22ème
Pèlerinage des Familles - Dimanche 21 Mai 2006
de
Chézelles à L’Ile-Bouchard
Messe
dans le parc de la Maison de CHEZELLES
présidée
par le Père Bernard PEYROUS, Communauté de l’Emmanuel à Chézelles
6e Dimanche de Pâques (B) : Actes 10, 25-26,
34-35, 44-48 ; Psaume 97 ; 1 Jean 4, 7-10 ; Jean 15, 9-17
Les textes de la Messe
d’aujourd’hui que nous venons d’entendre sont des textes qui sont très
adaptés à un pèlerinage des familles. On pourrait presque croire qu’on les
a choisis exprès, mais pas du tout. Ce sont des textes que nous donne l’Eglise
en ce 6ème dimanche de Pâques.
Vous venez d’entendre la lecture de
la Parole de Dieu. Dans ce livre qu’on appelle un lectionnaire, vous avez
entendu les textes de la Messe d’aujourd’hui qui sont des textes importants.
Alors que nous disent ces textes ? Ces textes nous font une confidence sur
Dieu, ils nous parlent de Dieu et ils nous disent ce que nous, nous devons
faire. Vous avez entendu à la fin de l’Evangile, une phrase qui est la
suivante : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les
uns les autres ». Jésus ne dit pas : « Ce que je
vous conseille, c’est de vous aimer les uns les autres ». Vous avez
bien fait la différence ? Il ne dit pas : « Ce que je vous
recommande, ce que je vous suggère, c’est de vous aimer les uns les autres ».
Jésus dit : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les
uns les autres ». Alors, pourquoi dit-Il ça ? Parce qu’en réalité,
assez souvent, nous nous trompons sur Dieu. Les hommes se trompent sur Dieu, les
hommes ne savent pas qui est Dieu. Et c’est pour ça que Dieu Lui-même est
venu. C’est pour ça d’abord que dans l’Ancien Testament, Il a parlé, par
Moïse, Il a parlé par les prophètes et Il a commencé à nous dire qui Il était.
Et comme cela ne suffisait pas, Il est venu lui-même à la fin. Jésus est venu
et Jésus, c’est Dieu Lui-même, qui s’est fait homme et Jésus nous a parlé
de Dieu. Il nous a dit qui était Dieu. Parce que les hommes se trompent sur
Dieu. Quand vous dites à quelqu’un qui n’a pas la foi : « Qu’est-ce
que tu penses de Dieu ? », c’est très rare que la personne
vous dise : « Je crois que Dieu est Amour ». Parce que
quand quelqu’un sait que Dieu est Amour, à ce moment-là, il se convertit. Et
les hommes souvent ne pensent pas que Dieu est Amour et se trompent. Pourquoi se
trompent-ils ? Parce que Dieu, on ne le voit pas. Supposez, par exemple,
que je vous dise qu’il y a quelqu’un derrière la tente, là. Vous ne le
voyez pas. Imaginez la personne, dessinez-la moi. Vous ne la voyez pas. Alors
certains d’entre vous vont me dessiner un homme grand, avec des cheveux,
mettons des cheveux bruns, d’autres vont me dessiner une femme blonde, et
petite. Comme on ne voit pas, on peut imaginer. Alors c’est vrai qu’en réalité,
on a des indications. Notre raison, notre raisonnement nous permet de dire des
choses sur Dieu. Cependant, il s’en faut que nous connaissions vraiment Dieu !
On ne sait pas qui c’est, parce qu’on ne le voit pas. C’est pour ça que
Dieu nous a parlé, et c’est pour ça qu’Il est venu au milieu de nous pour
nous dire qui Il était.
Je vais vous raconter l’histoire de
quelqu’un qui a découvert qui était Dieu tout à fait à la fin de sa vie.
Il s’agit d’un poète français qui s’appelle Paul Valéry. Paul Valéry
était un grand poète français et il n’avait pas la foi, parce qu’il ne
savait pas qui était Dieu. Mais il se posait des questions quand même. Il a eu
un cancer, un cancer sérieux et il a été à Paris dans une clinique tenue par
des religieuses, c’était après la guerre de 1940. Une des religieuses était
médecin, c’était une des premières françaises à être médecin, femme-médecin
et elle était d’une famille athée, donc des gens qui ne croyaient pas en
Dieu. Elle s’était convertie et elle était devenue religieuse. On lui avait
demandé de s’occuper de Paul Valéry la nuit, parce que pour les grands
malades, la nuit est difficile. Et Paul Valéry savait qui était cette femme.
Alors un soir Paul Valéry lui dit : « Ma sœur, je voudrais vous
demander quelque chose. Pourquoi vous êtes-vous faite religieuse ? »
Elle ne s’attendait pas à la question, elle a hésité et elle a dit : « Eh
bien, pour mieux servir les autres. » Ce qui était vrai, mais ce n’était
pas le fond. Paul Valéry qui avait de grands yeux noirs l’a regardée avec
ses grands yeux, parce qu’il sentait bien qu’elle n’avait pas tout dit.
Alors elle a été plus loin et elle a dit : « Par amour. Pour
mieux aimer ». Et cela a beaucoup frappé Valéry. Alors il lui a dit : « Vous
avez bien fait. Vous avez très bien fait ! » La nuit suivante,
Paul Valéry n’était pas bien et il a dit à la religieuse : « Ma
sœur, je vais mourir, je le sais et j’ai peur ». Il faut être très
courageux pour dire qu’on a peur. Il lui a dit : « J’ai peur
parce que je ne sais pas où je vais ». Et la sœur lui a répondu :
« Vous avez cherché la vérité pendant votre vie, vous avez été
honnête et il ne serait pas malhonnête de prier de manière conditionnelle ».
Là, il n’a pas compris et elle lui a dit : « Mais oui, vous
pouvez dire : mon Dieu, si Tu existes, aide-moi. Si Tu existes,
manifeste-toi à moi. Ça c’est honnête ». Et elle a eu
l’impression qu’il acceptait cela très bien. La nuit suivante, il a été
mal, il a eu très mal. Elle était près de lui, lui tenait la main et elle
priait à voix basse. Elle avait l’impression que Valéry écoutait beaucoup
ses prières. Et puis, la dernière nuit de Paul Valéry est arrivée. A un
moment donné, il a demandé à sa femme, qui était dans la chambre, et à la
religieuse, de le redresser sur son oreiller. Il a demandé qu’on lui donne
son carnet de notes personnelles et un crayon. Il a écrit exactement ceci :
« Pour la première fois avec le Christ, - donc avec Jésus, Dieu
fait homme - le mot de Dieu a été associé au mot Amour ». A ce
moment-là, la mine du crayon a cassé. Il a demandé un autre crayon et sa
femme lui dit : « Tu continueras demain ». Il a répondu :
« Non, parce que demain on ne sera pas. Donne-moi un autre crayon ».
On lui a donné un autre crayon et il a écrit : « Christ =
Amour », et il est mort. Il avait tout compris !
En réalité Dieu est Amour, Dieu n’est qu’Amour et les hommes ne le savent pas. Et nous, chrétiens, la différence que nous avons avec les autres, si nous sommes vraiment chrétiens, c’est que nous le savons et par conséquent, nous devons l’annoncer et nous devons le dire aux autres et le manifester.
Dans les textes d’aujourd’hui, vous avez d’abord ce premier texte qui est très, très beau, dans lequel on nous rend compte dans les Actes des Apôtres que St-Pierre arrive à Césarée-Maritime, une ville au bord de la mer (qui n’existe plus maintenant, il n’y a que des ruines) et il est accueilli par un officier de l’armée romaine, un centurion, ce qui correspond à peu près à un capitaine chez nous. L’Esprit Saint tombe sur tous ces Romains qui sont là ! Ils reçoivent l’Esprit Saint et ils demandent le baptême. Qu’ont-ils compris ces Romains ? Quand l’Esprit Saint est venu sur eux, qu’est-ce que l’Esprit Saint leur a dit : l’Esprit Saint leur a ouvert le ciel, l’Esprit Saint leur a ouvert le cerveau si j’ose dire, Il leur a ouvert les yeux et ils ont compris. Qu’ont-ils compris ? Cela nous est expliqué aujourd’hui dans la deuxième lecture et dans l’Evangile. La deuxième lecture commence comme ça : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres parce que l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu ». Et dans l’Evangile qui suit, Jésus dit ceci : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire ceci : nous, dans la vie, on a de l’amour ou de l’amitié, qui est une forme d’amour, les uns pour les autres. Nous avons de l’amour, un peu, beaucoup, passionnément à certains moments, mais on a de l’amour quelquefois. Nous avons de l’amour, mais nous ne sommes pas qu’amour. Moi, quand j’aime les gens, je les aime, c’est vrai, mais je ne peux pas dire que tout mon être aime complètement, même mes meilleurs amis. J’ai toujours des réserves quelque part, je ne peux pas donner cent pour cent d’amour. Et quand je suis aimé par quelqu’un, je ne reçois pas non plus cent pour cent de l’amour qu’on voudrait me donner. Je ne suis pas un bloc d’amour. J’ai de l’amour, mais je ne suis pas entièrement constitué d’amour, parce que je peux avoir peur, parce que je peux être énervé, parce que je peux être agacé, parce que je peux avoir de mauvais souvenirs, etc... J’ai de l’amour, mais je ne suis pas que de l’amour.
Ce que Jésus nous a révélé, c’est que Dieu n’est qu’Amour, et c’est ça qu’avait compris Paul Valéry. Dieu n’est qu’Amour. Dans le cœur de Dieu, il n’y a que de l’amour, parce que Dieu est un Etre, l’Amour et l’Être s’identifient chez lui. Il n’est qu’Amour. Et ce que Jésus nous a aussi révélé, c’est que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit et que dans la Trinité, la vie de la Trinité c’est une vie d’amour permanente, c’est une circulation d’amour, c’est une sorte de volcan d’amour. Notre Dieu n’est qu’un grand Cœur d’Amour ! Le christianisme, c’est ça. Quelquefois des gens vous disent : « Moi je suis chrétien, je crois en Dieu ». Mais il y a des millions, des milliards de gens sur la terre qui croient en Dieu et qui ne sont pas chrétiens. Etre chrétien ne consiste pas seulement à croire en Dieu, c’est la seule religion qui nous dit que Dieu est Amour. C’est ça le christianisme. Le christianisme, c’est la religion de gens qui croient que Dieu est Amour et n’est qu’Amour.
Par conséquent nous sommes sur la terre, créés par Dieu, par amour. Vous et moi nous avons été mis un jour sur la terre par Dieu, avant même que nos parents le sachent, Dieu a prononcé notre nom et nous ne sommes sur la terre vous et moi que par amour. Nous sommes le produit d’un acte d’amour qui vient du cœur de Dieu. Dieu est Amour et nous, nous sommes sur la terre par amour. On est sur la terre pour quoi ? On va passer un certain temps sur la terre vous et moi. On est arrivé un jour, on partira plus tard, pour le moment on est là. Mais on est là pour quoi ? Que va-t-on faire sur la terre ? Sur la terre, on va aimer. Nous ne sommes sur la terre que pour aimer. Aimer qui ? Aimer Dieu et nous aimer les uns les autres. C’est exactement les textes d’aujourd’hui. Nous sommes sur la terre pour nous aimer les uns les autres, tout simplement. Quand on va aller au ciel, le Seigneur ne nous demandera pas si on a fait des exploits. Peut-être qu’on en fera ! Ce que le Seigneur nous demandera, c’est si on a aimé. Le Seigneur ne regardera pas la liste de nos diplômes, Il ne regardera pas le volume de notre compte en banque. Ce que le Seigneur regardera, c’est l’amour que nous nous sommes donné les uns aux autres. Nous ne sommes sur la terre que pour aimer. Chaque journée qui nous est donnée nous est donnée pour aimer.
Alors, qu’est-ce que c’est l’amour ? L’amour consiste à regarder quelqu’un et à dire à la personne : « Je t’aime, et parce que je t’aime, je veux ton bien, je veux ton bonheur et par conséquent, je vais te faire passer avant moi » . Et ça c’est toute la joie et toute la difficulté de la vie de famille ! Non ? Que se passe-t-il dans une famille ? Dans une famille on vit ensemble tout le temps. Comme on vit ensemble tout le temps, c’est quelquefois très chouette et c’est quelquefois plus difficile. Quel est le choix qu’on fait dans une famille, dans une famille chrétienne ? Le choix, c’est de s’aimer. Je me marie avec toi parce que je t’aime et si je t’aime, je veux te faire passer avant moi. Et donc ce que je veux le matin quand je me lève, c’est ton bonheur. Et c’est exactement pareil pour les enfants. Quand on met au monde des enfants, tous les parents qui sont là le savent bien, on va faire passer les enfants avant nous et on va donner à ses enfants ce qu’on a de meilleur et on va essayer de leur apprendre le bonheur. Et quand les enfants grandissent, on leur apprend peu à peu la générosité. Ce n’est pas facile. La générosité, ça consiste à aimer les autres, à aimer ses frères, ses sœurs, ses parents, ses camarades et aussi à vouloir leur bien, à vouloir leur bonheur et peu à peu on apprend aussi à les faire quelquefois passer devant soi. Ce n’est pas très facile, il faut toute la vie pour apprendre ça et on appelle cela l’éducation à l’amour et c’est ainsi que peu à peu on vit avec Dieu. Et c’est comme ça que plus tard, on grandit et que l’on peut aimer quelqu’un en disant : « C’est toi que je veux aimer et je cherche ton bonheur », ou bien alors, quelquefois, on peut se consacrer au Seigneur dans le célibat en disant : « Seigneur, je me donne à Toi par amour », comme la sœur dont je parlais tout à l’heure. Et d’autres sont appelés par le Seigneur à devenir prêtres, à se consacrer aussi dans le célibat comme des garçons et à ce moment-là, eux aussi, ils choisissent d’abord l’Amour du Seigneur.
Au fond, les choses sont simples. Nous sommes aujourd’hui sous le regard de Marie, ici à Chézelles. Chézelles, c’est la banlieue de L’Ile-Bouchard, comme chacun sait ! Donc nous sommes ici sous le regard de Marie et Marie est venue à L’Ile-Bouchard en disant qu’elle donnerait du bonheur dans les familles. La vie n’est pas toujours facile. Il y a des combats, des difficultés, des incompréhensions, des souffrances, des échecs. Mais ce que nous savons, c’est que le Seigneur nous permet toujours, toujours, toujours de revenir à l’amour. Le Seigneur nous permet toujours de revenir à l’Amour de son Cœur et rien n’est jamais perdu définitivement. Parce que Dieu est Amour et que la force de l’Amour, c’est quelque chose d’extraordinaire ! Alors nous allons demander à Marie, aujourd’hui, du bonheur pour vos familles. Le bonheur dans une famille, c’est de s’aimer. Et nous allons demander à Marie cette grâce : qu’elle nous convainque tous de l’importance de l’amour, et qu’on se le montre, qu’on se le dise au besoin et qu’on se pardonne et qu’on avance dans la voie de l’amour. Voilà, il n’y a rien de plus grand que ça et quand un jour, nous partirons vers le ciel les uns et les autres, si en mourant nous pouvons dire : « J’ai beaucoup aimé dans ma vie », on aura drôlement bien réussi notre vie ! Il n’y a que cela qui est vraiment important, c’est l’Amour. Amen.
www.ilebouchard.com/homelies/ho_2006-05-21.htm