SANCTUAIRE DE L’ILE-BOUCHARD
Messe de l’Immaculée Conception
Lundi 8 décembre 2003
56e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière

Présidence et homélie de Mgr André FORT
Evêque d’Orléans

 « Mais venez donc voir la belle Dame qu'il y a dans l'église ! »

Quelle joie, chers frères et sœurs, que de pouvoir répondre à cet appel. Quel cadeau du ciel nous est aujourd'hui proposé, quelle grâce nous est offerte de pouvoir inscrire nos pas dans les pas des enfants qui se laissèrent convaincre par la petite Jacqueline Aubry, sa sœur Jeannette et leur petite cousine Nicole.

« Mais venez donc voir la belle Dame qu'il y a dans l'église ». L'invitation pressante que ces enfants nous adressent est un appel à venir découvrir, admirer, contempler la rayonnante beauté de la Vierge Marie.

Aujourd'hui 8 décembre 2003, toute l'Église célèbre la solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, comme elle l'a célébrée le 8 décembre 1947. Mais ce jour là une religieuse, Sœur Léon, la directrice de la petite école que fréquente Jacqueline Aubry, n'a pas laissé passer cette belle fête sans en parler aux élèves de sa classe. « Mes enfants, c'est aujourd'hui une fête de la Sainte Vierge. Ce serait bien que celles qui passent devant l'Église entrent prier la Vierge Marie ». Jacqueline a entendu. Jacqueline s'est laissée toucher par la piété communicative de cette religieuse. Un cœur d'enfant est sensible au bien qu’on lui propose. C'est bien de prier Marie le jour de sa fête. Ce bien, Jacqueline va le faire, et elle ne le fera pas seule. Entraînée par la piété de Sœur Léon, elle entraîne à son tour d’autres enfants  qui acquiescent : « On veut bien ! ».

Entrés dans l'église, les enfants s'approchent de l'autel latéral que domine la statue de la Vierge. Jacqueline commence la prière, une dizaine de chapelet en comptant sur ses doigts. Et au quatrième « Je vous salue Marie » la Vierge est là, rayonnante de douceur, de pureté, de beauté. Auprès d'elle, un Ange, à genoux. Subjugués, les enfants ne savent que dire « Oh que c’est beau ! Oh la belle Dame ! Oh le bel Ange ! Oh que c'est beau ! ».

Qu'est-ce que la beauté ? La beauté, c’est ce qui d'emblée nous touche intérieurement sans même que nous puissions dire pourquoi. La beauté s'offre à contempler et cette contemplation est une source de joie. L'admiration qu'elle inspire est dénuée de toute convoitise car la vraie beauté est transparence et pureté qui imposent le respect. La vraie beauté est toujours un reflet de la beauté de Dieu. La beauté de Marie s'offre à la contemplation et cette contemplation est une source de bonheur intérieur.

Contempler, célébrer la beauté de Marie, voilà, chers frères et sœurs, l'invitation qui nous est faite aujourd’hui.

Oh Marie toute pure, toute sainte, que vous êtes belle ! La grâce de votre Immaculée Conception transparaît et rayonne en vous ! Que vous êtes belle, Mère du Christ, toujours vierge, accueillante et docile à l’Esprit. Que vous êtes belle Marie, Mère de l'Église et Reine du Ciel.

Nous voici, Marie. Nous sommes vos enfants. Nous venons à notre tour vous contempler et nous laisser instruire. Renouvelez en chacun de nous notre cœur d'enfant pour que nous puissions goûter aujourd’hui le bonheur de la contemplation de la beauté de Dieu qui rayonne en vous. Nous venons vous écouter nous dire : « Je suis votre Maman du ciel. Je suis venue vous apprendre à prier. Je suis venue vous demander de prier. Approchez, embrassez Jésus sur la Croix. Faites lentement un très beau signe de croix. Récitez une dizaine de chapelet. Chantez le Je vous salue Marie ».

Ainsi, vous avez voulu, très Sainte Vierge Marie, vous faire en ce lieu notre maternelle éducatrice, avec une très tendre sollicitude. Comme une maman n'hésite pas à s'identifier à son petit enfant pour lui apprendre les premiers mots de la confiance et de la reconnaissance - on dit « s'il te plait maman », on dit « merci maman » - humblement vous vous identifiez à nous et vous nous apprenez à dire : Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.

Admirable éducatrice, Marie commence par établir entre elle et nous une relation personnelle. Avec une affectueuse tendresse elle offre sa main aux lèvres des enfants et, en retour, elle pose sur leurs mains un baiser de lumière. Ainsi ce n'est pas un discours théorique, c’est une initiation. C’est un apprentissage de la prière qui procède par étapes : Marie commence par montrer comment faire, puis elle aide à faire, et enfin elle nous laisse faire. A l'école de Marie les enfants vont réapprendre la beauté d’un vrai signe de la croix, ils vont apprendre le baiser de vénération au crucifié, celui que la liturgie du Vendredi Saint nous appelle à célébrer pieusement ; le chant du Je vous salue Marie, et puis la persévérance de la prière, le chapelet où la répétition des mots cherche à se faire de plus en plus fervente.

La relation que Marie entretient avec les enfants est une relation ouverte, respectueuse des liens qui les unissent à leurs parents, à leur école, à leur paroisse, mais en leur donnant une profondeur et une importance nouvelles. « Allez dire à Monsieur le Curé de construire une grotte, d'y mettre ma statue et celle de l'Ange. Je la bénirai ». Quelle simplicité, quel humble réalisme! Marie nous connaît, elle connaît notre besoin de voir, de sentir, de toucher. Elle sourit à la joie des petits et des grands qui préparent pour Jésus la crèche de Noël. Elle approuve nos modestes gestes de piété, nos lumières et nos fleurs, les bouquets et les cierges de dévotion. Ainsi Marie soutient et encourage tout ce qui contribue à la beauté sensible au service de la qualité de notre prière liturgique.

Que devons-nous apprendre encore à l'école de Marie venue nous instruire à l'Ile Bouchard ? En priant avec nous le chapelet Marie veut que notre contemplation prenne sa source et se laisse entraîner dans sa propre contemplation. Marie veut que nous portions sur Jésus un regard qui soit son propre regard d’admiration, de tendresse, d’adoration. Elle nous apprend à contempler avec elle les mystères de la vie de Jésus, ce que St Paul évoquera de façon bouleversée en disant : « la hauteur, la grandeur, la largeur, la profondeur du Cœur du Christ, car le mystère de Jésus, c’est la révélation en notre chair de la charité de Dieu. Quand Marie nous entraîne à dire avec elle que, comblée de grâce, elle est la Mère de Dieu, c'est la divinité du Christ Jésus, son fils, que nous adorons avec elle. Toute la gloire qui lui revient est au service, elle n’est que la participation à la gloire du Christ, seul Seigneur, seul Sauveur.

A cette lumière qui brille en Jésus et en Marie l'humanité découvre son éminente dignité et sa vraie grandeur. L'amour des époux, fondateur de la cellule familiale et source de sa fécondité, se reconnaît associé à la générosité créatrice de Dieu. La promesse de bonheur faite aux familles en cette église par la Vierge Marie, est la promesse de participer à la joie qui brille dans son propre regard, elle l’épouse de Joseph et la mère de Jésus.

Or ce qui est vrai de chaque famille humaine l'est aussi des peuples et des nations. Aux familles, aux peuples et aux nations Marie ne cesse de renouveler le message que le Pape Jean-Paul Il a su magnifiquement exprimer dès le début de son pontificat, qu’il a mis sous la protection de la Vierge : N'ayez pas peur ! Ouvrez vos portes au Christ ! Il est le Prince de la Vie, il est le Maître du Bonheur. En lui une Alliance nouvelle et éternelle est scellée entre Dieu et l'humanité. En lui le Sauveur que le monde attend nous est donné. Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ.

Se mettre à l’école de la Vierge Marie, prier avec elle, c'est grandir dans l’accueil du Christ, la connaissance du Christ, c’est grandir dans le désir d'être animé de son Esprit afin de lui ressembler de plus en plus malgré notre petitesse, nos infidélités, nos faiblesses, lui ressembler dans tout notre être et toute notre vie. C'est avec la Vierge Marie, chers frères et sœurs, c’est avec les prophètes, les apôtres et les martyrs que nous allons maintenant célébrer l'eucharistie pour que s'accomplisse pour nous la promesse chantée par les anges : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes qu'Il aime. Amen.