SANCTUAIRE DE L’ILE-BOUCHARD,
église paroissiale Saint-Gilles
Messe du 2ème Dimanche de l’Avent (Année A), Dimanche 9 décembre 2007
60e pèlerinage à Notre-Dame
de la Prière
Homélie de Monseigneur Henri BRINCARD
Evêque du Puy-en-Velay
- Merci, Jésus, d’être venu dans mon cœur
depuis mon baptême (les
deux mains posées sur son cœur).
- Avec ton aide, Jésus, je veux changer mon
cœur, pour qu’il devienne meilleur (les mains levées vers le ciel, puis
redescendre les mains et les remuer en mouvement de rotation l’une autour de
l’autre rapidement).
Cela, c’est le changement du cœur. Et plus ça va
vite, plus je montre mon désir de changer mon cœur. Toutes les grandes
personnes vous regardent et se disent : « Cela s’applique aussi à
moi ! »
Nous joignons les mains. - Jésus, je
veux t’aimer de tout mon cœur. Cela s’appelle prier. Et nous savons
qu’ici, il y a de grands appels à prier.
On élève un peu les mains, même si elles sont
moins souples que les pieds (en ouvrant les bras et les mains, comme en signe
d’offrande). - Jésus, je veux aimer les autres avec ton Cœur.
Et pour cela, comme dans tout le reste, nous avons
besoin d’une Mère. Elle s’appelle la Vierge Marie. Nous avons besoin d’elle,
puisque Jésus nous l’a donnée - et quelle Mère ! - pour prier et pour
aimer les autres avec le Cœur de Jésus. Alors nous allons faire un geste pour
bien montrer que nous avons besoin de la Sainte Vierge pour aimer les autres.
On ferme un peu les mains (en restant dans la position d’offrande précédente).
- Vierge Marie, ouvre mes mains. Vierge
Marie, ouvre mes mains.
(avec une main, on va ouvrir l’autre en tapotant dessus et vice versa).
Voilà,
c’est le rôle de la Sainte Vierge de nous aider à aller vers Jésus, à le
regarder, à le prier et à le servir. Et à l’aimer, bien sûr, c’est-à-dire le
recevoir. Voilà, mes enfants, maintenant je vais parler aux grandes personnes.
Donc je crois qu’il est peut-être mieux, à moins que l’on vous conseille autre
chose, que vous regagniez vos places. Vous serez avec vos parents et vos
parents seront bien contents de vous aider à prier.
Chers frères prêtres,
chers frères et sœurs consacrés, chers frères diacres, chers frères et sœurs en
Jésus. Lorsque l’ange Gabriel salue la Vierge Marie, il lui dit :
« Réjouis-toi. » Il l’appelle à vivre la joie messianique, la joie
qu’on éprouve lorsque nous savons que nous avons un Sauveur, que ce Sauveur est
Jésus ; comme le dit si bien le Pape Benoît XVI, dans une encyclique que
vous avez déjà lue, une encyclique consacrée à l’espérance : « Le
monde était assis à l’ombre de la mort, jusqu’à la venue de Jésus ».
L’Antiquité n’a jamais connu d’une manière explicite cette joie messianique. Et
c’est pourquoi, d’une manière générale, comme le remarque Benoît XVI, il est
triste. Tristesse que nous pouvons comprendre, dans la mesure où nous vivons
avec l’aide de la Vierge Marie cette joie que lui présentait, comme un désir de
Dieu, l’ange Gabriel. Alors chers amis, demandons à la Vierge Marie de
participer à sa joie. Elle est une Mère et elle partage avec ses enfants tout
ce qu’elle peut partager. Et chaque fois qu’elle se manifeste, elle met dans le
cœur une très grande joie. Et cette joie, nous pouvons la vivre dans cette
ténèbre lumineuse qu’est la foi.
Chers amis, je suis
très heureux, je crois de cette joie dont je viens de parler, d’être parmi vous
pour le 60ème anniversaire du pèlerinage, en ce lieu spirituel fort,
comme l’a appelé un de vos archevêques. Je suis d’autant plus heureux que, dès
ma première jeunesse, je suis venu ici, que j’ai toujours éprouvé une très
grande joie et une très grande paix. Je suis d’autant plus heureux que j’étais
parmi vous le jour (8 déc. 2001) où l’Archevêque de Tours a autorisé les
pèlerinages, le culte public et l’invocation à la Vierge sous le vocable de
Notre-Dame de la Prière. Oui, nous sommes dans un lieu spirituel fort et cela a
été dit au nom de l’Eglise. De nombreux catholiques viennent en pèlerinage à
l’église paroissiale St-Gilles pour y vénérer la Vierge Marie. De nombreux
fruits de grâce sont accordés, et notamment celle de développer l’esprit de
prière et de faire croître la foi. Et nous devons nous souvenir de ces
paroles, qui sont celles de l’Eglise. Et très certainement, aujourd’hui, notre
joie, elle, sera augmentée, par le fait que la grâce nous sera donnée en
surabondance, une grâce qui vient toujours de Jésus, et d’une manière unique dans
le mystère de l’Eucharistie, et une grâce qui passe par le cœur de Marie. Je le
dis souvent, dans son dessein d’amour sur nous, Jésus a voulu que nous
naissions tous de son Cœur blessé, dans le Cœur brisé de sa Mère. C’est vous
dire que me trouver ici, dans cette église paroissiale, au cœur de la nouvelle
évangélisation, c’est vous dire ma gratitude à l’égard de votre Archevêque, et
de mieux exprimer publiquement, comme je l’ai fait bien souvent, ma communion
profonde dans le mystère du Christ et dans le service de la mission de l’Eglise
par le chemin de l’épiscopat. Je vous demande bien sûr, en exprimant cette
gratitude, de prier pour lui, mais aussi, permettez-moi de l’ajouter, pour moi.
Et tout spécialement pour que l’appel que Dieu m’adressait à travers
l’épiscopat, celui de guider et de rassurer le peuple qui m’est confié, selon
les paroles du psaume, que cet appel retentisse toujours plus profondément dans
mon cœur. Soyez assurés de ma prière pour chacun et chacune d’entre vous, pour
mes frères prêtres ici présents, et que je salue avec une affection fraternelle
très grande, ainsi que mes frères diacres, pour tous les consacrés et plus
spécialement ceux de l’Emmanuel, cette Communauté présente avec son charisme au
service de la mission de l’Eglise, un charisme qui passe, en ce lieu, par la
paroisse. Je salue à ce titre, affectueusement votre Curé, le Père Afonso, qui
me rend de grands services dans une structure que l’on appelle l’Association
des Œuvres Mariales. C’est finalement à ce titre que je suis aussi présent au
milieu de vous.
Mais il y a une autre raison à cette
présence. C’est le lien très profond entre Notre-Dame du Puy et L’Ile-Bouchard.
Je demande pour vous l’intelligence du cœur pour que vous le découvriez
toujours plus. Ce qui nous unit d’abord, c’est la contemplation d’un même
mystère, celui de la maternité divine de Marie. Nous sommes plongés dans le
mystère de l’Annonciation, qui nous a été rappelé hier, pendant la fête de
l’Immaculée Conception, comme pour souligner le lien qui existe entre cette
grâce unique reçue par la Vierge dans une humilité inouïe, et surtout vécue par
elle, sans cesse, au-delà de ce qu’elle pouvait en comprendre, cette grâce qui
est ordonnée à sa maternité divine. Il y a une deuxième raison à ce lien
profond, c’est que, dans nos sanctuaires, la famille a une place toute
particulière. Nous prions avec intensité pour que le bonheur soit donné aux
familles, un bonheur qui consiste dans une unité toujours plus profonde, fruit
d’une paix reçue toujours plus généreusement, la paix de Dieu. Il y a aussi le
fait, qu’à Notre-Dame du Puy, la paroisse est reçue avec tendresse, cette
famille fondamentale dans la vie de l’Eglise, qui est plus qu’une structure
provisoire. Et le mystère de la paroisse est très intensément vécu ici, avec un
grand amour pour la Vierge, si proche de la paroisse. Enfin, et je ne vais pas
consacrer tout mon sermon à vous dire pourquoi il y a un lien si profond entre
Notre-Dame du Puy et L’Ile-Bouchard, mais je voudrais souligner ce dernier
aspect : Notre-Dame du Puy est un sanctuaire national. Il a été le
sanctuaire national de la France pendant des siècles. Douze rois de France sont
venus au Puy. C’est dire qu’on venait y chercher, pour le royaume, des grâces
particulières et fortes qui furent accordées en abondance. La mère de Jeanne
d’Arc est venue au Puy, lors du grand jubilé qui se produisait, cette année-là,
alors que sa fille chevauchait vers Reims. La prière pour la France est aussi
très importante ici. Et c’est pourquoi, nous avons une communion très profonde
et nous espérons, chemin de lumière pour notre pays. Je relisais à ce propos
les paroles du Cardinal Pacelli le 13 Juillet 1937, à Notre-Dame de Paris. Il
disait ceci : « Les peuples, comme les individus, ont leur
vocation providentielle. Comme les individus, ils sont prospères et misérables,
ils rayonnent ou demeurent obscurément stériles, selon qu’ils sont dociles ou
rebelles à leur vocation. » Et alors que la France se trouvait dans une
extrême misère en 1940 et l’on sait que d’autres misères ont suivi, voilà ce
qu’écrivait le cher Cardinal Journet, un très grand théologien que j’ai eu le
bonheur de connaître au soir de sa vie, voilà ce qu’il disait - il était l’abbé
Journet à l’époque, en 1940 - : « La France n’est plus grand
chose dans l’ordre du corps, tout juste cette matière pour servir de support à
son âme. Mais il me paraît impossible que cette âme ne rayonne pas, comme par
le passé, sur le monde entier. » Et on peut ajouter, selon une parole,
cette fois, d’un Dominicain : « La France est en quelque sorte la
patrie spirituelle de beaucoup en dehors même de ses frontières. Alors nous
prions pour que cette âme soit toujours plus vivante, et elle est source d’une
unité qui est fortifiée par les épreuves et non pas détruite par elles. »
Chers amis, nous sommes dans le temps de
l’Avent, et à ce titre, invités à l’espérance. La Parole de Dieu nous instruit
sur ce qu’est l’espérance. Cela nous a été rappelé, il y a quelques instants.
Et cette instruction, elle passe par la foi. C’est la foi qui est le fondement
de l’espérance. Le Pape Benoît XVI l’a rappelé admirablement dans sa dernière
encyclique : le lien essentiel entre la foi et l’espérance. Comment
espérer ce qu’on ne connaît pas ? La foi nous éclaire sur qui est Jésus,
sur ce qu’il nous donne, sur ce qu’il nous promet et sur ce qu’il attend de
nous. Pour nous combler ici-bas, et nous faire participer en surabondance au
bien qui s’appelle la Vie éternelle. Mais qu’est-ce qu’il attend de nous ?
Eh bien, l’Evangile va répondre : la conversion. La conversion est
vraiment le chemin du bonheur. Et cette conversion a un nom très concret qui
nous permet d’en comprendre mieux les étapes : la pénitence.
Souvenons-nous qu’à la base de toute conversion, de tout retournement profond
du cœur, un miracle à chaque fois que, seul, Dieu peut accomplir. Au point de
départ de toute conversion, il y a un appel : « convertissez-vous,
car le Royaume des Cieux est tout proche ! » Et tout est dit par
rapport à cet appel. « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est
tout proche ! » C’est un appel pressant qui respecte notre liberté,
un appel qui passe par l’Eglise, qui a toujours en son sein, des Jean-Baptiste
chargés de nous appeler, par leur ministère, à la conversion. La conversion,
c’est aussi reconnaître son péché, dans la vérité, l’humilité, mais dans la
lumière aussi de l’appel qui nous est adressé. Regarder d’abord Jésus, et
ensuite nous-même, dans cette lumière. Enfin, c’est être certain que la
conversion, c’est un passage par le feu, une purification et aussi par un
baptême dans l’Esprit Saint, un passage qui nous fait participer au grand
mystère de la Rédemption et à son fruit, et que ce passage est une œuvre du
Saint Esprit. Appel - Reconnaissance - Baptême et Feu : voilà le chemin de
la pénitence. Chers amis, comment ne pas penser que cet appel retentit
fortement. Dans l’Evangile, la Vierge Marie nous dit : « Faites tout
ce qu’il vous dira. » Et voilà, on vient d’entendre sa Parole.
« Faites tout ce qu’il vous dira ». Et dans le grand silence de son cœur
offert à la Croix, elle nous reçoit comme ses enfants et sa maternité nous aide
à répondre à l’appel. MATER GRATIAE !
Chers amis, je conclus. Et comment ne pas
conclure justement en citant l’admirable prière qui achève l’encyclique de
Benoît XVI et qui pourrait fournir une trame à une retraite, qu’autrefois on
appelait dans des lieux que j’ai bien connus, la retraite de chrétienté, qui
est aujourd’hui devenue la retraite fondamentale :
« Sainte Marie, tu appartenais aux âmes
humbles et grandes en Israël qui, comme Siméon, attendaient « la
consolation d’Israël » (Lc 2,25) et qui,
comme Anne attendaient « la délivrance de Jérusalem » (Lc 2,38). Tu vivais en contact intime avec les
Saintes Ecritures d’Israël, qui parlaient de l’espérance – de la promesse faite
à Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1,55). Ainsi nous comprenons la sainte crainte qui t’assaillit, quand l’ange
du Seigneur entra dans ta maison et te dit que tu mettrais au jour Celui qui
était l’espérance d’Israël et l’attente du monde. Par toi, par ton
« oui », l’espérance des millénaires devait devenir réalité, entrer
dans ce monde et dans son histoire. Toi tu t’es inclinée devant la grandeur de
cette mission et tu as dit « oui » : « Voici la servante du
Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1,38). Quand remplie d’une sainte joie tu as
traversé en hâte les monts de Judée pour rejoindre ta parente Elisabeth, tu
devins l’image de l’Eglise à venir qui, dans son sein, porte l’espérance du
monde à travers les monts de l’histoire. Mais à côté de la joie que, dans ton Magnificat,
par les paroles et par le chant tu as répandue dans les siècles, tu connaissais
également les affirmations obscures des prophètes sur la souffrance du
serviteur de Dieu en ce monde. Sur la naissance dans l’étable de Bethléem
brilla la splendeur des anges qui portaient la bonne nouvelle aux bergers, mais
en même temps on a par trop fait en ce monde l’expérience de la pauvreté de
Dieu. Le vieillard Syméon te parla de l’épée qui transpercerait ton cœur (cf. Lc 2,35), du signe de contradiction que ton Fils
serait dans ce monde (et cela demeure toujours vrai). Quand ensuite commença
l’activité publique de Jésus, tu as dû te mettre à l’écart, afin que puisse
grandir la nouvelle famille, pour la constitution de laquelle Il était venu et
qui devrait se développer avec l’apport de ceux qui écouteraient et
observeraient sa parole (cf. Lc 11,27s).
Malgré toute la grandeur et la joie des tout débuts de l’activité de Jésus,
toi, tu as dû faire, déjà dans la synagogue de Nazareth, l’expérience de la
vérité de la parole sur le « signe de contradiction » (cf. Lc 4,28ss). Ainsi tu as vu le pouvoir grandissant de
l’hostilité et du refus qui progressivement allait s’affirmant autour de Jésus
jusqu’à l’heure de la croix, où tu devais voir le Sauveur du monde, l’héritier
de David, le Fils de Dieu mourir comme quelqu’un qui a échoué, exposé à la
risée, parmi les délinquants. Tu as alors accueilli la parole :
« Femme, voici ton fils ! » (Jn 19,26). De la croix tu reçus une nouvelle mission. A partir de la croix tu es
devenue mère d’une manière nouvelle : mère de tous ceux qui veulent croire
en ton Fils Jésus et le suivre. L’épée de douleur transperça ton cœur.
L’espérance était-elle morte ? Le monde était-il resté définitivement sans
lumière, la vie sans but ? A cette heure, probablement, au plus intime de
toi-même, tu auras écouté de nouveau la parole de l’ange, par laquelle il avait
répondu à ta crainte au moment de l’Annonciation : « Sois sans
crainte, Marie ! » (Lc 1,30). Que de fois le Seigneur, ton Fils, avait dit la même chose à ses
disciples : n’ayez pas peur ! Dans la nuit du Golgotha, tu as entendu
de nouveau cette parole. A ses disciples, avant l’heure de la trahison, il
avait dit : « Ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde »
(Jn 16,33). « Ne soyez donc pas bouleversés et
effrayés » (Jn 14,27).
« Sois sans crainte, Marie ! » A l’heure de Nazareth l’ange
t’avait dit aussi : « Son règne n’aura pas de fin » (Lc 1,33). Mais ce règne était peut-être fini avant de
commencer ? Non, près de la croix, sur la base de la parole même de Jésus,
tu étais devenue la mère des croyants. […] Ainsi tu demeures au milieu des
disciples comme leur Mère, comme Mère de l’espérance. Sainte Marie, Mère de
Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi.
Indique-nous le chemin vers son règne ! Etoile de la mer, brille sur nous
et conduis-nous sur notre route !
Amen.