L’ILE-BOUCHARD
Messe
du 2e dimanche de l’Avent
Dimanche 8 décembre 2002, 11h15
55e pèlerinage à Notre-Dame
de la Prière
Présidence
et homélie de Mgr Henri BRINCARD
Evêque du Puy-en-Velay
Isaïe 40, 1-5.9-11 ; Psaume 84(85) ; 2Pierre 3, 8-14 ; Marc 1, 1-8
Retranscription de l’homélie. Style oral.
Frères prêtres, frère diacre, frères et sœurs en Jésus,
Mes chers enfants, je m’adresse aux plus jeunes d’entre vous. Vous êtes nombreux dans notre église, et vous savez que la Sainte Vierge vous aime tout particulièrement, elle l’a manifesté bien des fois à travers des signes très concrets. Tout à l’heure, après avoir parlé aux grandes personnes, je résumerai mon sermon – toujours un peu long pour vous – par des gestes que nous ferons ensemble. Alors patience ! Parlez à Jésus, vous ne verrez pas le temps passer. Il est si heureux que vous soyez là, et la Sainte Vierge vous enveloppe de toute sa tendresse. Le Seigneur fera retentir sa Parole, pour la joie de votre cœur.
En cette église paroissiale, lieu de pèlerinage public à Notre-Dame de la Prière, lieu enraciné dans des « faits mystérieux », cette Parole toute-puissante de la Trinité fait jaillir une source de grâce. Cette source coule abondamment. Elle nous a attirés ici, parfois de très loin. Dans l’avenir, j’en suis persuadé, cette source coulera à grands flots, contribuant ainsi à la nouvelle évangélisation, nouvelle évangélisation dont notre pays a un pressant besoin. Il y a en effet une montée des périls. La paix civile n’est plus assurée. L’abondance des biens dont jouissent certains ne peut être le fondement de la vraie paix. L’assise de notre société : la famille, particulièrement aimée ici, est attaquée de toute part par des lois injustes. Aussi, peine-t-elle à garder son unité, cette unité dont l’enfant a tant besoin pour grandir humainement et spirituellement. Il faut aussi, hélas, se rendre à l’évidence : la culture de mort transforme les mentalités et dessèche les cœurs. Mais voici qu’au milieu de tant de dangers, nous sommes invités à l’espérance, à nous armer aussi de courage, car « son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire de Dieu habitera notre terre ».
Frères et sœurs, le temps de l’Avent, vous le savez, est un temps marial par excellence. En effet, nous nous souvenons que dans le silence de la prière, la Vierge Marie a préparé la venue du Sauveur du monde parmi les hommes. Au jour de l’Annonciation, la consolation promise par le prophète est advenue : le « fiat » de l’Immaculée, son « oui » plein de foi et d’espérance a accueilli Jésus, le Verbe fait chair en elle, le berger venu prendre soin des brebis de son Père et nous rassembler, nous ses agneaux, pour les porter sur son cœur. Oui, plus que jamais, avec l’aide de la Vierge, nous voulons être les brebis du Père et ses agneaux. Mais pour qu’il en soit ainsi, contemplons en Jésus « l’amour et la vérité (qui) se rencontrent », « la justice et la paix (qui) s’embrassent » [Psaume du jour 84(85)]. Il est le Seigneur annoncé à Israël par le prophète Isaïe. Alors que le peuple élu connaissait les malheurs de la servitude, malheurs survenus à cause de ses infidélités, la Vierge Marie a vécu le premier Avent, dans la contemplation et dans la charité. Vierge de l’attente et de la prière à l’Annonciation, elle est aussi la Vierge du don, lors de la Visitation. En effet, dès son fiat prononcé, elle s’empresse de porter Jésus à sa cousine Elisabeth. Marie évangélise par la charité, et la charité, c’est d’abord donner celui qui est l’Evangile vivant et vrai : Jésus. Remarquons en passant que la charité de Marie est le re-débordement de sa contemplation : donner celui qu’on contemple sans cesse, ce n’est point le quitter, mais bien plutôt se laisser emporter par lui, toujours plus loin dans les profondeurs de la Trinité divine. Au contact de son Sauveur et de son Dieu, Elisabeth laisse éclater sa louange, une louange provoquée par le tressaillement de Jean-Baptiste, l’enfant qu’elle porte en son sein. Et Marie lui répond par son Magnificat, prière jaillie de sa contemplation, expression parfaite de son cœur immaculé qui n’est qu’accueil et don.
Chers frères, chères sœurs, demandons à la Vierge Marie de vivre avec elle ce temps liturgique de l’Avent. Nous sommes ainsi certains de le vivre comme elle a vécu le premier Avent. Mais c’est dire aussitôt qu’il nous faut prier, qu’il nous faut aussi aimer nos frères en leur donnant Jésus. Jésus vient vers nous avec son corps glorieux et son sang précieux, dans le mystère ineffable de l’Eucharistie. Oui, chaque Eucharistie est un nouvel Avent. Dans quelques instants, sur cet autel, sous les signes du pain et du vin, Jésus est réellement présent, Jésus « le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts, le chef des rois de la terre » (Ap 1,5), Jésus Christ, notre Seigneur et notre Dieu. Vous le savez, la liturgie eucharistique n’est pas l’évocation d’un souvenir lointain, mais une actualisation des mystères du Sauveur : de son incarnation, de sa rédemption, de son ascension à la droite du Père. C’est pourquoi le curé d’Ars pouvait dire : « Si seulement on savait ce qu’était la Messe, on en mourrait d’amour ». Dans chaque Eucharistie, qui est comme un Avent, la Vierge Marie conforte notre foi, renforce notre espérance et avive notre charité, afin que nous puissions accueillir son Fils. Elle nous aide aussi à nous souvenir de notre baptême, appel à la sainteté. Et c’est pourquoi elle nous appelle avec force à la conversion. Elle est la messagère du Dieu vivant et vrai, messagère préfigurée par Jean-Baptiste, Jean-Baptiste qui a annoncé la venue du Seigneur au cours du premier Avent de l’histoire du monde. Marie nous donne sans cesse Jésus, car elle donne toujours. Elle nous invite aussi à le donner aux hommes. Puisse notre pèlerinage à L’Ile-Bouchard nous aider à préparer la fête liturgique de Noël. Laissons la lumière de l’Immaculée nous envelopper puis pénétrer nos cœurs. Prions avec Marie en récitant notre chapelet. Soyons artisans de paix dans nos familles, dans nos communautés, au cours de nos rencontres, préparant ainsi tous les cœurs à l’avènement du Roi de la Paix.
Mais, et je conclue, la liturgie de l’Avent nous rappelle aussi qu’il y aura un Avent mettant fin au déroulement du temps. Jésus, aujourd’hui caché dans l’Eucharistie, reviendra un jour dans la gloire. Saint Pierre nous le rappelle : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments en feu seront détruits, la terre avec tout ce qu’on y a fait sera brûlée » (2P 3,10 - 2ème lecture du jour). Au cours du cheminement terrestre de l’Eglise, la Vierge Marie, Reine au cœur maternel, manifeste sa présence au milieu du peuple de Dieu en marche vers la plénitude du Royaume, par des signes, et des signes qui se multiplient. Ces signes sont autant d’appels qui nous encouragent à préparer le retour de son Fils. « Le ciel nouveau et la terre nouvelle où résidera la justice » (2P 3,13 - 2ème lecture du jour ) ; nous l’attendons en effet, dans la prière et dans la charité. Je le dis souvent : il ne s’agit pas de faire des prévisions, il s’agit de faire des provisions. Attirons donc nos frères vers le Christ par la sainteté de notre vie : tel le fleuve qui proclame par l’abondance de ses eaux la puissance et la beauté de sa source, notre vie, par la charité, deviendra un rayon de lumière tournant les cœurs vers « Celui qui est, qui était et qui vient ». Que la Vierge Immaculée, Notre-Dame de la Prière, nous aide à « préparer les chemins du Seigneur », à « aplanir sa route » (Marc 1,3 - évangile du jour). Grâce à elle et à son aide maternelle, soyons les nouveaux Jean-Baptiste que notre temps attend. Proclamons, par une vie de pénitence et de charité fraternelle, la venue de « Celui qui baptise dans l’Esprit-Saint », de Celui « plus puissant que nous », de Celui qui « nous aime et nous a lavé dans son sang » (Ap 1,5). Amen.