18ème
Pèlerinage des Familles - Dimanche 12 Mai 2002
de Chézelles à L’Ile-Bouchard
Messe
dans le parc du Foyer Montfortain de CHEZELLES
Présidée par Monseigneur André VINGT-TROIS, Archevêque
de Tours
(7e dimanche de Pâques ; Actes 1, 12-14 ; 1 Pierre 4, 13-16 ; Jean 17, 1b-11a)
Les
quelques versets que nous venons d’entendre de l’Évangile de Jean font
partie des dernières paroles que l’Évangile rapporte de Jésus avant qu’il
quitte ses disciples. Jésus leur dit une chose très importante : ce qui
doit les faire vivre : “ la vie c’est qu’Ils te connaissent, Toi
le seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé Jésus-Christ. ”
Ce
qui peut permettre à l’homme d’atteindre la plénitude de son existence, ce
qui peut l’aider à accomplir toutes les potentialités qui sont en lui, tous
ses talents, toutes ses aspirations, tous ses désirs, ce qui peut lui permettre
d’atteindre la pleine dimension de son existence humaine, de devenir vraiment
un homme ou une femme accompli, c’est de connaître Dieu et son envoyé Jésus-Christ.
Nous
vivons dans une société où la connaissance de Dieu ne va plus de soi. Nous
vivons dans une société où on imagine, et on annonce, et on propose un
accomplissement de l’humanité sans référence à Dieu. Et nous avons intériorisé
cette sécularisation de l’existence humaine ; nous pensons souvent, nous
aussi, que Dieu est comme une sorte de supplément, quelque chose qui nous est
donné en plus, mais qui ne manque pas à ceux qui ne l’ont pas ; quelque
chose qui est une sorte de faveur particulière pour nous, mais que, tout compte
fait, ceux qui n’ont pas accès à cette faveur particulière peuvent
cependant atteindre la plénitude de leur humanité. C’est finalement comme si
nous imaginions que Dieu serait le ‘Bien’ d’une portion de l’humanité,
que son dessein de salut, sa volonté de sauver les hommes, ne s’applique
qu’à une partie de l’humanité : ceux qui le connaissent, ceux qui
connaissent Jésus-Christ. Et puis les autres ? Eh bien, mon Dieu !
ils arrivent à vivre très bien, au point que nous rencontrons de plus en plus
souvent des chrétiens qui doutent d’avoir à annoncer le Christ, comme si le
fait d’annoncer le Christ était un élément perturbateur dans une humanité
équilibrée, comme si la connaissance de Dieu était une sorte d’élément
facultatif, mais dont le manque n’est pas vraiment une pauvreté.
Or,
Jésus ne nous dit pas que les hommes ne peuvent pas vivre sans Dieu, mais il
nous dit que pour atteindre la vie éternelle, c’est à dire pour être plongé
dans cette vie qui ne se réduit pas aux quelques dizaines d’années que nous
passons sur terre et aux quelques réalisations dont nous essayons de nous
enorgueillir… pour accéder à cette vie éternelle, il faut connaître Dieu
et son envoyé Jésus-Christ. Tous ceux et toutes celles, pour des tas de
raisons différentes que nous ne pouvons pas toujours connaître et que nous
n’avons pas à juger, tous ceux et toutes celles qui restent en dehors de
cette connaissance de Dieu, il leur manque quelque chose pour atteindre leur
pleine dimension humaine ; il leur manque l’essentiel pour que leur vie
sur cette terre, dans toutes ses dimensions : leur vie personnelle, leur
vie sociale, leur vie professionnelle, leur vie familiale, entre dans
l’alliance universelle et éternelle que Dieu veut accomplir avec l’humanité.
Tout
homme et toute femme qui n’a pas les moyens, qui n’a pas la possibilité
d’entrer dans cette connaissance de Dieu et de son envoyé Jésus-Christ ne
pourra jamais atteindre la plénitude de son humanité.
Si
nous sommes convaincus de cela, nous ne pouvons plus vivre la foi chrétienne
comme une sorte de particularisme régional, comme autrefois les différentes régions
françaises avaient leur patois. Alors quand on venait à la ville on parlait
français, mais quand on était chez soi, on parlait patois entre soi. Pour un
certain nombre de chrétiens, la foi chrétienne c’est comme un patois,
c’est une langue à usage interne, entre soi, et quand on rencontre les gens
qui ne sont pas de notre patois, on parle leur langue : le français, et on
range soigneusement notre patois dans un tiroir. La foi chrétienne n’est pas
un patois culturel, ce n’est pas une particularité régionale de quelques spécimens
qu’on montrera bientôt aux actualités télévisées, comme aux Etats-Unis on
montre les “amish” ou d’autres sectes régionales un peu curieuses qui
continuent à fonctionner avec des chevaux et des lampes à pétrole. Le Christ
n’est pas venu créer une tribu particulière, il est venu faire alliance avec
l’humanité, il n’a pas envoyé ses disciples pour réchauffer la tribu, il
les a envoyés pour annoncer l’Évangile à la terre entière, à toutes les
nations et annoncer à tout homme la Bonne Nouvelle.
Quand
l’épître de Pierre évoquait tout à l’heure que nous pouvions avoir honte
d’être chrétiens, je pense que cette honte, un certain nombre d’entre nous
l’éprouvent ou l’ont éprouvée, non pas comme une sorte de culpabilité,
mais comme une sorte d’étrangeté. Il suffit de se rappeler comment, dans
notre vie sociale, toutes ces années passées, on nous a expliqué savamment
que les chrétiens avaient le droit d’avoir des convictions pourvu qu’ils ne
veuillent pas les partager. Nous sommes dans un régime libéral, donc par définition,
chacun peut penser ce qu’il veut, pourvu qu’il n’essaie pas de convaincre
les autres ou simplement de partager avec les autres ce qu’il pense. Et
beaucoup de chrétiens sont entrés dans cette logique : ils veulent bien
être un peu particuliers, un peu différents, mais est-ce qu’ils sont prêts
à affronter l’adversité pour partager cette différence ?
Je
pense que c’est une attitude très humaine et très naturelle qui nous fait éviter
le conflit, rechercher la bonne entente, une certaine harmonie avec notre
environnement et ne pas faire ressortir ce qui peut créer des dissensions, des
ruptures, bref ce qui peut acculer des gens à choisir. Nous sommes généreux
et larges pourvu qu’on ne choisisse pas. Eh bien ! le Christ nous invite
à choisir et si nous essayons de vivre en disciples du Christ, notre vie doit
permettre aux autres de choisir.
C’est
pourquoi cette mission que le Christ confie à son Église n’est pas
simplement une sorte de tâche banale, c’est l’œuvre de Dieu Lui-même, et
c’est pourquoi c’est le don de l’Esprit Saint, reçu à la Pentecôte, qui
va rendre les Apôtres capables d’assumer cette mission apostolique
d’annoncer aux hommes la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus-Christ.
C’est
pourquoi tous ceux qui entrent dans la vie chrétienne n’atteignent la pleine
dimension de leur existence chrétienne que par la confirmation où ils reçoivent
le même Esprit-Saint, en vue de la même mission. C’est pourquoi on ne
devient pleinement chrétien que lorsque l’on est confirmé… Et je vais
avoir la joie, tout de suite de confirmer Bruno et Bénédicte qui sont cette
année à l’école de Vie de Saint Quentin, et qui font ce pas important dans
leur existence, non pas simplement d’être entrés dans la tribu des chrétiens
mais de recevoir le Saint Esprit pour devenir témoins de l’Évangile en ce
monde du XXIème siècle, au milieu des hommes qui ne connaissent pas le Christ.
Les
Actes des Apôtres nous disaient qu’ils étaient réunis, rassemblés dans la
prière autour de Marie, et l’Église entière en ce temps qui suit la fête
de la Pâque, que nous appelons le temps pascal, l’Église entière se réunit
autour de la Vierge dans la prière et dans l’attente de l’Esprit Saint ;
l’Église entière demande que, par la célébration de la Pentecôte, le don
de l’Esprit qui a lancé la mission de l’Église soit ravivé non seulement
au cœur de chaque chrétien confirmé, mais encore pour toute l’Église. Que
nous tous qui sommes dans l’attente de cette venue de l’Esprit nous
revoyions d’une manière nouvelle notre mission de chrétien en ce monde, non
pas comme une particularité à cacher, mais comme un signe à donner à travers
le service de nos frères et l’annonce de l’Évangile. Que cette journée de
pèlerinage aide chacune et chacun d’entre vous à se réapproprier ce
dynamisme de l’Esprit Saint pour sa mission en ce monde !
Enfin,
en quittant ce monde pour retourner auprès du Père, le Christ ne nous a pas
laissé orphelins, il nous a donné les Apôtres, et une Église. Aujourd’hui,
en notre temps, en notre pays, dans cette région de notre pays, le Christ ne
veut pas que son peuple soit orphelin. Il veut que ce ministère apostolique
continue de se développer. Il continue d’appeler des hommes à devenir les prêtres
et les diacres de son Église.
Il
y a quelques semaines, vous le savez, avec 500 tourangeaux nous avons rejoint le
pèlerinage régional à Vézelay et nous avons prié pour les vocations de prêtres
et des diacres. Toux ceux qui y ont participé savent combien cela a été un
moment fort : plus de 5000 personnes rassemblées à Vézelay !
C’est un signe ! Cela veut dire que dans le peuple chrétien, Dieu appelle ;
il appelle des jeunes à donner toute leur vie pour l’annonce de l’Évangile ;
il appelle des jeunes à tout quitter pour devenir prêtres de son Église, et
il appelle des moins jeunes à s’engager dans le diaconat permanent pour être
ministres du service de l’Église. Prions le Seigneur que tous ceux qui
entendent cet appel y répondent, et que tous ceux qui sont parents, alliés,
relations, amis, manifestent par leur attitude, leur prière et leurs paroles,
l’attente du peuple chrétien pour des prêtres au service de son Église…
Pendant quelques instants de silence, que chacune et que chacun présente à Dieu cette prière pour son peuple aujourd’hui…