SANCTUAIRE DE L’ILE-BOUCHARD, église paroissiale Saint-Gilles
Messe de l’Immaculée Conception
Samedi 8 décembre 2007
60e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière

Homélie de Monseigneur Bernard-Nicolas AUBERTIN
Archevêque de Tours

    Frères et Sœurs, nous voici réunis en ce lieu où nous aimons nous retrouver, en ce lieu où nous avons appris à venir prier celle que l’Eglise universelle vénère, celle qui nous a donné le Sauveur, celle qui par la grâce de son Fils a été préservée de tout péché. Je lisais récemment dans la presse des propos tenus par mon prédécesseur à Chartres, Mgr Perrier : il rappelait que dans notre foi il y a le centre de la révélation qui est la Résurrection du Christ, à côté de ce centre il y a d’autres affirmations qui ont toutes un lien avec cette vérité fondamentale et qui venant en second ne sont pour autant nullement secondaires. Si nous regardons l’histoire de notre foi, l’histoire des dogmes qui la charpentent, nous pouvons faire une constatation : l’Eglise ne parle jamais de Marie indépendamment de son Fils, car la vie tout entière de Marie est disponibilité, accueil, don.

    La liturgie de ce jour nous propose dans un premier temps le récit de la désobéissance d’Adam et d’Eve. Après sa désobéissance, l’homme se sent nu, il se sent dévoilé, il a le désir de se cacher, de masquer sa conduite, il ne supporte plus de vivre dans la lumière de Dieu. A côté d’Adam se trouve une femme qui lui a proposé un fruit, mais un fruit qui conduit à la séparation d’avec Dieu, un fruit qui conduit à la mort. L’homme a voulu manifester son indépendance en faisant un mauvais usage de sa liberté. Adam n’a pas compris que la vraie liberté consiste à choisir le bien, à choisir l’obéissance à Dieu.

    A l’opposé de ce premier récit, l’Evangile vient nous montrer une toute autre attitude, celle d’une femme qui reçoit la visite de l’Ange de Dieu. Celui-ci s’adresse à elle en l’appelant « comblée de grâce ». C’est cette appellation qui est à la base de la fête de ce jour. En Marie, tout est grâce, tout est gracié. En Marie il n’y a pas de place pour le péché, parce qu’en elle tout est déjà sauvé. Alors Marie acquiesce à la sollicitation de Dieu, elle accepte de dire Oui à Dieu, de dire Oui dans la nuit, de dire Oui dans la foi. Marie est une femme libre qui consent librement au plan d’amour de Dieu.

    Pour nous aider à comprendre cette opposition entre ces deux tableaux, il y a d’abord la fin de la première lecture qui vient donner à nos premiers parents une certitude dans l’espérance : « il sera vaincu le tentateur, il sera vaincu l’Ange des ténèbres, le serpent retord… une femme lui meurtrira la tête. »

    L’apôtre Paul, à son tour, vient nous éclairer en nous rappelant le véritable plan d’amour de Dieu sur chacun de nous : «  En Jésus Christ, le Père nous a comblés de sa bénédiction spirituelle, il nous a choisis pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a destinés à devenir des fils … il nous a destinés à devenir son Peuple ».

    « Tout est grâce » disait Thérèse, « la grâce nous précède », disent les théologiens et les saints. La grâce précédait Marie mais, à la différence de nous autres, elle a su être totalement accueil de la grâce. Marie, la tout immaculée a su garder un cœur d’enfant, pur, accueillant, transparent.

    En ce jour nous sommes en communion avec le saint Père qui, traditionnellement, chaque 8 décembre vient au cœur de la ville Rome vénérer la Vierge Marie sur la place d’Espagne. Nous sommes en communion avec les pèlerins venus à Lourdes alors que s’ouvre cette grande année d’action de grâce, nous nous associons à la foule des pèlerins qui depuis 150 ans viennent confier leur détresse, leurs infirmités, leur reconnaissance à celle qui s’est présentée à Bernadette comme l’Immaculée Conception. Nous sommes en communion avec les lyonnais qui en ce jour célèbrent Marie, mère de Jésus, Marie Mère de Dieu, Marie pur reflet de la gloire de son Fils, Marie qui vient illuminer nos ténèbres.

    Il y a six ans, mon prédécesseur a autorisé les pèlerinages à l’Ile Bouchard, ce faisant il n’a pas posé un acte officiel de reconnaissance du caractère surnaturel des évènements qui se sont déroulés ici même en 1947. Comme lui, je pense que c’est une grâce pour notre diocèse que Notre Dame soit invoquée ici même sous le beau nom de Notre Dame de la Prière. Puissions nous comprendre à la suite de Marie que le Royaume appartient à ceux qui ont un cœur d’enfant. Puissions- nous nous mettre à son école car Dieu écoute les humbles. Puissions nous prier pour le monde, pour notre pays, pour nos familles.

    Permettez moi de conclure en citant le pape Benoît XVI dans la dernière lettre qu’il nous a adressée : Près de la croix, sur la base de la parole même de Jésus, tu es devenue la mère des croyants… dans cette foi tu es allée à la rencontre du matin de Pâques… tu fus au milieu de la communauté des croyants qui …priaient pour le don du saint Esprit et qui le reçurent au jour de la Pentecôte… ainsi tu demeures au milieu des disciples comme leur Mère, comme Mère de l’Espérance. Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers son règne ! Etoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route !