L’ILE-BOUCHARD

Messe du soir, Solennité de l’Immaculée Conception
Samedi 7 décembre 2002, 18h30
55e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière

Présidence et homélie de Mgr Henri BRINCARD
Evêque du Puy-en-Velay

 Retranscription de l’homélie. Style oral.

 Frères dans le sacerdoce, frères et sœurs consacrés, frères et sœurs en Jésus et chers jeunes venus nombreux ce soir,

Une douce joie est dans nos cœurs. Nous sommes en effet rassemblés dans une église qui est à la fois une église paroissiale et un sanctuaire marial. Nous venons de divers horizons, pèlerins, mais aussi paroissiens, membres également de communautés consacrées, et nous formons ce soir, d’une manière très forte, une famille, la famille des enfants du Père. Nous sommes unis par un amour qui vient de Dieu, qui est en nous, et que nous devons communiquer. La joie de ce soir est particulièrement grande pour les pèlerins de mon diocèse, en raison des liens profonds qui unissent Le Puy et L’Ile-Bouchard. Je les ai évoqués l’an dernier, au cours de la célébration de l’Immaculée Conception, ici-même. Nous sommes rassemblés pour la célébration de l’Eucharistie, c’est-à-dire tout d’abord pour rendre grâce, comme le nom « Eucharistie » nous y invite. Au cours de cette action de grâce qui est en fait celle de Jésus à laquelle nous participons, nous avons d’abord demandé pardon. J’aime dire aux jeunes que quand on se frappe la poitrine, on ne fait pas ce geste : « Oh ! Que je suis beau ! », on fait ce geste qui consiste à désigner notre cœur et ce geste est celui par lequel nous reconnaissons que notre cœur est abîmé, et qu’il a besoin d’être renouvelé. Ensuite, nous écoutons la Parole de Dieu. Nous venons de le faire. Nous recevons celui qui est la lumière, née de la lumière, et qui vient éclairer notre chemin pour, par lui, nous conduire vers son Père. Ensuite, et ce sera dans quelques instants, nos offrirons Jésus dans le mystère de sa Croix et de sa Résurrection. La Messe est offrande. Enfin, nous communierons, nous recevrons Jésus qui se donne à nous d’une manière inouïe dans le mystère de l’Eucharistie. Il nous restera enfin, lorsque nous quitterons cette église, d’être pour ceux que nous rencontrerons le Cœur de Jésus : son cœur, son visage, ses mains. Oui, nous sommes rassemblés ce soir pour une grande action de grâce qui comporte tous ces moments : demande de pardon, écoute, offrande, communion, et devenir le Cœur de Jésus pour le monde. Ces gestes-là, il faut les faire pour que la Messe produise ses fruits.

Notre joie de ce soir, elle vient aussi d’une perception très profonde d’une présence maternelle qui s’est manifestée ici sous la forme d’un signe. Telle est notre intime conviction personnelle. La fête de ce jour nous tourne vers le mystère de l’Immaculée Conception d’un cœur qui n’est qu’amour reçu et amour donné, d’un cœur qui a toujours dit « oui » à Dieu, d’un cœur qui s’est reçu de Dieu. Nous contemplons ce soir dans la foi, la grande beauté de la Vierge Marie, chef-d’œuvre de Dieu, et nous la contemplons dans la lumière de la Parole de Dieu : elle est enveloppée du manteau de l’innocence, elle est revêtue des vêtements du salut, elle est l’épouse parée de bijoux. Cette évocation symbolique nous aide à entrer dans le mystère de l’Immaculée. La grande beauté de la Vierge, chef-d’œuvre de la miséricorde de Dieu, brille à travers une grande, une insondable humilité. Cette humilité est évoquée dans l’évangile d’aujourd’hui. Mais celle que nous contemplons, si grande et si petite à la fois, et grande parce qu’elle est petite, est devenue par la grâce de Dieu mère du Sauveur, mère du Fils, du Fils unique. Tout à l’heure, nous allons présenter au Père le Corps et le Sang de Jésus, un corps maintenant vivant. Puis nous recevrons ce corps, et pour certains d’entre nous ce sang, qui a sauvé le monde. Mais ce corps et ce sang, Jésus l’a reçu de sa Mère. C’est pourquoi dans chaque célébration eucharistique, il y a toujours, discrète mais forte, la présence de la Vierge Marie. Cette présence, au cours de l’Eucharistie comme dans notre vie, est une présence cachée, une présence avec laquelle on a, chacun d’entre nous, un lien unique. Elle nous aime, chacun et chacune d’entre nous. Et le lien que nous avons avec elle est un secret, quelque chose que nous ne pouvons communiquer qu’à travers notre manière de vivre. Nous ne pouvons pas communiquer ce secret par notre bouche. Il se révèle à travers notre cœur. Quand la Vierge Marie est présente dans une vie, quand elle est reçue, il y a une foi profonde, il y a une espérance très vive, il y a une charité débordante, et c’est ainsi que notre cœur parle d’elle.

Chers amis, ce soir, cette présence aimante, nous voulons en quelque sorte qu’elle entre en nous d’une manière nouvelle, à travers le mystère de l’Immaculée Conception. Et comment ? Dieu nous répond à travers la Parole que nous venons d’entendre. Il nous faut d’abord contempler la Vierge Marie, et - je le disais tout à l’heure - telle que Dieu nous la montre, telle que Dieu nous la donne. C’est dire que nous la contemplons comme le chef-d’œuvre de la miséricorde de Dieu, la miséricorde de Dieu ! En quelque sorte, nous entrons dans cette miséricorde en contemplant Marie. Qu’est-ce que la miséricorde de Dieu ? C’est d’abord un amour plénier, un amour saint, un amour qui dépasse tout entendement, et qui est la vie même des trois personnes divines unies dans un unique amour. La miséricorde, c’est un amour qui nous précède, qui est sans mesure. C’est aussi un amour tout-puissant. Qu’a fait la miséricorde de Dieu ? Tout d’abord, cette miséricorde a créé le monde et a créé, avec une tendresse particulière, l’homme, fait à l’image de Dieu. Mais qu’est-ce que l’homme a fait de cette miséricorde qui l’a comblé ? Il lui a tourné le dos, il l’a rejetée par orgueil, et cet orgueil a fait barrage à l’amour qui, non seulement l’avait créé, mais voulait aussi habiter son cœur d’une manière unique par la grâce. Et qu’a fait encore cette miséricorde ? Eh bien, cet amour inouï est revenu vers nous. Il a un nom : Jésus. Et Jésus est venu parmi les hommes pour les faire naître à nouveau, c’est à dire leur donner une plénitude nouvelle de grâce, faire des hommes les héritiers du Fils, dans le Fils et par lui. Nous sommes tous devenus en Jésus enfants du Père. Jésus se présente donc à nous comme la miséricorde du Père, et il nous offre la miséricorde du Père. Mais Jésus, nous le savons, est venu par Marie ; l’évangile d’aujourd’hui nous l’a rappelé. Et nous contemplons la miséricorde du Père en regardant Marie. Nous découvrons l’amour inouï que nous appelons la miséricorde de Dieu en regardant la création et le don de la grâce, en regardant la recréation en Jésus, en contemplant Marie comblée de grâce, et à laquelle l’ange Gabriel dit : « Le Seigneur est avec toi ». Quand la Vierge Marie apparaît, elle a souvent, d’une manière symbolique bien sûr, une ceinture, pour manifester une puissance qu’elle a reçue, une puissance qui vient de l’amour qui l’habite, et qui veut régner sur nous par elle.

La Vierge Marie reçoit la miséricorde dont elle est comblée dans l’humilité et dans le don total d’elle-même. Elle reçoit cette miséricorde pour ensuite la communiquer immédiatement. C’est le mystère de la Visitation et de son Magnificat. Oui, quand nous contemplons la Vierge, nous découvrons le mystère de la miséricorde de Dieu, comment il faut la recevoir et comment il faut la donner. Amen.