Quand les AFC, la Communauté de l’Emmanuel m’a sollicité pour présider cette eucharistie pour les familles, pour fêter le Christ ressuscité, mais pour les familles.
Je me suis posé beaucoup, beaucoup de questions. Qu’est ce que je pourrais dire d’un tant soit peu intéressant sur un sujet comme la famille, c’est difficile, affirmer que la famille est fondamentale, que la famille aujourd’hui est menacée, je crois que nous en sommes tous convaincus. Donc ce n’est pas forcément vers là que je souhaitais aller, car autant dire des choses qui nous fassent un peu réfléchir, qui nous aident à méditer.
Ca c’est la première difficulté que j’ai pressentie, mais il y en a une deuxième, c’est souvent quand on parle de la famille, j’ai souvent entendu des homélies sur la famille, mais j’avais souvent l’impression qu’on en parlait de manière surélevée, on nous donnait un portrait d’une famille extraordinaire, d’une famille idéale où tout va bien. Et de fait on rêve tous de cette famille, mais peut être que nous autres, dans nos vies nous n’avons pas cette famille, nous tendons vers elle, mais ce que nous vivons au jour le jour n’est pas peut être pas aussi merveilleux que nous le souhaiterions. Alors il y a toujours ce risque d’être un petit peu déconnecté de la réalité que nous vivons.
Et c’est dommage, parce que l’écriture précisément, la Parole de Die, elle a cette capacité de nous monter que Dieu est capable de rejoindre toutes les situations.
Il y a un de nos frères dominicains qui m’a beaucoup marqué, le Père Philippe LEFEBVRE qui est un bibliste et il aime raconter cette petite anecdote. Il avait aussi été invité dans un grand rassemblement comme celui-là pour parler de la famille et pour parler en particulier de la grandeur de la fraternité. Evidemment il en était convaincu, la fraternité c’est extraordinaire, alors il a dit : Je vais vous en parler, mais je vais regarder avec vous comment la Bible en parle, et comment, en particulier le livre de la Genèse parle de la famille. Alors évidemment les organisateurs, chouette c’est une très bonne idée parlons comme cela avec la bible cela va être extraordinaire. Et donc voilà c’est ce qu’il a fait, et c’est vrai que quand on commence à lire le livre de la Genèse, quand on veut parler de fraternité, il y a quelque chose d’assez étonnant qu’on découvre quel est les premiers frères que l’on découvre, c’est Caïn et Abel.
Ca ne se passe pas très bien, ça ne se passe pas très bien alors, on poursuit, on se dit qu’avec l’histoire d’après cela va être un peu mieux, mais c’est quoi, c’est Joseph qui est vendu par ses frères. Eh bien, de nouveau, ce n’est pas extraordinaire, ce n’est pas extraordinaire. Alors on poursuit encore, et alors on voit quoi, on voit toute l’opposition qui existe entre Isaac et Ismaël, pas non plus formidable. On continue on se dit que, enfin, on va peut être trouver quelque chose qui est un peu plus à l’image que nous nous faisons et là, c’est quoi, le prochain couple de frères, c’est Esaü et Jacob et là encore on connait l’hostilité qui existe entre les deux.
Alors voilà ce qu’avait fait le Père Philippe Lefebvre, ce qui fait qu’il n’a plus jamais été invité à faire d’homélie. J’espère que ce ne sera peut être aussi mon cas, mais en tout cas son propos n’était absolument pas de dénoncer la famille, au contraire il était intimement persuadé que la famille était fondamentale, et j’en suis vraiment persuadé et je me rends compte souvent quand j’ai la chance d’être invité dans les familles, mais son propos était de rappeler que le Seigneur est capable de rejoindre toute les situations familiales, les plus belles , les plus magnifiques incarnées par la sainte famille, oui le Seigneur est là, mais il est aussi capable de rejoindre les situations un peu plus compliquées pour permettre cette réconciliation.
Lisez les dernières pages du cycle de Joseph, cette réconciliation de Joseph avec ses frères, voilà une page extraordinaire. Quand Dieu est à l’œuvre, Dieu est capable d’aider à cette réconciliation. De la même manière, il y a des pages extraordinaires de la rencontre de Jacob et son frère. Les deux frères ennemis qui se retrouvent et se réconcilient
Quand Dieu est à l’œuvre, la famille peut se ressouder quelque soit l’état que nous vivons, Dieu peut être à l’œuvre pour nous rejoindre. Voilà la première chose que j’avais envie de nous dire et de nous répéter c’est que quelque soit la situation que nous vivons, le Seigneur a quelque chose à nous dire, le Seigneur peut rejoindre nos familles. Voilà, c’est fondamental.
Alors maintenant que nous sommes assurés que Dieu est à nos côtés, nous pouvons peut être essayer d’aller un peu plus loin et d’élargir un petit peu notre regard. Ce que je voudrais essayer de méditer avec vous, c’est de vous montrer, comme je vous l’ai dit en introduction, que nous appartenons tous à une même famille, la famille des enfants de Dieu. Je vais vous faire une petite confidence, j’aime beaucoup célébrer les baptêmes. Souvent, quand je célèbre les baptêmes, c’est un peu comme aujourd’hui, il y a beaucoup, beaucoup d’enfants et c’est toujours réjouissant de voir cette jeunesse qui est bien là, qui prie, qui est présente, surtout cette curiosité qu’ont les plus jeunes. Mais un enfant, il est attiré vers Dieu, il est attiré vers le Christ. C’est toujours quelque chose d’extraordinaire. J’aime beaucoup célébrer les baptêmes, parce que quand je célèbre un baptême, j’aime à dire j’aime à répéter que cet enfant que je baptise, il va devenir par le baptême, par le Christ, il va devenir mon frère en Jésus Christ, voilà quelque chose d’extraordinaire.
J’ai regardé hier soir sur internet pour voir le nombre de baptêmes qui sont célébrés chaque année en France et c’est entre 350 000 et 400 000 baptêmes qui sont célébrés chaque année en France. Donc chaque année, rien que pour les français vous avez 400 000 nouveaux frères et sœurs qui vous naissent. Alors généralement, quand il y a une naissance dans une famille, c’est un moment de joie extraordinaire. Alors moi, ce que je vous invite aussi c’est de vous réjouir aussi de la naissance de ces enfants de Dieu, de ces frères en Jésus Christ qui vous naissent chaque année de manière tout à fait régulière. Voilà quelque chose d’extraordinaire et que nous avons peut être aujourd’hui un peu de peine à prendre conscience, un peu de peine à réaliser parce que c’est quelque chose qui se passe tellement souvent, qu’on n’y fait plus attention. Chaque année, vous avez des nouveaux frères, votre famille s’agrandit, s’agrandit, s’agrandit.
Autre petit témoignage. J’ai aussi eu la chance de vivre deux années en Côte d’Ivoire et il y a toujours quelque chose que j’ai adoré quand j’étais en Côte d’Ivoire, c’est d’aller en brousse, au milieu de nulle part - je n’étais pas religieux à l’époque, je n’étais que coopérant - et de participer à des eucharisties, et là souvent, au milieu de nulle part avec des africains, des ivoiriens qui ne parlaient pas forcément français, j’avais toujours le sentiment d’être chez moi. Déjà j’étais accueilli comme un frère, j’étais accueilli comme un frère et puis par la liturgie j’étais dans un milieu familier, les prières, le Notre Père c’était en latin, parce qu’en Côte d’Ivoire tout se fait en latin. Mais j’étais chez moi, j’étais en famille, j’étais en famille. J’étais véritablement accueilli comme un membre, comme un frère de ces personnes que je n’avais jamais vues, pourtant la culture était totalement différente, mais j’étais véritablement un frère, un frère par mon baptême.
Alors la question que j’ai envie de nous poser, c’est : « Est ce que nos communautés sont capables de vivre cette fraternité, d’accueillir ces nouveaux frères qui nous viennent chaque année ? » Eh bien je ne sais pas, je ne suis pas toujours certain. J’ai aussi souvent l’occasion de rencontrer des catéchumènes qui ont été baptisés et souvent, ces catéchumènes m’expliquent que pendant toute la préparation, ils ont été véritablement chouchoutés, ils ont été accompagné, on les a aidés, puis il y a le baptême et là, qu’est ce qu’on fait, on les lâche dans la communauté et c’est souvent pour eux un peu la douche froide, c’est difficile parce que nos communautés, et nous aussi les prêtres nous avons souvent du mal à accueillir ces nouveaux venus qui n’ont pas souvent la même expression de foi que la nôtre. Nous avons du mal.
A la cathédrale, il y a quelque chose que j’ai noté, cela fait trois dimanche de suite que je vois un jeune, enfin, c’est trois jeunes différents qui viennent me voir en me disant et bien voilà « Mon Père, je suis en train de me poser beaucoup de question parce que j’ai eu l’occasion de me rendre dans des église évangéliques, l’assemblée de Dieu, des églises baptistes, des églises pentecôtistes et je crois que je m’y sens mieux, je m’y sens mieux. »
Et moi, quand j’entends ça, je souffre, je souffre, je me dis, mais comment se fait-il que dans mon homélie, dans ma manière de célébrer l’eucharistie, dans nos communautés, pourquoi ces jeunes ne se trouvent pas accueillis, parce qu’ils font partie de notre famille, mais pourquoi, n‘y trouvent-ils pas leur place. Moi, je dois dire que c’est une grande question pour moi. Comment faire pour que dans notre famille, nous puissions véritablement accueillir ces jeunes, ces moins jeunes pour qu’ils se sentent chez eux. Voilà c’est cette question que je me pose et que je vous pose, parce que voilà vous êtes une communauté, vous venez de différentes églises, eh bien voilà cette importance qui est la vôtre d’accueillir ces nouveaux frères en Jésus Christ. Quand bien même, ils ont une forme de foi, une expression de la foi qui n’est pas comme la nôtre, ce n’est pas grave, au contraire.
Catherine de Sienne faisait cette belle remarque, elle faisait parler le Christ et faisait dire au Christ ou Dieu le Père : « Eh bien voilà, j’aurais pu créer une humanité où tous les hommes soient auto-suffisant, mais ce n’est pas ce que j’ai voulu faire. J’ai donné, mes talents, mes dons à la communauté, aux différents membres, pour que nous soyons tous dépendants les uns des autres. »
Voilà, donc cette diversité qui existe dans nos communautés, c’est une richesse, c’est une richesse. Donc, faisons en sorte véritablement d’accueillir, d’accueillir cette différence parce qu’elle est fondamentale, parce qu’elle est richissime, parce qu’elle va nous aider. Mais cette difficulté qui est la nôtre, finalement elle est assez ancienne, c’est ce que nous avons entendu dans la première lecture.
Rappelez-vous cette première lecture tirée des actes des Apôtres c’est ça. C’est qu’au départ, la communauté chrétienne, ce sont d’abord des juifs, qui ont entendu le message du Christ, qui se sont sentis rejoints par cette parole extraordinaire de Jésus et donc, ils l’ont suivi. Et comme le Christ est un homme extraordinaire, eh bien il y a des païens qui ont aussi entendu cette parole et qui ont été saisis au cœur et donc ils ont demandé le baptême et ils ont rejoint la communauté. Et là la communauté des anciens a dit maintenant, nous, il y a des règles, il y a des règles et il faut absolument que ces nouveaux venus obéissent à ces règles, c’est à eux de s’adapter à nous. Et pas à nous de s’adapter à eux. Et donc là, il y a le concile de Jérusalem et l’Eglise a cet effet extraordinaire d’accueillir. C’est le choix de Pierre et de Paul : Venez, venez avec nous, venez véritablement féconder notre foi et cette ouverture du Judaïsme à l’Hellénisme, au monde de la culture grecque a donné ce que nous célébrons aujourd’hui un mélange extraordinaire.
Donc, véritablement, notre Eglise aujourd’hui a besoin de cette diversité, a besoin de ce visage multiple. Comme il y a beaucoup ici de congrégations, il y a des frères de Saint jean, il y a des prêtres diocésains, il y a des prêtres de la communauté de l’Emmanuel. Je suis sûr qu’il y a peut être d’autres communautés religieuses. L’Eglise a besoin de cette diversité, l’Eglise a besoin de cette diversité, de cette richesse, des familles aussi variée, aussi nombreuses. Alors comment vivre, comment vivre - je m’approche bientôt de la conclusion, ne vous inquiétez pas, généralement quand je dis à la cathédrale que je vais conclure, je vois tout de suite les sourires qui fleurissent dans l’assemblée - alors je vois que c’est le cas.
Alors, pour conclure, comment avancer, eh bien je crois que c’est l’Evangile qui nous donne quelques clés.
Dans tout le chapitre 14 de St Jean, ça suit juste le lavement des pieds, il y a un mot qui revient sans arrêt, il y a un commandement qui revient sans arrêt, c’est le commandement de l’amour. Vous serez fidèles à mes commandements, si vous m’aimez et si vous aimez vos frères. Et il a aussi quelque chose qui est intéressant chez St Jean, quand Jean présente le commandement de l’amour, il présente un Christ qui disperse les foules et qui réunit seulement ses disciples proches et c’est précisément à ses disciples proches, à ceux qui se connaissent qu’Il adresse ce commandement de l’Amour : « Aimez-vous les uns les autres ».
Cela veut dire, aimez-vous dans vos communautés, entre vous, parce que aimer le prochain qui est très loin, c’est très facile parce que précisément il est loin. Moi mon frère, qui se trouve au Burkina Faso, qui se trouve je ne sais pas où, je l’aime beaucoup parce qu’il me fiche une paix royale, mais mon frère qui est à côté de moi, qui appartient à ma communauté, mais qui a une expression de la foi un peu différente de la mienne, eh bien c’est celui là que le Seigneur me demande d’aimer en priorité. Voilà, aimer ce frère qui est à côté, aimer ce frère qui est différent.