SANCTUAIRE DE
L’ILE-BOUCHARD, église paroissiale Saint-Gilles
Messe de l’Immaculée Conception, Lundi 8 décembre 2008
61e
pèlerinage à Notre-Dame de la Prière
Homélie de Monseigneur Bernard-Nicolas AUBERTIN
Archevêque de Tours
Saint Ambroise commentant l’Évangile de Luc disait : « Marie est un commencement des œuvres de Dieu ». Il n’est donc pas étonnant que le Dieu qui devait racheter le monde ait commencé son œuvre par sa Mère, afin que celle, par qui le Salut était préparé à tous, jouisse la première du fruit du Salut. En ces quelques lignes de la fin du IVème siècle, tout est dit de ce qui sera défini 15 siècles plus tard par le pape Pie IX. Et voilà pourquoi, dans l’Eglise Universelle, s’élève en ce jour cette salutation : « Je te salue comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». Nous vénérons celle par qui le Fils Eternel a pris chair de notre chair, celle qui a donné à Jésus ce que Dieu ne pouvait se donner à lui-même : connaître le temps, la durée, la patience, la pauvreté, la souffrance, la peur à l’approche de la mort et du calice à consommer. Nous souvenant qu’au long des siècles, l’Eglise a pris conscience que Marie, pour être la Mère du Sauveur, avait été pourvue de dons à la mesure d’une si grande tâche, nous l’invoquons sous le vocable de « l’Immaculée Conception ». Et c’est là un article de notre foi que le bienheureux pape Pie IX formula ainsi : « La Bienheureuse Vierge Marie a été dès le premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière de Dieu tout puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel ». C’était le 8 décembre 1854 et quatre ans plus tard, en 1858, Marie se présenta à Bernadette qui lui demandait de décliner en quelque sorte son identité : « Je suis l’Immaculée Conception ». En 1876, sœur Marie-Bernadette Soubirous écrivit au pape Pie IX : « Du ciel, la Sainte Vierge doit souvent jeter un regard sur vous Très Saint Père, parce que vous l’avez proclamée Immaculée et cette bonne Mère, quatre ans après, est venue dire : Je suis l’Immaculée. Et moi je ne savais pas ce que cela voulait dire, je n’avais jamais entendu ce mot. Après, en réfléchissant, je me suis dit : la Vierge est bonne, Elle est venue confirmer la parole du Saint Père ». A la lumière du récit de l’Annonciation que nous venons d’entendre, je voudrais simplement vous partager trois convictions : avant tout, Dieu a un projet pour chacun de nous. « L’Ange entra chez Elle » : Dieu s’intéresse à nous, il nous connaît par notre nom. Et Jésus, en Saint Luc, nous dit : « Vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ». Dieu attend de nous que nous prenions notre place dans l’Eglise et dans la société. Par nature, un chrétien est un témoin, témoin de ce que Dieu a voulu prendre chair pour que l’homme le reconnaisse pour son créateur et son sauveur. Et cela est particulièrement évident pour Marie, toute son existence aura été pour Jésus. Ce qui est vrai pour elle, l’est également pour nous et c’est la leçon que nous pouvons tirer de la disponibilité de Marie lorsqu’elle proclame : « Que tout se passe pour moi selon ta parole ! » Ma seconde conviction, c’est que pour une telle disponibilité, il faut que, par avance, nous acceptions d’être confrontés à l’inconnu. Et c’est bien le sens de la question posée par Marie : « Comment cela va-t-il se faire ? » Chaque jour, comme Marie, nous devons consentir à l’Espérance et à la nouveauté dont la résurrection de Jésus est la source. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé ni de fuir dans l’avenir, il s’agit d’accueillir chaque jour le Christ qui me demande d’aller avec lui à la rencontre, et de son Père, et du monde auquel nous sommes envoyés. Ma troisième conviction, je la tire de cette petite phrase qui termine notre évangile. « Alors, l’ange la quitta. » Voici que Marie se retrouve face à la mission qui lui est confiée ; elle va collaborer au ministère de Jésus, elle va prendre ses responsabilités et nous savons combien le chemin sera difficile. Ne nous faisons pas d’illusions, il en sera de même pour tous les disciples de Jésus. Comme vous, sûrement, je trouve que le programme est non seulement exigent mais qu’humainement, il est impossible à réaliser. Mais Jésus nous l’a dit : « Je vous enverrai une force d’en haut, Je ferai de vous mes témoins, Je vous enverrai un autre défenseur. » Et ce défenseur c’est l’Esprit-Saint, celui qui a comblé Marie, elle, la toute comblée de grâce. En ce jour où nous célébrons la toute Immaculée, celle que Dieu a comblée, tournons-nous vers elle. Qu’elle nous apprenne à prier, qu’elle nous guide vers une disponibilité semblable à la sienne, qu’elle nous apprenne la confiance en Celui qui veut nous combler, nous aussi, et qui nous veut témoins de son Amour.