25ème Pèlerinage des Familles - Dimanche 17 Mai 2009 -
Messe dans le parc de la Maison de CHEZELLES

présidée par le Père Luc CREPY, Supérieur du Séminaire interdiocésain d’Orléans

6e Dimanche de Pâques (B) : Actes 10,25-26,34-35,44-48 ; Psaume 97 ; 1 Jean 4,7-10 ; Jean 15,9-17

 

 

Il est bon, frères et sœurs, d’entendre la Parole de Dieu aujourd’hui nous rappeler que la vie chrétienne, comme la mission de l’Eglise, ne sont pas d’abord notre propre affaire, mais naissent, proviennent, sont suscitées, par l’initiative de Dieu. C’est toujours Dieu qui prend, le premier, l’initiative. C’est Dieu qui se révèle le premier. C’est Dieu qui, le premier, vient à la rencontre de tout homme. C’est aussi Dieu qui vient nous révéler notre vocation. C’est Dieu qui, sans cesse, vient dans notre monde. Dans nos familles, il est, je crois, bon de se rappeler et d’accueillir cette venue de Dieu : Dieu aujourd’hui vient dans nos vies et dans nos familles. Cette initiative de Dieu ne veut pas dire que nous n’ayons rien à faire ! Au contraire il s’agit d’accueillir cette initiative : c’est cela qui remplit notre vie chrétienne et la mission de l’Eglise.

Regardons les textes d’aujourd’hui. La première lecture : les Actes des Apôtres. On appelle ce livre « les Actes des Apôtres »… mais si vous lisez bien les Actes des Apôtres, vous verrez que le premier acteur de ce livre biblique est, avant tout, l’Esprit Saint. Nous voyons la stupéfaction de Pierre et de ses compagnons. Ces païens, ce centurion romain et les siens, reçoivent l’Esprit Saint sans avoir été baptisés. Et Pierre, comme ses compagnons, est profondément surpris. Les païens sont-ils donc appelés à reconnaître le Christ, à vivre de l’Esprit de Jésus, à se tourner vers le Père ? « Pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? », dit Pierre. L’Esprit Saint sans cesse nous précède. Je pense que dans les tâches de notre vie chrétienne, les tâches de parents et d’éducateurs dans la foi, l’Esprit Saint, hier comme aujourd’hui, est à l’œuvre et nous précède. A nous d’être capables de voir son action.

Dans la première lettre de Jean, les choses sont encore plus précises : il nous est dit : « l’amour vient de Dieu », « Dieu nous a aimés le premier ». On ne peut pas être plus clair ! Peut-être que par là, il nous est rappelé que la vocation première de tout homme, de toute femme, est d’aimer. Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous sommes tous des êtres, dont la vocation profonde, enracinée dans notre baptême - quel que soit notre état de vie : célibataire, marié, consacré - est cette vocation à l’amour. Et l’amour ne vient pas d’abord de nous, il nous est donné d’aimer. Ceci est très important. C’est là la grande initiative de Dieu. Il est parfois difficile d’aimer : l’amour au sein d’une famille n’est pas toujours chose facile, l’amour au sein d’un couple n’est pas toujours chose facile, l’amour au sein d’une société est parfois aussi difficile. Et bien, au cœur de notre foi, il y a cette conviction, cette certitude que l’amour nous est donné par Dieu, c’est-à-dire que la force d’aimer, nous avons peut-être à la chercher non pas d’abord en nous, mais en Dieu. Dieu est à l’initiative de tout amour.

            Enfin, dans l’Evangile, Jésus, Lui-même, Lui le Fils de Dieu, affirme clairement qu’apprendre à aimer, qu’aimer se reçoit d’un autre : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés ». Comme le Père m’a aimé : ça ne part pas de lui ; comme le Père m’a aimé, c’est l’expérience d’amour du Père qui donne au Fils cette force d’aimer et d’aimer tous les hommes jusqu’au don de sa vie. De même, Jésus dit à ses disciples et à nous aujourd’hui : « Aimez-vous comme je vous ai aimés ». De nouveau, cela ne part pas de nous, mais cela part du Christ. Apprendre à aimer comme le Christ aime. L’initiative en Christ est l’initiative ultime de Dieu - définitive - pour manifester cet amour pour tout homme et pour tous les hommes. Il s’agit bien d’aimer comme le Christ. Toute la spécificité de la vie chrétienne est dans ce ‘comme’ ! Comme le Christ. Tout homme, toute femme peut aimer, c’est la vocation de tout être humain. Mais pour nous, dans la foi, nous avons cette chance, cette joie, de savoir que la route pour apprendre à aimer, qui se trace tout au long de notre existence humaine, elle se fait à la suite du Christ. C’est son commandement ultime : « Aimez-vous comme je vous ai aimés, moi qui suis aimé par le Père ».

            Vous voyez, frères et sœurs, Dieu prend bien l’initiative, jusqu’au Christ, de nous montrer ce qu’est aimer et de nous apprendre les uns et les autres à aimer. Alors la famille chrétienne, cette première cellule de l’Eglise, comme Jean-Paul II le rappelait souvent, est peut-être le premier lieu où parents et enfants sont appelés à vivre de cette initiative de Dieu... Où découvrir cette vocation profonde que nous sommes des être faits pour aimer, si ce n’est d’abord la famille ? Je ne dis pas que c’est simple. Je ne dis pas que c’est facile. Il demeure que la famille reste le premier lieu où nous pouvons apprendre de nos parents, de nos frères et sœurs, de tous nos proches, ce qu’est aimer. L’amour ne vient pas d’abord de nous-même, mais l’amour nous l’apprenons des autres, comme nous l’apprenons de Dieu. Cette vocation à l’amour, la famille nous permet de la découvrir, de comprendre que nous sommes appelés à aimer et à être aimés. Lucidement. Au quotidien.

L’initiative de Dieu, vous voyez, passe par les autres : les enfants peut-être, qui découvrent ce qu’est aimer à travers leurs parents et le couple qu’ils forment, à travers les grands-parents, à travers tous ceux qui constituent la famille. Les parents aussi qui découvrent l’initiative de Dieu : souvent les enfants ne sont pas tout à fait comme les parents le souhaitent… souvent Dieu a des projets pour les enfants, pas tout à fait comme les parents l’envisagent. Parfois Dieu appelle tel enfant, tel garçon, telle fille, vers une voie qui n’a pas été prévue. Il y a des initiatives de Dieu qui surprennent les parents. Moi qui suis actuellement supérieur du séminaire d’Orléans, je rencontre de temps en temps des parents qui me disent : « On a bien été surpris quand il nous a annoncé sa décision d’entrer au séminaire ! On le voyait faire tout à fait autre chose ». D’autres parents qui d’ailleurs, parfois, ont eu un peu de mal devant le choix de leur fils, en disent : « Quand même, le Seigneur a des visées sur notre fils que nous n’avions pas envisagées ». L’initiative de Dieu retentit ainsi au cœur de la famille : vocation de prêtre, vocation de religieux ou religieuse. De même, le Seigneur, quelquefois, invite les enfants à tracer des chemins nouveaux, surprenants… et pourtant qui ont un sens au regard de Dieu. Oui, la famille est souvent ce lieu où les initiatives de Dieu nous surprennent, où nous sommes appelés à accueillir ces initiatives de Dieu.

            Puisque nous sommes dans un pèlerinage qui va conduire vos pas à L’Ile-Bouchard, là aussi l’initiative de Dieu s’est bien manifestée. Pour Jacqueline, Nicole, Laura et Jeannette, ces apparitions de la Vierge ont été bien surprenantes. Et pour leurs parents, encore plus surprenantes… Dieu a pris des chemins bien inattendus, à travers ces apparitions de la Vierge Marie.

            Mais je crois pour terminer, que Celle qui a vécu le plus profondément cette initiative de Dieu, c’est Marie. Cette jeune fille qui a été surprise par l’initiative de Dieu à son égard, qui a accepté de dire ‘oui’ à cette intervention de Dieu… à cet appel de Dieu à devenir la Mère du Sauveur. Marie, toute sa vie a été marquée par l’accueil de l’initiative de Dieu. Elle a su aussi accueillir les initiatives de son propre Fils qu’elle a suivi jusqu’au bout. Marie est sans doute, pour nous, celle qui dit ‘oui’, pleinement, totalement, à l’initiative de Dieu. Et bien, puissions-nous, au cours de ce pèlerinage, au cours de cette journée, nous interroger, pour les plus jeunes, comme pour les plus anciens : quelles sont les initiatives que Dieu veut prendre dans ma vie, dans mon existence ? A quoi Dieu m’appelle-t-il ? Est-ce que je suis prêt à me laisser surprendre par Dieu ? Est-ce que je suis prêt à dire ‘oui’ aux initiatives du Seigneur ? Amen.