Messe
Solennelle de l’Immaculée Conception
Samedi 8 décembre
2001, 11h
54e pèlerinage à Notre-Dame
de la Prière
église
paroissiale Saint-Gilles de L’ILE-BOUCHARD
Présidée
par Monseigneur André VINGT-TROIS
Archevêque de Tours
Homélie de Monseigneur Henri BRINCARD
Evêque du Puy-en-Velay
Nous célébrons l’Eucharistie en la fête de l’Immaculée
conception, fête de lumière et d’action de grâce.
En ce temps où de si graves menaces planent sur l’avenir du monde,
nous percevons mieux la nécessité de prier instamment pour que la paix, don de
Dieu, soit accordée aux hommes.
Prier est un acte fondamental de la vie chrétienne, un exercice
souverain des trois vertus théologales, une source de force aimante, jaillie du
plus profond de nos cœurs, sous le souffle de l’Esprit Saint. C’est la
force même de Dieu en nous. Saint Jean Chrysostome nous le rappelle à l’aide
d’une formule lapidaire : « Celui qui prie, tient le gouvernail du
monde ».
Sur un sommet dominant la ville du Puy, se dresse ma cathédrale qui est
aussi un sanctuaire dédié à la Mère de Dieu dans le mystère de
l’Annonciation. La Mère Immaculée du Verbe fait chair, de Celui que l’Ecriture
nomme aussi « le Prince de la Paix », est figurée sous les traits
d’une Vierge noire présentant aux hommes son enfant. La couleur de la statue,
ainsi que son emplacement au dessus du tabernacle de l’autel, peuvent
surprendre le fidèle venu se confier à la Reine du ciel et de la terre. Mais,
par un paradoxe étrange qui n’est étrange qu’en apparence, cette couleur
symbolique évoque le mystère de l’Immaculée. « Je suis noire mais
belle parce que le soleil m’a brûlée », chante, en effet, le Cantique
des Cantiques.
Jésus, « Soleil levant venu visiter notre monde », par une
grâce venue de son Cœur, préserve sa Mère du péché. Il la comble de sa
lumière incandescente, faisant de Marie un chef d’œuvre de douceur et de miséricorde,
reflet parfait de l’amour qui unit éternellement les trois personnes divines.
« Marie est le pur miroir reflétant la gloire de son origine »
affirme la tradition de l’Eglise. Vénérée depuis des siècles par
d’innombrables pèlerins, Notre Dame du Puy montre son Fils à ceux dont elle
est devenue la mère sur le Golgotha. Elle semble dire aux hommes :
« Vous cherchez mon divin Fils ? Recevez le, là où il se donne à
vous, dans la Sainte Eucharistie ! Que votre « fiat » prononcé
en mon cœur devienne avec mon aide maternelle, un « magnificat »
que nous chanterons, à la gloire de Celui qui est notre Sauveur et notre Dieu !
Avec vous, je proclame : « Béni soit Dieu, le Père de notre
Seigneur, Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction
spirituelle dans le Christ ! »
Un
bas relief de l’autel de Notre Dame du Puy représente une scène finement
sculptée : c’est la scène de l’Annonciation. Un ange, mû par une
admiration aimante, est incliné devant la Vierge. Il lui présente un grand lys
symbole de la pureté incomparable de celle qui ne veut être que la servante du
Seigneur. C’est dire, frères et sœurs dans le Christ, quels liens profonds
unissent mon diocèse à celui de l’archidiocèse de Tours. C’est dire aussi
ma grande joie de pouvoir aujourd’hui louer avec vous - en ce lieu rempli de
la présence de Marie – la « Femme enveloppée du Soleil ».
C’est dire enfin ma gratitude à l’égard du pasteur de ce diocèse, Mgr
André Vingt-Trois. Son invitation fraternelle me vaut la grâce d’être parmi
vous. « Merci, cher frère dans l’épiscopat. Soyez assuré de ma prière
reconnaissante pour vous et pour tout votre diocèse. »
Dans la lumière de la foi de l’Eglise, de cette foi toute nourrie de
la Parole de Dieu, contemplons quelques instants le mystère que nous célébrons
en ce jour plein d’une douce espérance. Avec des yeux d’enfant, regardons
ce qu’est ce mystère : une grâce unique de pureté, destinée, comme
toute grâce, à porter du fruit.
Dès l’origine, Dieu choisit et appelle Marie en vue de
l’accomplissement de son dessein d’amour et de miséricorde sur le monde, un
monde assis, depuis le premier péché, « à l’ombre de la mort ».
Au jour de l’Annonciation, l’ange Gabriel salue la Vierge en des
termes qui proclament l’accomplissement en Marie du projet divin, projet
auquel le peuple d’Israël, avait été longuement et mystérieusement préparé,
notamment par les prophètes, en vue de pouvoir au terme accueillir dignement le
Messie, le Sauveur du monde...
« Réjouis-toi ! » Un tel salut, le prophète Isaïe
l’avait adressé à la nouvelle «Sion », au peuple d’Israël purifié
par des épreuves destinées à lui redonner la splendeur de l’innocence. Par
ces paroles à la Vierge, l’ange Gabriel veut lui dire : « Tu es ce
peuple renouvelé annoncé par les prophètes. Tu es cette Nouvelle Sion que
Dieu se réserve pour habiter parmi les hommes ! L’espérance d’Israël
qui brûle ton coeur trouve en toi son achèvement. » En l’appelant
« pleine de grâce », l’ange donne à la Vierge Marie le nom même
que le Seigneur de l’univers lui a choisi, nom qui traduit l’œuvre des
trois personnes divines en Marie. La splendeur de cette œuvre éblouit les
anges.
En entendant la salutation de Gabriel, la Vierge Marie connaît d’une manière sublime la frayeur toute d’amour « des humbles ». Jamais la Vierge ne s’est complu en un regard sur elle-même. Elle se découvre constamment dans la lumière de la Sainteté divine qui fait d’elle le chef d’œuvre de sa miséricorde. Elle ne regarde que Dieu. Elle ne veut que la gloire de Celui qui lui révèle le mystère de sa vie, mystère dans lequel elle est immergée dès le premier instant de sa conception ! Telle est sa transparence ! Au jour de l’Annonciation, elle entre plus avant dans les abîmes de pureté contenus en son cœur et dont elle vit à chaque instant, sans jamais les sonder entièrement. D’emblée Marie est adorante et orante, entièrement tournée vers Celui qui est la source de son être et de sa vie : « Mon âme exalte le Seigneur : Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur » ! La prière est la respiration de son cœur ; la prière est l’acte par lequel elle se remet totalement et continuellement à Dieu. Au fil des âges, la tradition de l’Eglise exprimera cette attitude profonde du cœur de la Vierge par de beaux symboles se référant à l’Ecriture : Marie est la « terre vierge » qui accueille le grain de blé et qui reçoit en plénitude l’eau de la grâce. Marie est le pur cristal qui réfracte la lumière divine sans en retenir le moindre rayon…
Frères et sœurs en Jésus Christ,
La conception immaculée de Marie est préservation du péché et plénitude de
grâce. Telle est la foi de l’Eglise, foi solennellement proclamée au cours
du XIXème siècle. Ce privilège inouï ne retire pas la Vierge de la condition
humaine. Marie n’est pas moins créature que nous parce qu’elle est Immaculée !
Il faut dire plutôt qu’elle est plus créature que quiconque parce qu’elle
est tout accueil, toute disponibilité à Dieu. Marie est le modèle parfait de
l’être humain tel que Dieu de toute éternité l’a voulu. De toutes les créatures
humaines, elle est la plus petite, et, de ce fait, celle qui peut être le plus
comblée par l’amour de Dieu. Pauvre d’elle-même, Marie est riche de
l’amour divin. Oui, plus on est petit, plus l’amour est grand en nous.
Parce que la Vierge est toute réceptivité, Dieu sait qu’il peut lui
proposer de coopérer au salut de l’humanité en accueillant en son sein son
Fils unique qui prend son corps à partir du sien !
« Le Seigneur est avec toi » : Dieu donne à l’Immaculée
la force d’accueillir son Fils et de le servir parfaitement. En effet, tout
est grâce. Cette force oriente et soutient la liberté de la Mère de Dieu mais
il importe de souligner que la liberté de la Vierge, toute auréolée de sa
pureté native, demeure entière. C’est pourquoi Marie entre dans le projet
divin par un libre engagement de toute sa personne, engagement qui trouve une émouvante
expression dans la question posée à l’ange : « Comment cela se
fera-t-il ? ». En ne dépendant que de la volonté de Dieu, Marie est
souverainement libre : « Voici la servante du Seigneur ! »
L’attitude de la Vierge Marie comporte une importante leçon pour nous. A tout
moment, nous recevons de Dieu l’aide et la lumière dont nous avons besoin
pour correspondre parfaitement à son dessein d’amour. Mais ce dessein fera
toujours appel à notre liberté pour que nous ayons la joie d’ouvrir nous-mêmes
la porte de nos âmes aux flots de l’amour infini. La disponibilité intérieure
s’acquiert par le travail de la prière qui est un colloque simple et confiant
entre notre âme et Dieu. Le curé d’Ars appelait ce colloque, « un
gazouillis d’amour » et rappelait que toute prière passe par Jésus,
l’unique médiateur entre le Père et les hommes. On peut même dire plus en
affirmant que la prière, c’est Jésus adorant son Père en nous.
Comme
tout ce qui la concerne, la conception immaculée de Marie est ordonnée à sa
Maternité divine.
Mère de Dieu, telle est la plus grande dignité de Marie, une dignité
qui la met au-dessus de toutes les créatures, aux « confins de la Trinité »
osera dire un franciscain du XIIIème siècle. Par une condescendance dont la
Vierge Marie est la première à s’émerveiller, Dieu en son Fils, a voulu
partager la condition naturelle des hommes et entrer ainsi de plain-pied dans la
société humaine pour l’assumer, la récapituler, la transfigurer. Afin de réaliser
son désir, il s’est choisi une famille humaine, Marie, l’Immaculée, comme
Mère, et Joseph, gardien de la volonté du Père sur son épouse, humble
serviteur également de cette même volonté auprès de Jésus, son Sauveur et
son Dieu ! En ce temps de l’Avent qui nous rappelle le premier Avent,
- avec l’Immaculée, rendons grâces ;
- adorons Jésus, présent dans l’eucharistie par le corps qu’il a reçu de
Marie ;
- prions pour les familles et aussi pour notre pays afin que celui-ci reste fidèle
aux promesses de son baptême.
Contemplons, Marie, « la Femme enveloppée du Soleil », celle
qui est tout accueil et tout don, celle qui écrase la tête du serpent, celle
qui est la Mère de tous les vivants…
En Marie, le Seigneur a préparé une demeure digne de Lui. A notre mère,
mère du Bel Amour et de la sainte espérance, disons : « O Marie,
conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! »
+
Henri BRINCARD
Evêque du
Puy-en-Velay