Homélie de
la messe de l’Assomption
Père
Marie-Dominique DAVID
Le 15 août
2009, à L’Ile-Bouchard.
Chers frères et sœurs,
La joie de
fêter notre maman dans la Gloire
Quelle joie, quel bonheur, de nous trouver ici avec notre mère, que nous voulons vénérer, que nous voulons honorer ! Quelle belle et grande réunion de famille, auprès de notre maman !
Et voilà
que résonnent encore à nos oreilles et à nos cœurs, ces paroles du psaume que
nous avons médité il y a quelques instants.
« Fille de Roi, Elle est là dans sa gloire vêtue d’étoffe d’or. On la
conduit toute parée vers le Roi ».
En elle, Dieu fait chair fait sa première visite à une famille humaine.
En cette fête de l’Assomption, la liturgie applique ces versets du psaume 44 à la Sainte Vierge Marie. Marie est bien fille de Roi, et elle est là aujourd’hui dans sa gloire. Enfin, Marie sait bien que la gloire dont elle est enveloppée et qui rayonne à nos yeux aujourd’hui, n’est pas sa propre gloire, c’est la gloire de Dieu, c’est la gloire de son Fils, le premier ressuscité d’entre les morts. Oui fille de Roi, elle est là dans cette gloire qui lui vient de Dieu, vêtue d’étoffe d’or, on la conduit toute parée vers le Roi.
Il y a quelques instants, l’évangile de saint Luc nous montrait Marie portant Jésus en son sein, comme une nouvelle Arche d’Alliance, elle introduit « Dieu fait chair» dans la maison de Zacharie et d’Elisabeth, signe merveilleux d’un Dieu d’amour qui se fait proche des hommes, puisqu’Il vient visiter déjà Zacharie, Elisabeth, Jean Baptiste à la maison. C’est la première visite du « Verbe fait chair « à domicile », dans la maison d’une famille. C’est la première visite de Dieu fait homme, encore dans le sein de Marie. C’est sa première visite à un couple de croyants, sa première visite à une famille.
Aujourd’hui,
c’est Jésus qui accueille sa mère.
Et voilà que ce mystère de la Visitation est comme renversée en ce jour. Il y a comme quelque chose qui se retourne puisqu’aujourd’hui ce n’est plus Marie qui porte Jésus, qui lui offre sa demeure terrestre et qui fait entrer Dieu en notre Monde. C’est Jésus qui, aujourd’hui, accueille sa mère, lui offre sa demeure céleste, et la fait entrer dans la gloire du ciel. Il me semble que le Seigneur Jésus est particulièrement heureux, bienheureux, d’accueillir ainsi sa mère. C’est le tour de Jésus de tout donner à Marie, de lui ouvrir la porte du ciel. Tu m’as donné ta Foi, je te donne ma gloire. Tu m’as offert ton cœur, ton âme, ton corps. Je t’offre ma royauté.
Glorifiée
toute entière, Marie est un signe d’Espérance.
Oui le Seigneur Jésus ressuscité associe Marie toute entière dans son âme et dans son corps à la gloire de sa résurrection. Et Jésus est heureux d’accueillir ainsi Marie, de la porter, comme nous le voyons sur les icônes orientales de la dormition. Marie allongée sur ce lit royal et Jésus portant déjà en ces bras, une petite Marie en miniature, signe de ce que nous sommes appelés à devenir tous, à la suite de Marie, entre les mains de Dieu, ses enfants biens aimés et Jésus est heureux aussi de faire de Marie, d’établir Marie en son Assomption, comme un signe d’Espérance pour nous tous. Si l’Eglise, depuis tant de siècle, aime contempler Marie dans ce mystère de l’Assomption, même si le dogme de l’Assomption n’a été reconnu officiellement qu’en 1950, il ne vient que couronner des siècles et des siècles de foi en ce mystère. Si le Seigneur nous fait entrer dans ce mystère, c’est parce que lui-même constitue Marie comme un signe d’Espérance, ce n’est pas un hasard si l’Eglise aujourd’hui et depuis toujours aime parler d’Espérance, c’est parce que Dieu le veut, c’est parce que Dieu a établi Marie en ce jour comme un signe d’Espérance jusqu’à l’accomplissement de son Royaume.
Marie a vécu
pleinement l’Espérance.
Oui Marie est un signe d’Espérance, chers frères et sœurs, un signe de la grande Espérance dont nous avons tant besoin, nous tous, dont l’Eglise a tant besoin, dont le monde a besoin. C’est cette Espérance que Marie a accueilli en germe au jour de l’Annonciation, c’est cette Espérance qu’elle a vu apparaitre et se développer au rythme des étapes qui ont marqué la vie de son enfant bien aimé. C’est cette Espérance qui, au pied de la croix, a tenu Marie debout, attendant la lumière au cœur des ténèbres. Et à ce moment là c’est comme si toute l’Espérance du monde était comme concentrée en un point de l’Univers : le cœur de Marie. Et c’est cette Espérance qu’elle a partagée aux disciples de son Fils, devenus, au pied de la croix, ses propres enfants dans la prière persévérante et dans l’attente de l’Esprit Saint.
Et c’est cette grande Espérance enfin, qui aujourd’hui se manifeste à nos yeux, c’est comme une grande lumière, qui aujourd’hui nous vient du ciel. Et le soleil qui brille et qui chauffe un peu en est le signe. Cette grande lumière qui nous vient du ciel, qui vient réchauffer nos cœurs, qui vient éclairer notre route. Cette grande lumière nous vient aujourd’hui de Marie, de cette fille de Roi, resplendissante de gloire, vêtue d’étoffe d’or ou comme nous dit l’Apocalypse « cette Femme qui a le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles ».
Il faut voir le sourire, le regard brillant et la joie des enfants quand ils entendent ce passage de l’Apocalypse pour la première fois. Quand on leur parle de cette femme, revêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds et cette couronne de douze étoiles ! Tous les enfants qui découvrent ça font Waaaaaah…. Eh bien il faut redevenir comme des enfants pour découvrir et nous émerveiller de la beauté de Marie, de la lumière de Marie, de la gloire de Marie.
Contempler la
beauté de Marie nous fait du bien.
Vous savez, je crois, dans la foi, on est parfois un petit peu, comment dire, on n’a pas toujours un bon discernement, et on croit que dans la foi, dans le chemin de la vie chrétienne, plus c’est dur, plus c’est rude, plus on en bave mieux c’est. Eh bien, il ne fait pas hésiter à se faire du bien. Et contempler la beauté de Marie, accueillir la lumière que Dieu veut nous donner en Marie, nous laisser consoler par la gloire de Marie, ça nous fait du bien. Et aujourd’hui, nous accueillons avec reconnaissance le bien que Dieu veut nous faire, le bien que Dieu veut accomplir en nous par les mains de Marie. La très sainte Mère de Dieu, signe lumineux, signe glorieux, signe d’Espérance.
Nous avons à réapprendre avec Marie l’Espérance.
Et peut être avons-nous, avec Marie aujourd’hui à réapprendre, comme des enfants, pas à pas, l’Espérance. L’Espérance pour nous maintenant. Vous savez comment cette deuxième encyclique de notre Saint Père Benoit XVI a développé le thème de l’Espérance. Il insiste sur le fait que ce n’est pas n’importe quel petit espoir. Cela ira mieux demain, après la pluie le beau temps. C’est la grande Espérance qui, seule peut combler le cœur de l’homme.
Cette Espérance, elle est pour les familles.
Alors cette Espérance, pour qui est-elle ? Elle est pour nos familles sûrement. Et aujourd’hui en ce rassemblement, Marie est heureuse de voir toutes ces familles rassemblées à ses pieds. Marie est un signe d’Espérance, un signe de lumière pour nos familles. Et nous le savons en ce lieu où résonne encore et toujours cette phrase : « Je mettrai du bonheur dans les familles. » Une toute petite phrase, toute petite.
En réfléchissant il y a quelques jours, je me disais, c’est vrai c’est une phrase au futur. Mais enfin, c’est le futur de 1947, par rapport à 1847, donc déjà on est dedans et puis si elle est au futur, cette à dire que cette phrase nous encourage à attendre ce bonheur, elle n’est pas au conditionnel ! Ce n’est pas je mettrais, mais je mettrai ! (Pour ceux qui connaissent la différence) C’est du futur, pas du conditionnel.
Cette après-midi, nous pourrons ensemble être aidés à avancer sur ce chemin d’Espérance pour nos familles à travers l’exemple des bienheureux époux Martin, Louis et Zélie. Qu’est ce qui leur a permis d’avancer humblement dans la vie quotidienne au milieu de questions, de doutes, de difficultés et même parfois d’épreuves si ce n’est que, soutenu par la prière de Marie, .comme le dit la prière d’ouverture de cette messe, « attentifs aux choses d’en haut », c’est ce qu’ils voulaient pour leurs enfant, c’est ce qu’ils voulaient pour eux, le Ciel. Pas moins. Qu’est ce qui leur a permis d’attendre avec persévérance le don du ciel, alors qu’ils étaient encore sur la terre, je vous le rappelle c’est l’Espérance.
Et Marie veut nous faire ce don pour chacune de nos familles, quelques soit la situation où nous nous trouvons maintenant qui n’est peut être pas et sans doute pas la situation idéale. Non ? Eh bien à partir de ce que nous sommes, de ce que nous vivons, Marie nous prend la main, elle porte nos familles les jours où peut être nous avons du mal nous même à avancer et elle nous conduit.
… Pour notre
pays.
Cette Espérance, elle est aussi pour notre pays. Nous savons en ce lieu où Marie nous invite à prendre soin spirituellement de ce pays où nous sommes. Vous savez que Marie, dans la gloire de son Assomption, est la patronne de notre pays. Vous savez que notre pays a une patronne ? Un président, ça c’est vrai, mais il a aussi une patronne, un petit peu au dessus….largement ….il vaut mieux… Eh bien voilà nous avons quelqu’un à qui notre pays, la France a été confié, a été consacré, ne l’oublions pas. Et aujourd’hui, c’est le moment aussi de prier et de demander pour notre pays, mais aussi pour le monde, parce que la royauté de Marie, comme la royauté de Jésus s’applique au monde, de demander l’Espérance, qui est sans doute ce dont nos frères en humanité manquent le plus cruellement. Cette Espérance elle est aussi pour l’Eglise. Comme le rappelle le concile Vatican II,
« Si la Mère de
Jésus, déjà glorifiée au Ciel, en son corps et en son âme, est l’image et le
commencement de ce que sera l’Eglise en sa forme achevée dans le siècle à
venir, eh bien, sur la terre, jusqu’à l’avènement du Seigneur, Marie brille, et
elle brillera devant le peuple de Dieu en marche comme un signe d’Espérance
certaine et de consolation. »
Marie, signe lumineux ; nous avons à la suivre.
Je me souviens d’un enfant au KT qui en entendant parler des Hébreux dans le désert qui suivaient la nuée lumineuse était un petit peu jaloux. C’est quand même une expérience extraordinaire que de marcher derrière une nuée lumineuse dans le désert, non ? Cela ne vous dit rien,… bon ! En tout cas cela lui donnait envie. Mais ce mystère nous est donné. Cette grande colonne de lumière et de gloire que nous sommes invités à suivre pas à pas, c’est Marie. C’est le concile Vatican II qui nous le dit :
« Marie brille devant le peuple de Dieu en marche comme un signe d’Espérance certaine et de consolation ».
Alors, nous allons suivre Marie, nous allons marcher dans le sillage de Marie, nous allons garder les yeux fixés sur Marie. Car elle est un signe d’Espérance certaine et de consolation.
Qui parmi nous, frères et sœurs, désire tenir dans l’Espérance, voir son Espérance affermie, renforcée.
Qui parmi nous veut être consolé ? Et bien qu’il suive Marie, qu’il fixe l’Etoile de la mer, qu’il laisse Marie le conduire.
En levant les yeux vers Marie, l’Eglise toute entière peut déjà contempler Sa victoire sur les puissances du mal, Sa participation à la victoire pascale de Jésus, le premier ressuscité. Et avec Marie, nous pouvons chanter le Magnificat. Avec Marie, l’Eglise peut déjà chanter, dans l’Espérance, l’avènement du monde nouveau.
… pour les prêtres.
L’Espérance est aussi, je ne peux pas m’empêcher d’en parler, vous me comprendrez, elle est aussi pour les prêtres. Vous savez que c’est une année sacerdotale. Et par grâce de Dieu et inconscience des frères qui m’ont demandé ce service, je m’occupe maintenant des prêtres de la communauté de l’Emmanuel et aussi de ceux qui se préparent, des séminaristes, puis de ceux qui y pensent, qui discernent et puis de ceux qui n’y pensent pas encore et puis tout à coup vont se mettre à y penser. Eh bien ça aussi c’est l’Espérance. Si nous prions pour les vocations, sans demander la grâce de l’Espérance, ça sera déjà pas mal, mais est ce qu’on va tenir dans cette prière pour les vocations. Nos frères prêtres, mis à part et configurés au Christ, Prêtre, Tête, Pasteur et Epoux sont à ce titre ministres d’Espérance. Et vous êtes l’Espérance de vos prêtres dans la mesure où vous acceptez avec eux de vous laisser conduire, que vous accepter ce chemin de sainteté ; et puis si vous l’avez accepté il y a quelques années, de le reprendre, de le ré-accueillir. Alors nous sommes dans l’Espérance et nous demandons l’Espérance pour ceux que Jésus envoie à la recherche des brebis perdues, pour ceux que Jésus envoie donner la vie de Dieu, pour ceux que Jésus envoie comme témoin de sa miséricorde.
Aimez Marie !
L’Espérance de l’Assomption elle est enfin pour chacun de nous personnellement. Saint Claude de la Colombière nous invite souvent à avancer sur un chemin de confiance. Et lorsqu’ il nous parle de Marie, il nous dit : « Aimez-la donc !, aimez-la donc, aimez-la, la toute aimable Mère de notre Dieu, aimez-la tendrement et aimez-la constamment, aimez-la tendrement et aimez-la constamment. Ayez recours à elle en tous vos besoins et surtout en toutes vos nécessités spirituelles ».
Je ne sais pas si vous avez des nécessités spirituelles en ce moment ? Est ce que vous avez encore des besoins spirituels qui vous permettent de demander à Marie d’intercéder pour que vos besoins les plus profonds, pour que vos nécessités les plus essentielles soient prises en charge. « Recommandez-lui vos enfants - nous dit St Claude - toutes les personnes qui vous sont chères. Honorez-La devant les hommes et parlez d’Elle avec respect et avec zèle ».
Elle affermira votre Espérance.
C’est ainsi que Marie affermira en nous cette Espérance dont nous avons tant besoin. Confions-nous à elle. Demandons-lui le réconfort si nous en avons besoin, demandons-lui la grâce de nous relever si nous avons chuté, demandons-lui la grâce d’être soulagé si nous sommes éprouvés. Oui ouvrez-vous, ouvrez-vous portes éternelles en ce jour où l’Arche sainte fait son entrée dans le temple, dans le Saint des Saint. Voici qu’entre dans la splendeur du ciel Celle qui a porté en elle la gloire d’Israël son peuple et le Lumière des nations. Voici qu’entre dans la grande salle du festin des noces Celle qui a porté l’Espérance du monde. Voici qu’est glorifiée Celle qui soutient et fortifie notre Espérance. Nous te saluons O Reine, mère de miséricorde, notre vie, notre douceur, notre Espérance. Nous te prions, soutiens notre Espérance et intercède pour nous. Amen