L’ILE-BOUCHARD

Messe Solennelle de l’Immaculée Conception
Samedi 7 décembre 2002, 11h
55e pèlerinage à Notre-Dame de la Prière

Présidence et homélie de Monseigneur André VINGT-TROIS
Archevêque de Tours

 Frères et sœurs, notre célébration de cette année, notre vénération pour Notre-Dame de la Prière, prennent un caractère particulier en raison de l’invitation que le saint-Père a adressée à toute l’Eglise de vivre cette année comme une année du Rosaire. Le Pape nous adresse cet appel pour entrer dans la démarche du Rosaire, c’est-à-dire dans une démarche qui est comme une prise de possession de toute la personne, puisque nous sommes invités par le Rosaire aussi bien à mobiliser notre mémoire pour évoquer des scènes de la vie de Jésus, mobiliser notre intelligence pour essayer de comprendre ce que Dieu veut nous faire vivre à travers cette contemplation de la vie de Jésus, mobiliser notre affectivité pour nous inviter à désirer vivre ce que le Christ a vécu, et même mobiliser notre corps par les paroles que nous disons en récitant le Je vous salue Marie. C’est une prière qui atteint toute la personne, et c’est en même temps une prière de pauvre, car c’est une prière qui fait appel à une mémoire élémentaire. Il n’y a pas besoin d’être un grand spécialiste des questions religieuses pour connaître vingt scènes de la vie de Jésus et les avoir intérieurement présentes, depuis l’Annonciation, jusqu’au couronnement de Marie dans le Ciel ; pauvreté du bagage nécessaire, pauvreté aussi des moyens : c’est une prière que l’on peut faire pratiquement en toutes circonstances, en tous lieux ; pauvreté du cœur, car c’est une prière qui ne s’appuie pas sur nos raisonnements et sur nos pensées, mais qui s’appuie sur le regard que nous portons sur le Christ. Voyez l’extrême richesse de cette prière, où nous sommes entraînés par Marie elle-même à contempler la vie de Jésus, ce que le Christ a vécu parmi les hommes, comme une manifestation du mystère de Dieu, du mystère trinitaire, comme une invitation à laisser transformer notre propre existence par l’amour qui nous fait adhérer à l’existence du Christ. Cette prière du Rosaire, qui fait partie des trésors de la tradition de l’Eglise, a pu être oubliée à certains moments, moins bien connue, moins bien pratiquée, et le rappel que le Saint-Père en fait dans son encyclique nous aide justement à redécouvrir la richesse de cette prière, à essayer de la pratiquer, non pas avec une sorte d’exactitude formaliste, -comme si c’était un drame si on n’avait dit que neuf Je vous salue Marie au lieu de dix, ou si on n’arrive pas à dire tous les mystères à la suite, ou si on est interrompu, tout ça… c’est la vie de chaque jour, c’est pour ça que c’est une prière de pauvre, parce qu’elle nous permet de reprendre pied, tout de suite, en revenant à la vision du Christ qui nous était proposée. Comme vous le savez, dans le diocèse de Tours comme dans beaucoup d’autres diocèses du monde, il y a des équipes du Rosaire nombreuses, je les ai évoquées récemment dans notre journal. Ces équipes du Rosaire sont aussi un signe de cette prière simple qui rassemble quelques personnes dans une maison autour de quelqu’un, avec un échange sur l’Evangile et puis une prière simple à la Vierge Marie.

 Evidemment, en méditant sur cette encyclique du Pape et sur le rappel qu’elle constitue pour nous, j’avais présent à l’esprit et au cœur la perspective que j’ai évoquée pour la fête de St Martin, le 11 novembre, en invitant le diocèse de Tours à faire le point sur ce qui a été réalisé à partir des orientations de l’année martinienne, des axes pastoraux du diocèse : la prière, la charité et la mission. Ça fait cinq années accomplies que Mgr Moutel a défini ces axes pastoraux, et je trouve que ce n’est pas indécent au bout de cinq ans de se demander : Qu’est-ce que nous avons fait, qu’est-ce que nous avons réalisé à partir de ces orientations, et en particulier dans le domaine de la prière ? Comment est-ce que, dans nos différentes communautés chrétiennes, -souvent bouleversées par la transformation de l’organisation de la vie des paroisses, en raison des regroupements paroissiaux, en raison de la réduction du nombre des prêtres- les chrétiens ont-ils pris de plus en plus leur part de l’animation de la prière commune ? Comment sont-ils capables de prendre des initiatives locales dans les villages pour organiser une prière à l’église, pour inviter des chrétiens qu’ils connaissent à se retrouver quelques fois pour prier ensemble ? Comment la prière à domicile prend-elle une autre dimension ? Comment la lecture de l’Ecriture, la méditation de l’évangile du dimanche, peuvent-elles alimenter une vie de prière ? etc. Ce sont toutes ces questions qui vous sont suggérées dans la démarche que je vous ai proposée, pour essayer, pour que nous essayions de faire le point sur ce qui a été réalisé et d’essayer de discerner comment Dieu nous invite à aller plus loin dans chacune de ces directions de la prière, de la charité et de la mission.

 Evidemment, je profite de cette célébration pour confier cette marche commune du Diocèse à l’intercession de Notre-Dame, et vous inviter à vous joindre à cette prière, en demandant, par l’intercession de la Vierge Marie, que Dieu bénisse nos efforts, nos tâtonnements, on peut même dire nos lenteurs ou nos erreurs, et qu’il leur fasse porter du fruit. Que Dieu bénisse en tous cas l’intention de notre cœur de repartir une fois encore, de nous remettre en situation d’annoncer l’Evangile aux hommes de notre temps. Confier cette démarche à l’intercession de Notre-Dame, c’est aussi lui confier toutes les initiatives qui pourront être prises au cours de cette année, par toutes sortes de gens dans le diocèse, et lui confier l’aspiration de beaucoup d’hommes et de femmes qui attendent d’entendre la Parole du Christ.

 Intercéder, nous le demandons à Notre-Dame de la Prière non seulement pour cette marche diocésaine, pour cette longue démarche dont nous espérons qu’elle mobilisera les chrétiens du diocèse de Tours, mais nous le lui demandons plus particulièrement en ce lieu en priant pour les vocations sacerdotales et diaconales. L’année dernière, le 21 avril, nous avons fait une démarche commune à tous les diocèses de la région Centre, en faisant un pèlerinage à Vézelay. Il y avait, je crois, quelques cinq cents personnes du diocèse de Tours qui se sont jointes à ce pèlerinage, et dans beaucoup de paroisses, je sais qu’il y a eu des initiatives qui ont été prises au cours de ce week-end pour permettre aux chrétiens de s’unir à notre démarche à Vézelay. A la suite de ce pèlerinage j’avais suggéré que des groupes se constituent, à l’initiative de qui voudra, pour poursuivre cette prière pour les vocations. Et je sais qu’il y a plusieurs dizaines de personnes qui se sont assemblées par équipes, ou qui ont porté cette intention dans des rencontres, des groupes de prières, etc. Et aujourd’hui, je voudrais profiter de cette célébration pour nous inviter tous à faire croître notre supplication pour la confier à Notre-Dame, pour lui demander que par son intercession, l’appel de Dieu soit entendu comme elle l’a accueilli elle-même au moment de l’Annonciation : « Qu’il me soit fait selon ta parole. »

 Nous savons que pour que cette phrase puisse être dite en vérité, pour qu’elle s’accomplisse dans nos existences, il faut un chemin de conversion très profond. On ne peut pas dire en vérité « Qu’il me soit fait selon ta parole. » et encore moins « Je suis la servante du Seigneur », sans que cette parole bouleverse de quelque façon notre vie, renverse les priorités, nous invite à voir les choses d’une autre manière. Ainsi, nous ne pouvons pas nous étonner que beaucoup des jeunes hommes qui entendent l’appel de Dieu ne soient pas forcément disposés à y répondre, ou qu’ils ne soient pas prêts à faire cette réponse. Et c’est le but de notre prière, non pas de mettre en doute le fait que Dieu donnerait à son Eglise les moyens de vivre, mais de le supplier pour que son Esprit touche le cœur de ceux auxquels il s’adresse, pour qu’ils envisagent favorablement de laisser l’appel de Dieu, la Parole de Dieu, faire son œuvre dans leur vie. Cette prière doit être persévérante, sans cesse renouvelée, et c’est pourquoi je demande à tous de s’y atteler en cette année du Rosaire, en demandant à Notre-Dame de la Prière peut-être une intercession plus particulière par rapport à cette intention des vocations sacerdotales et diaconales. Nous le savons, la vie de l’Eglise, en tous cas sa vitalité, dépend pour une large part de l’exercice du ministère ordonné en son sein. Là où il n’y a pas de prêtres, il n’y a pas de peuple rassemblé, il n’y a pas d’Eglise constituée, et donc même si nous comprenons que la manière dont les prêtres exercent leur ministère dans nos communautés doit évoluer, et évoluera en tous cas par la force des choses, même si nous nous réjouissons de voir que des laïcs prennent mieux en charge la vie de leurs communautés que ça n’était le cas dans le passé, même si nous nous engageons avec confiance dans la nouvelle définition de l’organisation des communautés chrétiennes, nous gardons présent comme une obsession lancinante le fait de savoir que la présence du prêtre, non seulement dans la célébration des sacrements, mais dans la vie du peuple chrétien, est un signe sacramentel irremplaçable, évidemment pour célébrer l’Eucharistie, mais aussi pour manifester la présence du Christ auprès de tout homme qui aspire à une meilleure existence.

 C’est pourquoi, je vous invite à entrer dans cette supplication persévérante, et le faire avec la confiance qui marque la manière dont la Vierge Marie elle-même accueille l’appel de Dieu : « Comment cela se fera-t-il ? » Vous savez, cette question, dans l’Evangile de St Luc, exprime la surprise, l’interrogation de la Vierge Marie, du moins c’est comme ça que l’Evangile de St Luc l’interprète, tandis que la même question, les mêmes mots exactement, par Zacharie au moment de l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste, seront interprétés comme un signe de défiance, en tous cas comme un manque de foi, au point que Zacharie perdra la parole jusqu’à la naissance de l’enfant. Donc cette question, dans la bouche de la Vierge Marie, n’est pas l’expression d’un doute, d’un manque de confiance par rapport à Dieu, mais bien plus profondément l’expression d’une certitude que « ce que Dieu a dit, il le fera, mais moi, je ne sais pas comment il le fera ». Et c’est l’acte de foi auquel, comme archevêque du diocèse, je suis invité quotidiennement à me remettre en marche. Comment cela se fera-t-il ? Je sais que Dieu veut faire progresser la vie de son Eglise dans cette terre de Touraine. Mais comment va-t-il le faire ? Ça, je ne le sais pas. Et je dois m’en remettre avec confiance à la certitude que Dieu enverra son Esprit, comme l’Ange le dit à Marie. Mais comment ? Je ne le sais pas non plus. C’est cette foi en l’activité permanente de Dieu agissant pour les hommes qui doit porter notre prière et particulièrement notre prière pour les vocations. Je vous invite donc, je vous demande, cette année, pour suivre l’orientation que le Saint-Père nous a donné dans son encyclique d’entrer dans cette prière du Rosaire en réservant un place particulière à l’intercession pour les vocations sacerdotales et les vocations diaconales. Que le Seigneur bénisse notre prière et qu’il fasse porter du fruit à sa Parole dans le cœur des hommes et dans notre Eglise. Amen.