Dimanche 6 décembre 1998, homélie du Père Pierre AFONSO

Notre Dame de la Prière, Mère de la Famille
L'ILE-BOUCHARD

Chers paroissiens,
    Je voudrais prendre le temps avec vous d'approfondir un aspect spécifique de la "grâce du lieu" à l'église Saint-Gilles de L'Ile-Bouchard auprès de Notre Dame de la Prière. En effet Marie y est contemplée tout spécialement comme notre Maman du Ciel, donnant du bonheur dans les familles. Elle est Mère de famille, Mère de la famille à cinq niveaux différents:

1- Marie, Mère de famille à Nazareth
    Par son Oui à Dieu, par l'entremise de l'ange Gabriel, Marie de Nazareth devient la Mère de Jésus, le Fils de Dieu. En elle et par elle Dieu se fait homme. Et nous découvrons à travers la maternité divine de Marie sa qualité de Mère de famille. Mère de la sainte famille de Nazareth. Epouse de saint Joseph qui entre aussi dans le projet de Dieu, elle est totalement consacrée à Dieu à travers son rôle de Mère de Jésus. Elle veille sur Jésus, sur sa croissance, et avec Joseph elle partagera les joies et parfois les angoisses de toute famille. Rappelons-nous l'inquiétude de Marie et Joseph lorsque Jésus était resté au Temple de Jérusalem à 12 ans. Nous contemplons dans la sainte famille de Nazareth cette grâce d'unité: unité du couple, unité parents-enfant. Cette unité qui trouve sa source dans l'unique désir de faire la volonté du Père du Ciel, et de la faire ensemble: le fiat de Marie -- qu'il me soit fait selon ta parole. (Luc 1, 38) -- trouve un écho dans le fecit de Joseph, -- il fit ce que l'Ange du Seigneur lui avait prescrit (Matthieu 1, 24).

2- Marie, Mère de la famille
    A la croix, Marie est donnée pour Mère au disciple que Jésus aimait. Il nous représente, il est le modèle du disciple de Jésus. Ainsi à ce moment d'épreuve Marie nous est donnée pour Mère. Elle devient Mère de l'humanité nouvelle dans le Christ, Mère de l'Eglise. Chacun de nous est invité par Jésus lui-même à l'accueillir comme telle. Et plus particulièrement en famille. Chaque famille est appelé à accueillir Marie comme Mère. Elle est Mère de chacune de nos familles. Marie intercède pour la famille, pour qu'elle grandisse dans l'unité dans le Christ. Elle veut donner du bonheur dans les familles, à l'image de la sainte famille de Nazareth. Permettre d'accueillir en famille le bonheur de Dieu, vivre les béatitudes de Jésus. Recevoir la joie de Jésus que nul ne pourra nous ravir (voir Jean 16, 22). Marie prie pour l'unité de la famille face aux tentations de la division. Elle veille à l'unité dans l'amour pour résister à la division du péché. Cette unité de la famille est la communion des personnes. Et cette unité vient de l'Unité de la Sainte Trinité des trois Personnes Divines. L'unité de la famille est vécue dans la complémentarité d'un homme et d'une femme, selon le projet de Dieu Créateur, dans la réciprocité du don de soi. C'est aussi l'unité des parents avec leurs enfants. L'unité se fait dans la ressemblance et dans la différence. Mais l'unité est plus forte que les différences. En Jésus-Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ; il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus. (Galates 4, 26-28). Et nous savons combien est grand le bonheur d'une famille unie. Surmonter les tensions et les divisions dans le Christ. Etre à l'écoute les uns des autres, entre parents, entre parents et enfants, entre frères et sœurs, être ensemble à l'écoute de la Parole de Dieu. La famille est une petite Eglise domestique, première cellule d'Eglise, Eglise Vivante de laquelle monte la prière en famille; petite communauté d'Eglise où on apprend ensemble l'Evangile et où on s'évangélise mutuellement par le témoignage et la charité au quotidien, dans la facilité ou dans le sacrifice; lieu où on apprend à aimer, à servir, à se donner; lieu où on se porte mutuellement, où on porte les fardeaux les uns des autres. Lieu de l'apprentissage du pardon, pardonner, demander pardon, recevoir le pardon. La famille est ce premier lieu où on expérimente la miséricorde les uns envers les autres. Et Marie vient donner cette tendresse et cette douceur à la famille. Elle fait entrer dans la grâce de la prière familiale, comme elle a prié avec Jésus et Joseph. Elle fait grandir la foi et le témoignage de la foi. Elle accompagne dans les épreuves et les sacrifices comme elle était présente jusqu'à la croix. Elle contribue à garder toujours au cœur l'espérance de la lumière pascale et de la miséricorde divine lorsqu'on est dans une impasse à vue humaine. Marie donne l'humilité d'un cœur ouvert aux autres et donne à la famille de rayonner, d'être une lumière pour d'autres.

3- Marie, Mère de la famille de Dieu, l'Eglise
    Nous vénérons Notre Dame de la Prière dans notre église Saint-Gilles de L'Ile-Bouchard qui est une église paroissiale. Il y a là un signe pour reconnaître que Marie est Mère de l'Eglise. Elle est Mère de la paroisse, du diocèse, de l'Eglise en général. Marie était avec les apôtres au Cénacle pour prier afin que l'Esprit promis par Jésus soit envoyé. Par sa présence à la Pentecôte, pour l'effusion de l'Esprit, elle participe à la naissance dans l'Esprit de l'Eglise, Corps du Christ. C'est en 1964 que le Concile Vatican II donnera officiellement à Marie ce titre de Mère de l'Eglise. Marie, Mère de Famille, nous invite à regarder l'Eglise comme une grande famille, et à l'accueillir en Eglise comme notre Mère. L'Eglise est la Famille de Dieu, la famille des baptisés, enfants du même Père en Jésus-Christ. Par lui (Jésus-Christ), en effet, les uns les autres, nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit. Et donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les Apôtres et les prophètes; et la pierre angulaire c'est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s'élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, vous aussi, des éléments de la construction pour devenir par l'Esprit Saint la demeure de Dieu. (Ephésiens 2, 18-22). Marie veille sur la famille de Dieu, l'Eglise, construction harmonieuse. Elle intercède pour l'unité de l'Eglise. Elle est elle-même membre de l'Eglise et glorifiée auprès du Christ, elle brille comme un signe d'espérance pour toute l'Eglise en marche vers la Jérusalem céleste. Comme une Maman fait tout pour que ses enfants ne se divisent pas, elle porte dans son cœur la prière pour l'unité des chrétiens.
    C'est en Eglise que nous voulons accueillir Marie comme Mère. En tant que paroisse nous la reconnaissons comme la Mère de notre paroisse de L'Ile-Bouchard. Elle est Mère de notre famille paroissiale, grande paroisse avec ses onze communes et ses douze églises. Le nombre des clochers souligne encore plus la grâce d'unité dans la variété. L'accueillir comme la Mère de notre paroisse, c'est vouloir se mettre à son écoute dans la prière en assemblée; la chanter, la vénérer, la prier avec le chapelet pour suivre avec elle Jésus pas à pas, l'écouter nous parler de Jésus, la laisser nous donner Jésus pour l'adorer comme les bergers dans la nuit de Noël. C'est encore lui partager nos désirs, nos projets pour la paroisse, pour qu'ils soient vraiment selon le cœur de Dieu; ou plus sûrement encore c'est recevoir par elle les projets de Dieu pour notre paroisse. Elle contribue à réaliser cette harmonie dans la paroisse, cette unité dans un même esprit de famille, pour que notre paroisse soit une communauté chrétienne vivante et accueillante: La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul cœur et une seul âme. (Actes 4, 32).
    Et comme dans une famille il y a différentes fonctions, dans la famille Eglise il y a différentes fonctions et ministères. Le diocèse est rassemblé autour de son Evêque qui conduit dans l'unité le Peuple de Dieu qui lui est confié, et la paroisse rassemblée autour de son Curé, coopérateur de l'Evêque. Ce ministère pastoral est pour le service de l'unité autour du Christ, tête, chef de l'Eglise. Le prêtre doit permettre à ce que chacun puisse donner le meilleur de lui-même, déployer les dons reçus de Dieu pour l'édification harmonieuse de la communauté. Que chacun puisse épanouir sa vocation là où Dieu l'a placé! Et la Sainte Vierge bénit tout particulièrement les prêtres, leur manifeste sa tendresse maternelle, pour qu'ils soient de fidèles serviteurs, configurés au Christ grand prêtre de l'alliance nouvelle et éternelle. Notre Dame de la Prière au cœur de la paroisse est source de grâces pour les prêtres, pour leur mission de prière et d'intercession pour la paroisse qui leur est confiée, pour leur ressourcement dans la prière, pour leur mission de donner Jésus aux hommes. Elle nous désigne la croix de son chapelet, la croix de Jésus. Et les prêtres sont renouvelés dans leur réponse à l'appel de Jésus: Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. (Luc 9, 23). Que retentisse l'invitation à prier pour les prêtres, pour les vocations dans nos familles, et à prier les uns pour les autres dans nos vocations respectives et complémentaires dans la famille paroissiale!

4- Marie, Mère de la Nation
    Marie manifeste sa maternité sur chaque pays compris comme une grande famille. A travers la variété des régions et des cultures locales se déploie quelque chose de la beauté de notre pays. Sans monotonie, parcourir notre terre de France pour en découvrir les habitants qui la façonnent et rendre grâce pour l'unité acquise au fil des siècles dans les alliances où dans les larmes. Quelles que soient les circonstances historiques, Marie comme une Mère intercède pour l'unité des enfants de France. La prière pour la France ouvre le cœur à un regard nouveau sur les régionalismes, sur les corporatismes, sur les autorités… pour le service du bien commun. La mémoire de notre histoire pétrie par la foi chrétienne et jalonnée par le témoignage de tant de saints nous encourage pour être plus audacieux dans la proposition de la foi aujourd'hui. Etant donné la légitime séparation des pouvoirs civils et religieux, et le pluralisme religieux, Marie ne peut pas être reconnue comme Mère du Peuple, mais dans notre foi nous savons qu'elle intercède maternellement pour tous les hommes du pays pour qu'ils puissent découvrir son Fils et reconnaître l'amour miséricordieux du Père, accueillir les rayons de lumière de l'Esprit-Saint au plus intime de leur conscience.

5- Marie, Mère de la famille des peuples
    Plus largement encore, nous sommes entraînés, dans un regard de foi, à considérer l'humanité entière comme une grande famille de peuples apprenant à se respecter et à s'enrichir mutuellement dans une marche éprouvante vers l'unité. Quand les nationalismes sont surmontés, les autoritarismes dépassés, les égoïsmes abandonnés, la construction de la paix dans la vérité et la justice peut se poursuivre ici ou là. Marie est au pied de la croix de ce monde déchiré et partagé, de ces lieux où la dignité de l'homme, à l'image et à la ressemblance de Dieu, est bafouée. Elle est traversée en son âme par ces souffrances. Et elle prie pour l'enfantement de ce monde nouveau dans le Christ, pour que vienne son règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d'amour et de paix. (Préface de la Fête du Christ Roi de l'Univers). La création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu. Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu'elle l'a voulu, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. (Romains 8, 19-22).

    Que Notre Dame de la Prière, Mère de la famille, nous donne la grâce d'accueillir sa maternité dans ces différents niveaux de notre existence pour répondre à l'appel du Seigneur : Voici ta Mère ! (Jean 19, 27). AMEN.