Très chers Pèlerins de
Notre-Dame de la Prière, laïques et moines,
Salve sancta Parens; nous vous saluons très sainte Mère de Dieu et
"Notre Maman du Ciel", ainsi que vous avez daigné le déclarer
ici-même, il y a 60 ans.
D'un mot, je veux tout d'abord remercier le Père Curé et la communauté paroissiale, ou mieux la famille paroissiale, qui nous accueille aujourd'hui avec tant de charité à l'occasion de cet exceptionnel pèlerinage communautaire.
Nous sommes venus, en cette
fête de la Présentation au Temple de la Sainte Vierge, dans la joie de nous
unir, avec quelques jours d'avance, à la célébration solennelle du 60e
anniversaire des apparitions du 8 décembre 1947 et des jours suivants. Nous
voulons dire à Notre-Dame notre merci pour tous les bienfaits qu'elle nous a
obtenus et distribués depuis la restauration de la vie monastique à
Fontgombault qui a suivi de si près sa venue ici. Nous déposons à ses pieds et
dans son Cœur Immaculé toutes nos intentions conventuelles et individuelles,
toutes nos joies et nos espérances, ainsi que toutes nos peines, que la
discrétion ne nous permet pas d'énumérer mais qu'elle connaît parfaitement et
dans le détail. Nous portons dans notre prière la France, notre patrie :
elle n’en a pas moins besoin aujourd'hui qu'en 1947. Nous prions Marie, Mère de
l'Église et Reine de France, pour l'Église qui est en France, avec une
intention particulière pour Monseigneur André Vingt-Trois, à qui ce sanctuaire
doit beaucoup, et qui sera créé cardinal samedi prochain, par notre bien-aimé
Saint Père Benoît XVI qui est toujours présent dans notre prière.
Nous sommes venus pour prier
Notre-Dame, mais aussi pour écouter le message qu'elle a délivré à
L'Ile-Bouchard. Nous pouvons le lire en quelque sorte en contemplant la statue
érigée à l'endroit même des apparitions. Là, se trouve représenté tout le
mystère de Marie, l'humble Vierge de Nazareth, depuis sa conception immaculée
jusqu'à son Assomption dans la gloire du Ciel.
Marie est toute relative à
son Fils, le Fils éternel du Père, qui a pris chair en elle afin de pouvoir
sauver l'humanité pécheresse, propter nos
homines et propter nostram salutem, comme nous le chantons dans le Credo.
C'est afin qu'elle soit une digne Mère de Dieu que, par un privilège unique,
elle a été préservée, dès le premier instant de sa conception, de toute
atteinte du péché originel ; le choix du 8 décembre pour la première
apparition est un rappel significatif.
La présence de l'archange
Gabriel auprès de la "Belle Dame" évoque évidemment la scène de
l'Annonciation et donc le mystère de l'Incarnation. Nous voyons-là la plus
parfaite application de la parole de Jésus dans l'Évangile que nous venons
d'entendre : « Combien plus heureux sont ceux qui écoutent la parole de
Dieu et qui la mettent en pratique ». N'est-ce pas ce qu'a fait Marie lorsque
au message de l'Ange elle a répondu : « Voici la servante du
Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole », nous donnant ainsi une
précieuse leçon d'obéissance humble et aimante ?
Le Magnificat qui apparaît sur la poitrine de Notre-Dame n'est-il pas
un rappel de la visite qu'elle fit à sa cousine Élisabeth, et une invitation à
imiter l'empressement de sa charité fraternelle ?
Lorsque Marie présente à la
vénération des petites voyantes la croix de son chapelet à baiser, nous nous
trouvons au cœur du mystère et du message de L'Ile-Bouchard. En effet, nous
sommes tous appelés à communier au sacrifice de la Croix, à travailler, chacun
selon sa vocation et sa grâce, au salut du monde et à la conversion des pauvres
pécheurs, pour lesquels la Sainte Vierge a demandé ici, comme en bien d'autres
lieux, que l'on prie et que l'on fasse des sacrifices. Saint Louis-Marie
Grignion de Montfort voyait les apôtres des derniers temps tenant « le crucifix
dans la main droite, le chapelet dans la gauche » (V.D. 59). Et notre Saint
Père le Pape Benoît XVI souhaite : « Que la Vierge Marie, qui a accompagné
avec une sollicitude maternelle le chemin de l'Église naissante, (...) nous
rende tous conscients d'être missionnaires, c'est-à-dire envoyés par le
Seigneur pour être à tout moment des témoins de son existence ».
La gloire du Ciel, enfin,
est également présente au cours des apparitions : elle se manifeste dans
la merveilleuse beauté de la Vierge et dans la lumière d'or dans laquelle elle
est enveloppée ; la glorification de Marie dans son Assomption est l'ultime
épanouissement de son Immaculée Conception ; n'ayant jamais eu le moindre
contact avec le péché, il convenait qu'elle ne fut pas atteinte par la mort qui
en est le salaire (cf. Ro 6, 23) et qu'elle ne connut pas la corruption du
tombeau. La Sainte Vierge est toute glorieuse en son âme et en son corps ; elle
est comblée de bonheur ; c'est bien ainsi qu'elle s'est montrée pendant le
chant du Magnificat par la foule qui
remplissait cette église lors de la dernière apparition, le 14 décembre ;
en cette sombre après-midi d'hiver, le vif rayon de soleil, que Marie avait
annoncé, fut comme la signature du Ciel.
Chers Pèlerins,
puissions-nous accueillir docilement ce message et en vivre généreusement afin
d'en témoigner dans notre monde qui en a tant besoin pour pallier les ravages
du relativisme de la pensée et de la sécularisation païenne des mœurs que le
Saint Père dénonce et déplore si souvent. En ce 60e anniversaire des
apparitions, que Notre-Dame continue à donner du bonheur dans les
familles ; nous savons combien l'institution familiale, base de toute
société solide et équilibrée, est malmenée et menacée ; que Notre-Dame la
protège ! Demandons aussi à la Sainte Vierge de se pencher sur la France en lui
rappelant la question que Jean-Paul Il lui posait en 1980, au Bourget :
« France, Fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton
baptême ? », question qui nous concerne tous et qui nous invite a un
loyal examen de conscience sur la fidélité de notre vie chrétienne. Et ne
doutons pas qu'il dépend de nous que se lève bientôt le jour annoncé par saint
Pie X où, après avoir connu son chemin de Damas, la France se relèvera et
reviendra à sa vocation chrétienne et catholique ; en ce jour elle
entendra la voix du Seigneur lui dire : « Lève-toi, lave tes
souillures qui t'ont défigurée, réveille dans ton sein tes sentiments assoupis
et le pacte de notre alliance, et va, Fille aînée de l’Église, nation
prédestinée, vase d'élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant
tous les peuples et tous les rois de la terre » (Allocution du 29 novembre
1911).
Pour qu'il en soit bientôt
ainsi, redisons avec des cœurs d'enfants simples, humbles et confiants : «
Chez nous, soyez Reine – Notre-Dame de la Prière priez pour nous et
apprenez-nous à prier ».
Amen.