su être la Vierge des douleurs, apprends-nous à accueillir la miséricorde du Père.
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à accueillir la miséricorde du Père.

6- Je te salue Marie, modèle d’humilité, de discrétion. A la Pentecôte, tu étais là. Les apôtres étaient rassemblés au Cénacle. " Ils priaient avec Marie, mère de Jésus. " Point de paroles de Marie. Marie sait garder sa place. Elle est la servante du Seigneur, elle ne l’a jamais oublié. Elle ne prendra pas la place des apôtres. Elle ne leur fera pas non plus de discours. Ce n’est pas à elle qu’a été confiée l’Eglise. Elle sera la Mère de l’Eglise, elle n’est pas celle qui en est chargée. Marie est là, simplement, dans la prière, cette prière tout intérieure qui lui fait communier avec ce grand mystère de la Pentecôte, elle qui est remplie de l’Esprit Saint, elle est là aussi avec les apôtres qui vont recevoir l’Esprit Saint pour porter témoignage de la Bonne Nouvelle de l’Evangile.

Et nous ? Que faisons-nous de la grâce de notre baptême, de la grâce de notre confirmation, si nous l’avons reçue ? Que faisons-nous de cette effusion de l’Esprit qui nous a été donnée ? Sommes-nous comme Marie, sommes-nous, comme les disciples, tellement remplis de l’Esprit de Dieu, que nous voulons porter à nos frères la Bonne Nouvelle du Salut ? Est-ce que parfois nous ne risquons pas d’être des chrétiens un peu timorés ?
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à demander l’Esprit pour témoigner de l’Evangile.

7- Je te salue Marie, modèle de patience. La patience... Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est ne pas s’étonner de ce qui peut arriver et que nous ne comprenons pas. C’est avoir aussi cette tranquille assurance que le temps fera peut-être décanter les choses, nous fera comprendre ce que dans l’immédiat nous ne comprenons pas. Lorsque Marie a demandé à Jésus : " Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi nous te cherchions tout angoissés ! " Jésus perdu et retrouvé au temple... Marie n’a pas compris la réponse de Jésus, elle n’en a pas mesuré toute la profondeur : " Ne le saviez-vous ? Je dois être aux affaires de mon Père. " Marie n’a rien dit. L’Evangile nous dit simplement : " Elle retenait tous ces évènements et elle les méditait. " C’est cela la patience : savoir que Dieu a le temps pour lui.

Nous, nous sommes toujours pressés, nous voulons tout et tout de suite. Nous voulons que tout marche comme nous l’avons décidé.

Marie nous montre ainsi qu’elle est la protectrice de nos familles et qu’elle nous donne quelques conseils : vous, les parents, qui n’arrivez plus à comprendre vos grands jeunes, qui voudriez qu’ils soient dans la ligne où vous les avez placés, qui voudriez qu’ils pensent comme vous, qu’ils raisonnent comme vous, non, cela n’est pas possible ! Alors, la patience... Comme Marie, retenons tous ces évènements dans notre cœur et méditons-les. Le temps fera son œuvre, et bien des choses s’arrangeront.
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à nous aimer avec fidélité.

8- Je te salue Marie, modèle de prudence. Marie nous invite à réfléchir, à ne pas nous précipiter dans l’action, à ne pas faire n’importe quoi. Marie était la Vierge prudente, sachant garder son rôle. Que de fois on nous dit : " La mère de Jésus était là ", simplement, mais par sa présence, elle voulait dire beaucoup de choses.

Et nous parfois, nous sommes imprudents, nous nous lançons dans des affaires dont nous ne pouvons plus sortir, parce que nous n’avons pas réfléchi, parce que nous n’avons pas mesuré quelle devait être notre place, parce que nous sommes peut-être trop remplis d’orgueil.
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à servir avec générosité.

9- Je te salue Marie, modèle de pureté. Aujourd’hui 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception... Ce n’est peut-être pas un hasard si dans cette église il y a le vitrail de Notre-Dame de Lourdes juste au-dessus de la statue de Notre-Dame de la Prière. Et j’y vois un signe : à Lourdes, Marie a dit à Bernadette : " Je suis l’Immaculée Conception ". Ici, à l’Ile-Bouchard, c’est le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, que Marie a demandé que l’on prie pour les pécheurs. Le même message : à Lourdes, c’est de la grotte que Marie a dit à Bernadette : " Allez dire aux prêtres de bâtir une chapelle ". Ici, c’est dans l’église que Marie veut être honorée. Oui, Marie, conçue sans péché, Marie qui prie pour les pécheurs, Marie qui nous demande de prier pour les pécheurs...

Et nous ? Que faisons-nous de tout cela ? Est-ce que parfois nous ne nous enfonçons pas dans nos péchés en nous disant : " Dieu est bon, il pardonnera tout ". Marie nous dit : " Ce n’est pas comme cela que le Seigneur veut que nous agissions ". Rappelons-nous : combien de fois Marie, dans les apparitions diverses, dit : " Je ne peux plus retenir le bras de mon Fils qui n’en peut plus de tous vos péchés. Revenez vers lui ! Changez votre cœur ! Il est tendre et miséricordieux, il saura vous accorder la grâce du pardon ".
Sainte Marie, Mère de Dieu, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.

Et la dixième vertu évangélique de Marie.
10- Je te salue, Marie, modèle d’obéissance. J’ai gardé celle-là pour la fin. L’obéissance est difficile. On dit toujours que pour savoir commander, il faut savoir obéir. Marie nous donne ce modèle d’une obéissance non pas servile, mais d’une obéissance où elle se donne tout entière à son Dieu. Marie fera tout ce qui lui sera demandé, partira à Bethléem, elle partira en exil en Egypte, elle reviendra à Nazareth. Elle sera présente discrètement à la vie de son Fils. Elle sera encore là au pied de la Croix. Elle aurait pu dire : " Non, trop, c’est trop ! " Elle obéit. Elle nous dit d’ailleurs : " Faites tout ce que mon Fils vous dira. "

Et nous... Nous aimons bien commander. On pense que c’est plus facile de donner des ordres, afin que l’on soit obéi, que l’on soit servi. Regardons Marie. Soyons nous aussi des modèles d’obéissance. Pour cela, il nous faut avoir un cœur simple, un cœur dépouillé, ne pas rechercher les honneurs, ni les félicitations. Etre simplement nous-mêmes, savoir accepter aussi d’être tels que nous sommes, en ayant toujours la volonté de progresser. Savoir rendre grâce à Dieu pour tout ce qu’il nous donne. Si nous savions remercier Dieu pour tout le bien qu’il nous donne chaque jour, il ne nous resterait pas une seconde pour nous plaindre. Mais c’est souvent l’inverse que nous faisons.

Oui, obéissance. L’obéissance, c’est la voie de la sainteté à laquelle Marie nous appelle. Marie, modèle d’obéissance.
Sainte Marie, Mère de Dieu, apprends-nous à faire toujours la volonté de ton divin Fils.

Voilà, dix vertus évangéliques. On pourrait en trouver bien d’autres. Avec cette petite prière, je vous invite, tous les jours de votre vie, et spécialement pendant cette année jubilaire, à redire souvent cette prière, et à prendre le temps de la méditer, pour que Marie, écoutant nos prières, nous conduise jusqu’à son Fils. Amen.