21ème
Pèlerinage des Familles - Dimanche 22 Mai 2005
de Chézelles à
L’Ile-Bouchard
Messe dans le parc de la Maison de CHEZELLES
présidée par Mgr Jean-Louis BRUGUÈS, évêque
d’Angers
Dimanche de
la Sainte Trinité (A) : Exode 34,4b-6.8-9 - Daniel 3
- 2 Corinthiens 13,11-13
- Jean 3,16-18
Accueil
Mes amis, la vraie fête des Pères, la vraie fête des Mères, pour nous
chrétiens, c’est aujourd’hui. Aujourd’hui où l’Église nous invite à
célébrer la Trinité, la très Sainte Trinité qui se trouve au cœur du cœur
de notre foi, au cœur aussi de notre cœur humain, cœur de père, cœur de mère,
cœur d’enfant. Nous sommes nés au moment où a été prononcée une phrase
qui a marqué notre baptême, et a marqué notre entrée dans la vie
spirituelle. Elle marque le début de chacune de nos célébrations, puisque
c’est toujours Au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit. Amen. Préparons-nous à la célébration de cette Eucharistie en
reconnaissant que nous sommes pêcheurs et que nous avons besoin de la miséricorde
du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.
Rappelez-vous. Rappelez-vous, non pas avec votre mémoire psychologique,
puisque l’événement remonte pour la plupart d’entre nous aux tous premiers
moments de l’existence, rappelez-vous avec cette mémoire spirituelle, qui
nous conduit au moment où tout a commencé, au moment où sur chacun de nous a
retenti cette phrase : “Je te baptise au nom du
Père et du Fils et du Saint-Esprit”.
Depuis ce moment-là, frères et sœurs, nous affirmons notre foi au Dieu-Trinité.
Croire, je veux dire croire selon la manière chrétienne, c’est affirmer que
Dieu est communion à l’intime de lui-même. Chacune des trois Personnes est
toute relation, toute communion aux deux autres ; non pas une relation, une
communion qui serait quelque chose en plus, une qualité attribuée à une
Personne, mais une relation, une communion qui est Quelqu’un, une Personne,
une Personne…Trois Personnes ! Chaque Personne est pur don, chacune est
livrée par tout elle-même aux deux autres.
On aurait
pu imaginer, si je puis dire, que ce Dieu-Trinité eut pu se contenter de cette
relation pour l’éternité. Pourtant, il lui a plu d’associer des êtres
chers, des êtres créés à son image, des hommes, des femmes, comme des
enfants, à cette communion, à cette relation intime ; l’Evangile qui
vient d’être proclamé nous le rappelait : ce Dieu Trinité aime à se
donner. Non seulement se donner à l’intérieur de lui-même, mais se donner
à l’homme, aux hommes, à tous les hommes.
Le Père “envoie” le Fils, et le Père et le Fils “envoient” le
Saint-Esprit. Ils envoient ce Saint-Esprit, non seulement pour qu’il vive au
milieu de nous, mais pour qu’il demeure en chacun de nous, pour qu’il
construise sa demeure en chacun de nous. Depuis notre baptême, depuis notre
confirmation, alors que nous avons reçu la plénitude de l’Esprit Saint, nous
pouvons dire que la Trinité habite en nous, comme un Dieu habite son
sanctuaire. Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui : la Trinité à
demeure, à demeure pour un partage dans la foi, dans l’amour, un partage
conscient. Avouez qu’il y a de quoi transfigurer une existence.
Le Père : à chaque
battement de mon cœur, je prends source en lui, je me reçois de lui. Il
faudrait ici, parmi d’autres pages plus parlantes les unes que les autres, évoquer
cette parabole du fils prodigue (Luc 15). Le fils est parti et le Père reste là,
sur le seuil, il attend. Il n’a pas fait le deuil de son fils, il n’a pas
pris son parti de le voir s’éloigner de la maison et de le savoir malheureux.
Malheureux autant que lui, comme Père, il guette son retour. Il n’a jamais
cessé de l’aimer d’un amour créateur et re-créateur et c’est cet amour
qui le rappelle, qui l’attire, qui l’aimante, et place au fond de son cœur
ce mouvement de retour vers la maison familiale. À l’intime de nous-mêmes
comme chez le fils prodigue, le Père crée, recrée, redonne l’amour et fait
jaillir la vie. Cette paternité que nous exerçons, cette maternité qui nous
est confiée, trouvent ici leur source, et leur modèle. Lorsque nous nous
demandons comment nous comporter vis-à-vis de nos enfants, tournons-nous vers
le Père de qui vient, disait Saint Paul, toute paternité : il saura nous
inspirer, comme dans la parabole du fils prodigue, les paroles et les attitudes
qui conviennent à nos enfants.
Le
Fils :
le Fils, Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu comme nous, Dieu l’un de nous, Jésus
de Nazareth, partageant intégralement notre vie et notre mort. Il est venu pour
nous faire retrouver la maison du Père, la maison de famille et plusieurs Pères
de l’Eglise ont comparé Jésus à l’enfant prodigue, ou plus exactement au
frère aîné qui s’est fait prodigue, prodigue pour que le plus grand nombre,
pour que la multitude, pour que tous, si c’est possible, retrouvent la maison
du Père et s’entendent dire : “Tout
ce qui est à moi est à toi. Entre dans la joie de la maison ; tu es chez
toi comme chez moi. Chez moi, c’est chez toi”.
Le Fils est venu nous enseigner les paroles mêmes de la filiation, de notre
statut de fils, “Notre Père, qui es au cieux…”.
Mais justement ce Père, nous ne
pouvons le reconnaître, nous ne pouvons l’invoquer que si
l’Esprit nous le souffle ; c’est lui, répète encore Saint Paul,
qui met dans notre cœur ce mouvement qui nous tourne vers lui et nous fait dire
“Abba,
Père ”. C’est le rôle donc de
l’Esprit Saint de nous modeler chacun “en forme de fils”, de sculpter en
chacun de nous les traits du Fils, de peindre en nous l’icône vivante de Jésus-Christ.
Il le fait non pas extérieurement, mais à l’intime de nos vies. Il le fait
aussi au grand large du monde. Il est l’âme de notre âme, il est l’âme de
l’humanité rassemblée en Eglise et il travaille discrètement,
douloureusement, “à pas d’amour”, à travers combien d’aventures … à
cette peinture de l’icône du Christ.
Voilà, frères et sœurs, pauvrement balbutiée, la Réalité qui
palpite dans notre cœur de chrétiens. Comment se fait-il que notre Eglise,
notre Eglise d’Occident, n’ait pas su donner toute sa place à cette belle célébration
de la Trinité ? Comment se fait-il que nous en soyons venus à considérer
ce mystère de la Trinité comme abstrait, comme utopique, sans impact sur le réel,
sur notre vie concrète, alors qu’il est au cœur du cœur ? Pour le
pressentir, il faudrait sans doute plus d’écoute profonde, plus de présence
à nous-mêmes et de présence aux autres, plus d’amour vrai, plus de foi
lucide, et éclairée.
Si notre foi ne s’attache qu’au Père seul, en estompant le Fils et
le Saint-Esprit, nous sombrons dans un vague déisme de plus en plus flou ;
n’est-ce pas, hélas, le sort de beaucoup de “chrétiens” que nous
connaissons ? Si nous prétendons nous adresser au Fils seul, en estompant le Père
et l’Esprit, nous tombons dans un humanitarisme finalement assez plat, aussi
flou que le premier, une sorte d’athéisme fraternel à réminiscence chrétienne ;
combien de “chrétiens” en sont là ? Et si nous n’avons
d’attention que pour l’Esprit seul, en estompant le Père et le Fils, nous
sommes menacés d’un illuminisme inconsistant, que nous confondons avec les
agitations de nos esprits, et les variations de notre cœur.
Le Père et le Fils et l’Esprit Saint, telle est l’identité ineffable, adorable du Dieu vivant. Je voudrais que nous en soyons persuadés. Croire à cela, c’est la santé de notre foi, c’est sa vérité, son ressort secret. Tout à l’heure, à la fin du canon, le célébrant principal et tous ceux qui l’entourent chanteront “Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire”. Eh bien, mes amis, quand nous accèderons tous ensemble, chacun à sa place, au sommet de la célébration qui a commencé, répondez, répondez par cet “Amen” - “je crois, j’adhère, je veux” - qui, nous dit Saint Augustin, dans sa cathédrale d’Hippone retentissait “comme un tonnerre”. Qu’il en soit donc ainsi, mes amis, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen !