PÈLERINAGE CONVENTUEL À L'ILE‑BOUCHARD

Homélie prononcée
par le Très Révérend Père Dom Antoine FORGEOT
Abbé de Notre‑Dame de Fontgombault
(L’Ile-Bouchard, le 21 novembre 2007)

Très chers Pèlerins de Notre-Dame de la Prière, laïques et moines,

Salve sancta Parens; nous vous saluons très sainte Mère de Dieu et "Notre Maman du Ciel", ainsi que vous avez daigné le déclarer ici-même, il y a 60 ans.

        D'un mot, je veux tout d'abord remercier le Père Curé et la communauté paroissiale, ou mieux la famille paroissiale, qui nous accueille aujourd'hui avec tant de charité à l'occasion de cet exceptionnel pèlerinage communautaire.

Nous sommes venus, en cette fête de la Présentation au Temple de la Sainte Vierge, dans la joie de nous unir, avec quelques jours d'avance, à la célébration solennelle du 60e anniversaire des apparitions du 8 décembre 1947 et des jours suivants. Nous voulons dire à Notre-Dame notre merci pour tous les bienfaits qu'elle nous a obtenus et distribués depuis la restauration de la vie monastique à Fontgombault qui a suivi de si près sa venue ici. Nous déposons à ses pieds et dans son Cœur Immaculé toutes nos intentions conventuelles et individuelles, toutes nos joies et nos espérances, ainsi que toutes nos peines, que la discrétion ne nous permet pas d'énumérer mais qu'elle connaît parfaitement et dans le détail. Nous portons dans notre prière la France, notre patrie : elle n’en a pas moins besoin aujourd'hui qu'en 1947. Nous prions Marie, Mère de l'Église et Reine de France, pour l'Église qui est en France, avec une intention particulière pour Monseigneur André Vingt-Trois, à qui ce sanctuaire doit beaucoup, et qui sera créé cardinal samedi prochain, par notre bien-aimé Saint Père Benoît XVI qui est toujours présent dans notre prière.

Nous sommes venus pour prier Notre-Dame, mais aussi pour écouter le message qu'elle a délivré à L'Ile-Bouchard. Nous pouvons le lire en quelque sorte en contemplant la statue érigée à l'endroit même des apparitions. Là, se trouve représenté tout le mystère de Marie, l'humble Vierge de Nazareth, depuis sa conception immaculée jusqu'à son Assomption dans la gloire du Ciel.

Marie est toute relative à son Fils, le Fils éternel du Père, qui a pris chair en elle afin de pouvoir sauver l'humanité pécheresse, propter nos homines et propter nostram salutem, comme nous le chantons dans le Credo. C'est afin qu'elle soit une digne Mère de Dieu que, par un privilège unique, elle a été préservée, dès le premier instant de sa conception, de toute atteinte du péché originel ; le choix du 8 décembre pour la première apparition est un rappel significatif.

La présence de l'archange Gabriel auprès de la "Belle Dame" évoque évidemment la scène de l'Annonciation et donc le mystère de l'Incarnation. Nous voyons-là la plus parfaite application de la parole de Jésus dans l'Évangile que nous venons d'entendre : « Combien plus heureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ». N'est-ce pas ce qu'a fait Marie lorsque au message de l'Ange elle a répondu : « Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole », nous donnant ainsi une précieuse leçon d'obéissance humble et aimante ?

Le Magnificat qui apparaît sur la poitrine de Notre-Dame n'est-il pas un rappel de la visite qu'elle fit à sa cousine Élisabeth, et une invitation à imiter l'empressement de sa charité fraternelle ?

Lorsque Marie présente à la vénération des petites voyantes la croix de son chapelet à baiser, nous nous trouvons au cœur du mystère et du message de L'Ile-Bouchard. En effet, nous sommes tous appelés à communier au sacrifice de la Croix, à travailler, chacun selon sa vocation et sa grâce, au salut du monde et à la conversion des pauvres pécheurs, pour lesquels la Sainte Vierge a demandé ici, comme en bien d'autres lieux, que l'on prie et que l'on fasse des sacrifices. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort voyait les apôtres des derniers temps tenant « le crucifix dans la main droite, le chapelet dans la gauche » (V.D. 59). Et notre Saint Père le Pape Benoît XVI souhaite : « Que la Vierge Marie, qui a accompagné avec une sollicitude maternelle le chemin de l'Église naissante, (...) nous rende tous conscients d'être missionnaires, c'est-à-dire envoyés par le Seigneur pour être à tout moment des témoins de son existence ».

La gloire du Ciel, enfin, est également présente au cours des apparitions : elle se manifeste dans la merveilleuse beauté de la Vierge et dans la lumière d'or dans laquelle elle est enveloppée ; la glorification de Marie dans son Assomption est l'ultime épanouissement de son Immaculée Conception ; n'ayant jamais eu le moindre contact avec le péché, il convenait qu'elle ne fut pas atteinte par la mort qui en est le salaire (cf. Ro 6, 23) et qu'elle ne connut pas la corruption du tombeau. La Sainte Vierge est toute glorieuse en son âme et en son corps ; elle est comblée de bonheur ; c'est bien ainsi qu'elle s'est montrée pendant le chant du Magnificat par la foule qui remplissait cette église lors de la dernière apparition, le 14 décembre ; en cette sombre après-midi d'hiver, le vif rayon de soleil, que Marie avait annoncé, fut comme la signature du Ciel.

Chers Pèlerins, puissions-nous accueillir docilement ce message et en vivre généreusement afin d'en témoigner dans notre monde qui en a tant besoin pour pallier les ravages du relativisme de la pensée et de la sécularisation païenne des mœurs que le Saint Père dénonce et déplore si souvent. En ce 60e anniversaire des apparitions, que Notre-Dame continue à donner du bonheur dans les familles ; nous savons combien l'institution familiale, base de toute société solide et équilibrée, est malmenée et menacée ; que Notre-Dame la protège ! Demandons aussi à la Sainte Vierge de se pencher sur la France en lui rappelant la question que Jean-Paul Il lui posait en 1980, au Bourget : « France, Fille aînée de l'Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? », question qui nous concerne tous et qui nous invite a un loyal examen de conscience sur la fidélité de notre vie chrétienne. Et ne doutons pas qu'il dépend de nous que se lève bientôt le jour annoncé par saint Pie X où, après avoir connu son chemin de Damas, la France se relèvera et reviendra à sa vocation chrétienne et catholique ; en ce jour elle entendra la voix du Seigneur lui dire : « Lève-toi, lave tes souillures qui t'ont défigurée, réveille dans ton sein tes sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille aînée de l’Église, nation prédestinée, vase d'élection, va porter, comme par le passé, mon nom devant tous les peuples et tous les rois de la terre » (Allocution du 29 novembre 1911).

Pour qu'il en soit bientôt ainsi, redisons avec des cœurs d'enfants simples, humbles et confiants : « Chez nous, soyez Reine – Notre-Dame de la Prière priez pour nous et apprenez-nous à prier ».

Amen.