20ème
Pèlerinage des Familles - Dimanche 16 Mai 2004
de Chézelles à L’Ile-Bouchard
Messe dans le
parc de la Maison de CHEZELLES
présidée par Mgr Bernard-Nicolas AUBERTIN, évêque
de Chartres
6e dimanche de Pâques C : Actes
15,1-2.22-29 – Psaume 66(67) – Apocalypse 21,10-14.22-23 – Jean 14,23-29
Mots d’introduction
Père Pierre
Afonso :
Nous
sommes heureux d’accueillir Monseigneur Bernard-Nicolas Aubertin, évêque de
Chartres, qui vient pour la première fois présider un pèlerinage à L’Ile-Bouchard,
le 20ème pèlerinage des familles. Et aujourd’hui nous sommes
aussi en union de prière avec notre archevêque de Tours, Monseigneur André
Vingt-Trois qui est en Touraine depuis 5 ans exactement, depuis le 16 Mai 1999 ;
et en communion avec le Saint-Père qui fête dans 2 jours ses 84 ans. Alors
tous ensemble, les enfants, les familles, les jeunes scouts aussi, tous nous
sommes heureux de fêter Notre-Dame de la Prière, de se confier à son
intercession pour accueillir Jésus qui se donne à nous dans l’Eucharistie.
Monseigneur
Aubertin :
Il est
heureux que notre démarche d’aujourd’hui, ce temps fort de rassemblement
qui nous conduira à L’Ile-Bouchard, commence ce matin par la célébration de
l’eucharistie, ce sacrifice d’action de grâce du Fils au Père dans l’Esprit
Saint. Au début de cette célébration, nous nous reconnaissons pécheurs, mais
en même temps nous confessons notre foi en Celui qui est pardon, miséricorde,
accueil :
« Je
confesse à Dieu Tout Puissant…
Homélie
(Retranscription
de l’homélie. Style oral)
Chers
amis,
Nous
voici réunis pour cette journée où pour la 20ème fois des
familles partent en pèlerinage vers L’Ile-Bouchard. Nous savons tous qu’un
pèlerinage est beaucoup plus qu’une simple promenade. Nous avons entendu très
souvent, nous avons pu lire que le pèlerinage est une pratique très courante ;
très courante dans l’histoire de l’Église et dès les origines. Tout à
l’heure, en venant j’écoutais, en voiture, la radio, et une équipe
d’historiens orthodoxes parlait de Constantin, d’Hélène, et du pèlerinage
que ceux-ci avaient effectué à Jérusalem, ce qui a donné lieu aux fameux
travaux : la construction des grandes Basiliques de la Résurrection, sur
le tombeau du Christ que l’on a retrouvé, Basilique de la Nativité à Bethléem,
et Basilique aussi sur le mont des Oliviers : ces lieux forts de notre foi,
lieux forts du Mystère de l’Incarnation et du Salut pour l’humanité tout
entière. Le pèlerinage n’est donc pas quelque chose de neuf, de récent, je
ne sais quelle invention toute nouvelle. Cette tradition s’inscrit aussi dans
une démarche de foi qui nous précède depuis longtemps. Nous nous mettons dans
les pas d’Abraham, quittant son pays pour aller dans la foi vers le pays que
Dieu lui montrera. Entreprendre un pèlerinage, c’est avant tout “quitter” ;
quitter ses habitudes, son lieu habituel afin de prendre du recul, prendre du
champ, de la hauteur, pour aller vers un autre lieu. C’est donc s’ouvrir,
non pour fuir la réalité de sa vie, la réalité de son quotidien, mais pour
retrouver ce qui en fait le fondement. C’est aussi entrer en nous-mêmes pour
y retrouver le souffle profond, celui de l’Esprit Saint, celui de notre baptême,
de notre confirmation, celui du sacrement de mariage ou pour d’autres celui de
l’ordre, pour d’autres encore celui de la consécration religieuse. Nous
avons tous un nom, nous avons tous une histoire, et le pèlerinage doit nous
aider à faire mémoire de ces passages de Dieu dans nos vies, de ces appels
qu’il nous a lancés, de ces promesses qu’il nous a faites, de ces alliances
qu’il a faites avec nous, de ces alliances qu’il nous a amené à conclure
avec tel ou telle être aimé(e) et qui est ainsi devenu notre compagnon, notre
compagne de route. Et lorsque nous répondons à l’appel du Seigneur, nous ne
sommes plus seuls : sa force, sa grâce, son Esprit sont avec nous.
Lorsqu’un homme et une femme acceptent de s’engager librement l’un envers
l’autre pour toute leur vie, dans le désir de participer au don de la vie,
devenant ainsi procréateurs, créateurs avec Dieu, ils ne sont pas seuls :
l’Esprit est en eux, l’Esprit veut porter en eux, veut porter par eux du
fruit, et un fruit qui demeure. Oui le pèlerinage, dans toute la tradition, est
comme une image de la vie ; nous sommes en route, mais nous ne sommes pas
seuls, et il est heureux que ce pèlerinage, vous l’accomplissiez en famille,
avec ceux et avec celles qui sont liés par le sang, par l’amour, et par
l’amour de Dieu, qu’ensemble nous fassions mémoire de la source de cet
amour, et mémoire des engagements qu’il comporte.
Ce pèlerinage, nous le faisons en famille, mais nous le faisons également en Église, et il est heureux que nous ayons pu entendre ce premier texte que la liturgie nous propose aujourd’hui ; un texte qui nous ramène aux tout premiers temps de notre Église ; un texte fondateur, un texte qui doit nous aider à comprendre comment nous devons aujourd’hui « faire Église ». Nous le savons, lorsque le Christ est remonté vers le Père, bien sûr, il avait dit à ses disciples : « Je ne vous laisse pas seuls, Je ne vous laisse pas orphelins. Je vous enverrai un autre défenseur, un autre avocat, quelqu’un qui avec moi sera votre soutien ». Le message que nous a laissé Jésus, ce n’est pas le code de Droit canonique, c’est avant tout l’Évangile, mais très vite il a fallu mettre sur pied, établir des règles de fonctionnement et fonder sur des bases solides la Communauté naissante de l’Église qui devait s’étendre dans un premier temps à travers tout le monde gréco-romain, puis très rapidement l’orient et finalement gagner le monde entier. Et cette page des Actes des Apôtres nous montre une crise, une crise qui se passe dans cette Église naissante : un problème se pose, une question se pose et la communauté va essayer de la résoudre, avec l’aide de toute l’Église et l’aide de l’Esprit-Saint. Lorsque j’étais Père Abbé au monastère de Lérins, je disais souvent à mes frères que la valeur d’une communauté ne consiste pas en une absence totale de conflits. Vous le savez tout aussi bien que moi et peut-être mieux que moi, la famille idéale où il n’y a jamais aucun conflit n’existe sûrement pas. Il en est ainsi de nos communautés, mais ce qui fait la valeur et la beauté d’une communauté, c’est la façon dont elle sait surmonter ses crises, surmonter ses questionnements, et parfois surmonter ses affrontements. Nous avons ici un certain nombre d’indices : d’abord dans les tout premiers versets, celui que nous tenons pour le rédacteur de ce texte, l’évangéliste Luc, nous dit que certaines personnes venues de Judée voulaient endoctriner les frères de l’Église d’Antioche et par là même semèrent le trouble. Il y a souvent dans toutes les communautés des personnes qui, avec les meilleures intentions du monde, peuvent semer le trouble et la garantie de l’authenticité de l’action d’une personne qui agit dans l’Église, c’est le mandat qu’elle a reçu. Et nous voyons dans ce texte, justement, la réaction des frères d’Antioche qui, avec Paul et Barnabé, décident de monter à Jérusalem, auprès des apôtres, auprès des anciens, pour discuter de cette question. Lorsque nous récitons le Credo, nous ne faisons pas toujours attention (cela se comprend bien) à la qualité, la force, la teneur de chacune des propositions que nous professons. Nous avons l’habitude de dire : Je crois en l’Église une, Sainte, Catholique, Apostolique. Et puis parfois nous sommes pris de doutes : Église Une, cette Église si divisée, Une ? et oui ! Elle est Une parce que l’Église est le Corps du Christ, et que le Christ est la Tête, et qu’il n’y a qu’une seule Tête ! L’Église est Sainte : nous savons très bien quel est notre poids de péché personnel, notre poids de péché collectif, le péché de nos sociétés, mais en même temps nous savons que nous sommes invités à participer à la sainteté de Celui qui est le seul Saint : « Car Toi seul est Saint, Toi seul est Seigneur » - nous venons de le chanter. Nous participons à la sainteté même de Dieu. Et le Saint-Père nous le rappelle, il nous l’a dit et redit notamment dans sa si belle lettre, à l’issue du Jubilé de l’An 2000, où il nous rappelle que nous sommes invités, tous, qui que nous soyons, tous les baptisés sont invités à la sainteté. Et pour y parvenir, ils doivent contempler, découvrir dans la prière et la contemplation, découvrir dans la familiarité avec les Écritures, la Personne de Jésus-Christ. Le découvrir toujours davantage et le laisser entrer dans nos vies : « Toi seul est Saint, Toi seul est Seigneur ». L’Église est Sainte, l’Église est Catholique, Elle s’adresse à l’ensemble du monde ; l’Église est Apostolique, elle est fondée sur les apôtres ; et là encore, le Pape Jean-Paul II dans une de ses dernières Encycliques sur l’Eucharistie, nous rappelait avec vigueur et précision, le sens de ce mot “Apostolique”. L’Église est Apostolique parce qu’elle repose sur les 12 apôtres ; Les 12 apôtres qui ont pris le relais des 12 tribus d’Israël, symbolisées par ces portes, ces 12 portes de ce Temple merveilleux dont nous parle l’Apocalypse, en ce dimanche. C’est sur la foi de ces 12 apôtres que notre foi repose, et lorsque nous parlons de l’ensemble des évêques, actuellement, nous parlons encore du Collège apostolique : Les évêques sont les successeurs des apôtres. Vivre en Église, faire Église, c’est donc vivre dans la fidélité à l’enseignement de nos évêques et du Saint-Père, et c’est bel et bien ce que nous disons dans chacune de nos Eucharisties où à chaque fois nous prions en communions avec notre Pape, Jean-Paul II, avec notre évêque, André, celui qui est ici-même le garant de notre fidélité, le garant de la foi, le garant de notre vie de chrétien.
Notre pèlerinage s’effectue donc en Eglise, et il s’effectue à la lumière de Marie ; à la lumière de Marie à qui l’Ange dit : “Ne crains pas” et à qui le Seigneur demande de se mettre en route en quelque sorte en lui révélant qu’elle serait celle par qui le Sauveur viendrait dans notre monde. C’est le “Oui” de Marie qui rejoint le “Oui” de Jésus comme nous le rappelle la lettre aux Hébreux : « j’ai répondu : voici je viens pour faire ta volonté alors tu m’as fait un corps… ». Le “Oui” du Christ au Père qui l’amène à prendre chair ; le “oui” de Jésus qui rejoint le “oui” de Marie ; ces deux “oui” par qui le Messie et le Salut nous sont apportés ; Et rappelons-nous ces passages-clef de l’évangile : on ne parle pas beaucoup de la Vierge Marie dans l’évangile, et c’est tout à l’image de sa personne faite d’humilité, faite de simplicité et de vérité ; mais le sens de ces quelques mots qui nous sont rapportés par l’évangile est tellement fort : « Qu’il me soit fait selon ta Parole » ; et à Cana nous la verrons dire « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Il est étonnant, dans la cathédrale de Chartres, vous me permettrez d’en parler, nous avons un vitrail superbe du 12ème siècle, le panneau central est du 12ème siècle, les panneaux qui entourent ce vitrail central sont du 13ème ; Le vitrail du 12ème, c’est la représentation de la Vierge Marie avec son fils, et le contour et le bas du vitrail nous décrivent en image la scène de Cana ; et rappelons-nous ce que Marie disait aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». La Vierge Marie est représentée plus d’une centaine de fois dans la cathédrale de Chartres, et une étude qui a été faite par un pasteur protestant de Chartres, qui pendant quelques années a exercé son ministère à Chartres, un certain pasteur (Wesral), une étude qui a été publiée dans les cahiers de Notre Dame de Chartres, nous montre que toutes les représentations de Marie sont toujours en lien avec Jésus. Elle est celle qui nous a donné Jésus, elle est celle qui nous conduit à Jésus. Et c’est pour cela que nous pouvons la suivre sans crainte. Nous savons qu’elle nous conduira à Celui qui nous appelle à vivre de lui, qui nous appelle à la vie, qui nous appelle à la partager, qui nous appelle à en témoigner. Qu’au cours de ce pèlerinage vous sachiez, nous sachions tous retrouver l’Esprit Saint, présent au plus profond de nous-mêmes, cet Esprit qui nous fait dire : « Père », cet Esprit qui nous amène à suivre Marie, à aller avec elle jusqu’au pied de la croix, à allez avec elle jusque au chemin de la résurrection de son Fils.